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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2209879

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2209879

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2209879
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET LE ROY, GOURVENNEC & PRIEUR (SELARL)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril 2022 et 29 septembre 2022, M. C, représenté par la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 décembre 2021 par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a refusé de lui octroyer une rente viagère d'invalidité ;

2°) d'enjoindre à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales de lui octroyer une rente viagère d'invalidité avec effet au 1er décembre 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) d'assortir les sommes versées avec retard par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales des intérêts légaux à compter du 14 février 2022 et de procéder à la capitalisation de ces intérêts ;

4°) de mettre à la charge de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 37 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, la Caisse des dépôts et consignations, en sa qualité de gestionnaire de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les autres moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée

au 30 septembre 2022, 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Lamy, rapporteur public,

- et les observations de Me Brunaud, avocate de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ancien chef d'exploitation de la Ville de Paris, a été admis à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 1er décembre 2021 par un arrêté du même jour. Par un courrier du 19 décembre 2021, M. C a entendu contester les bases de liquidation de sa pension mentionnées dans le décompte définitif transmis par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL). Par une décision du 6 décembre 2021, reçue le 14 janvier 2022, il a été informé que la CNRACL ne lui octroyait pas de rente viagère d'invalidité. Par un courrier du 14 février 2022, M. C a formé un recours gracieux contre la décision du 6 décembre 2022, rejeté explicitement par la CNRACL le 2 mars 2022. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la Caisse des dépôts et consignations :

2. Aux termes de l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressées à l'administration. " Aux termes de l'article L. 112-3 du même code : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. " Aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite. "

3. La Caisse des dépôts et consignations fait valoir que la requête de M. C est tardive, dès lors qu'une décision de rejet de son recours gracieux formé par courrier du 19 décembre 2021 est intervenue le 12 janvier 2022, que celle-ci mentionne les voies et délais de recours opposables et que, en tout état de cause, M. C aurait dû considérer son recours implicitement rejeté aux termes d'un délai de deux mois. Toutefois, il résulte de l'instruction que, d'une part, M. C a entendu contester, par ce recours, les bases de liquidation de sa pension mentionnées dans le décompte définitif transmis par la CNRACL. D'autre part, la Caisse des dépôts et consignations n'a pas accusé réception de la demande adressée par le requérant

le 19 décembre 2021 et ce dernier soutient, sans être sérieusement contredit ne pas avoir reçu le courrier du 12 janvier 2022.

4. En outre, M. C a formé un recours gracieux le 14 février 2022 à l'encontre de la décision du 6 décembre 2021 par laquelle la CNRACL a refusé de lui octroyer une rente viagère d'invalidité, laquelle a été envoyée le 11 janvier 2022, comme en atteste le tampon de La Poste figurant sur l'enveloppe versée aux débats, et reçue par le requérant le 14 janvier 2022.

La CNRACL a explicitement rejeté ce recours le 2 mars 2022. Dès lors, la présente requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 28 avril 2022, a été introduite dans les délais de recours contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2013 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande. () " Aux termes de l'article 36 du même décret : " Le fonctionnaire qui a été mis dans l'impossibilité permanente de continuer ses fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées, soit en service, () peut être mis à la retraite par anticipation soit sur sa demande, soit d'office, à l'expiration des délais prévus au troisième alinéa de l'article 30 et a droit à la pension rémunérant les services prévue au 2° de l'article 7 et au 2° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Par dérogation à l'article 19, cette pension est revalorisée dans les conditions fixées à l'article L. 341-6 du code de la sécurité sociale. " Aux termes de l'article 37 du même décret : " I.-Les fonctionnaires qui ont été mis à la retraite dans les conditions prévues à l'article 36 ci-dessus bénéficient d'une rente viagère d'invalidité cumulable, selon les modalités définies au troisième alinéa du I de l'article 34, avec la pension rémunérant les services prévus à l'article précédent. / Le bénéfice de cette rente viagère d'invalidité est attribuable si la radiation des cadres ou le décès en activité interviennent avant que le fonctionnaire ait atteint la limite d'âge sous réserve de l'application des articles 1er-1 à 1er-3 de la loi du 13 septembre 1984 susvisée et sont imputables à des blessures ou des maladies survenues dans l'exercice des fonctions ou à l'occasion de l'exercice des fonctions, ou résultant de l'une des autres circonstances énumérées à l'article 36 ci-dessus. / () "

6. Il résulte de ces dispositions que le droit pour un fonctionnaire territorial de bénéficier de la rente viagère d'invalidité prévue par l'article 37 du décret du 26 décembre 2003 est subordonné à la condition que les blessures ou maladies contractées ou aggravées en service aient été de nature à entraîner, à elles seules ou non, la mise à la retraite de l'intéressé.

7. Pour rejeter la demande de M. C, la Caisse des dépôts et consignations fait valoir que tant l'avis de la commission de réforme du 8 avril 2021 que le dossier médical de l'intéressé, auquel figurent trois rapports établis par des psychiatres en 2017, 2019 et 2020,

ce dernier ayant eu lieu dans le cadre de la procédure de mise à la retraite pour invalidité de l'intéressé, concluent que M. C souffre d'un trouble grave de la personnalité de type paranoïa de Kretschmer, survenue suite au décès de sa femme en mars 2011 et que cette pathologie, non-imputable au service, constitue la cause exclusive de l'incapacité du requérant à exercer ses fonctions. Toutefois, il résulte de l'instruction que ces trois rapports relèvent également une concomitance entre le décès de l'épouse de M. C et son affectation à de nouvelles fonctions, à la direction du patrimoine et de l'architecture puis à la direction des espaces verts de la Ville de Paris, le décès ayant constitué un " facteur précipitant ".

A l'occasion de la prise de ses nouvelles fonctions, le requérant a manifesté des symptômes ayant conduit à sa mise en congé pour maladie reconnue imputable au service une première fois du 24 septembre 2012 au 15 septembre 2014, puis une seconde fois du 20 juin 2016 au 1er décembre 2021, soit à la date de son admission à la retraite, et pour lesquels la commission de réforme avait émis des avis favorables à la reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie dont souffre M. C. Dans ces conditions, l'impossibilité permanente d'exercer ses fonctions dans laquelle s'est trouvée M. C doit être regardée comme trouvant sa cause dans les fonctions exercées par celui-ci à la Ville de Paris.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 6 décembre 2021 par laquelle la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales a refusé de lui octroyer une rente viagère d'invalidité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que la CNRACL octroi une rente viagère d'invalidité à M. C sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à l'octroi de cette rente dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les intérêts et leur capitalisation :

10. La capitalisation des intérêts a été demandée le 14 février 2022. A la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter cette demande.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 6 décembre 2021 de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales d'octroyer une rente viagère d'invalidité à M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales versera la somme de 2 000 euros à M. C.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au directeur général de la Caisse des dépôts et consignations et à la SELARL Le Roy, Gourvennec, Prieur.

Copie pour information au directeur de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Duchon-Doris, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

J-C. DUCHON-DORIS

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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