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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2211665

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2211665

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2211665
TypeDécision
Formation4e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ANDOTTE AVOCATS (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 mai, 1er septembre 2022, et 31 juillet 2023, la société La Markiz, représentée par son gérant M. C A, représenté par Me Crusoé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 mars 2022 par laquelle la maire de Paris a refusé de l'autoriser à installer, d'une part, une terrasse estivale ouverte et, d'autre part, une contre-terrasse estivale sur places et terre-pleins au droit de son établissement ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de la décision attaquée ne justifie pas d'une délégation de compétence ou de signature ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il est entaché d'erreurs de fait, dès lors que la terrasse ouverte projetée n'était pas prévue sur la partie réservée à la circulation des piétons, mais sur un emplacement dédié au stationnement des véhicules livrant des marchandises, et dès lors que la contre-terrasse estivale projetée était prévue non pas sur la piste cyclable avec séparateur, mais sur les places de stationnement existant devant son établissement ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société La Markiz ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 septembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'arrêté de la maire de Paris du 11 juin 2021 portant règlement de l'installation des étalages et terrasses sur la voie publique ainsi que des contre-étalages et contreterrasses, des commerces accessoires aux terrasses et des dépôts de matériel ou objets divers devant les commerces et des terrasses estivales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Berland,

- et les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société La Markiz, représentée par son gérant, M. C A, exploite un établissement de restauration sous l'enseigne " La Marquise " au 74, rue Jean-Pierre Timbaud dans le 11ème arrondissement de Paris. Le 17 février 2022, elle a déposé une demande d'autorisation pour deux installations, à savoir une terrasse estivale sur trottoir de 9,5 mètres sur un mètre, et une contre-terrasse estivale sur place et terre-pleins de 9,5 mètres sur 2 mètres. Par une décision du 29 mars 2022, la maire de Paris a refusé l'installation de ces terrasse estivale et contre-terrasse estivale. La société La Markiz demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 mars 2022, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la ville de Paris le 18 mars suivant, M. D B, adjoint au chef de la circonscription, chef de la section juridique, fiscale et paysage de la rue, a reçu délégation de la maire de Paris à l'effet de signer les arrêtés, actes ou décisions concernant l'occupation temporaire du domaine public par les étalages et terrasses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 18 novembre 2021 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les éléments de fait sur lesquels la maire de la ville de Paris s'est fondée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article TE 2.2 " caractéristiques des terrasses ouvertes estivales " du règlement du 11 juin 2021 portant sur l'installation des étalages et terrasses : " • Les dimensions des terrasses ouvertes doivent respecter les règles définies au Titre 1 - dispositions générales, / • un espace destiné à la circulation des piétons et des personnes à mobilité réduite d'une largeur de 1,60 mètre au minimum doit être laissé libre de tout obstacle, / ()• il ne peut être autorisé de terrasse ouverte estivale d'une largeur inférieure à 0,60 mètre. En conséquence, sur les trottoirs d'une largeur utile inférieure à 2,20 mètres, les terrasses ouvertes estivales sont interdites. " D'autre part, aux termes de l'article TE.3.2 " caractéristiques des contre-terrasses estivales " de ce même règlement : " () / • L'installation d'une contre-terrasse se fait dans la bande " dite fonctionnelle ", laissant un passage libre d'une largeur minimum de 1m80 pour la circulation entre une terrasse ouverte ou fermée ou la façade de l'exploitant et la contre-terrasse, / • des contre-terrasses sur une place ou un terre-plein au-delà d'une chaussée ouverte à la circulation automobile peuvent être autorisées, / (). "

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du récapitulatif de la demande du 17 février 2022, que la société La Markiz a déposé une demande d'autorisation de terrasse pour deux installations, toutes deux situées au droit du 74, rue Jean-Pierre Timbaud : la première (n° 44724_1) consistant en une terrasse estivale sur trottoir face à la devanture, la seconde (n° 44724_2) concernant une contre-terrasse estivale sur places et terres pleins. La maire de Paris, pour refuser l'autorisation demandée, a considéré, dans le cas de la première terrasse, que la largeur utile du trottoir où s'implantait la terrasse projetée était inférieure à la largeur de 2,20 mètres exigée par les dispositions précitées de l'article TE.2.2 du règlement du 11 juin 2021. Dans le cas de la seconde terrasse, elle a motivé son refus par le fait que l'installation projetée se situait directement sur la chaussée, sur la piste cyclable avec séparateur, en méconnaissance des dispositions de l'article TE.3.2 de ce même règlement.

6. La société requérante fait valoir que cette décision est entachée d'erreurs de fait. D'une part, elle soutient que, en ce qui concerne la première demande d'autorisation de terrasse, elle souhaitait implanter son dispositif non pas sur le trottoir, mais sur un emplacement dédié au stationnement des véhicules livrant des marchandises. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande (n° 44724_1) remplie au titre de cette première terrasse par la société La Markiz concerne une terrasse estivale sur trottoir face à la devanture, d'une longueur de 9,5 mètres et d'une largeur d'un mètre. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en retenant que la terrasse demandée s'implantait sur la partie de la voirie réservée à la circulation des piétons, la maire de Paris a entaché sa décision d'erreur de fait. D'autre part, la société requérante soutient que la maire de Paris a commis une erreur de fait en relevant que la seconde terrasse demandée " se situait directement sur la chaussée, sur la piste cyclable avec séparateur. ", dès lors qu'elle souhaitait installer cette terrasse sur les places de stationnement existant devant son établissement, côté rue Saint-Maur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande n° 44724_2 déposée par l'intéressée, que la contre-terrasse projetée, située au droit du 74, rue Jean-Pierre Timbaut, se situerait sur la chaussée, sur la piste cyclable. La circonstance que la société requérante ait joint à son dossier de demande une photographie de la rue Saint-Maur, et non de la rue Jean-Pierre Timbaut, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, la société La Markiz n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait.

7. En dernier lieu, la société requérante soutient que la maire de Paris a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'aucune circonstance particulière n'était de nature à justifier le refus opposé à sa demande. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté en défense, que le trottoir situé au droit du 74, rue Jean-Pierre Timbaut, a une largeur utile inférieure à la largeur minimale exigée par les dispositions précitées de l'article TE.2.2 du règlement du 11 juin 2021 pour permettre l'implantation d'une terrasse ouverte estivale sur trottoir. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la société requérante a également sollicité l'implantation d'une contre-terrasse sur chaussée, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article TE.3.2 de ce même règlement, régissant l'implantation des contre-terrasses estivales sur trottoir, places ou terre-pleins. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation soulevé par la société requérante doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la société La Markiz doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société La Markiz est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société La Markiz et à la ville de Paris.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Roux, présidente,

Mme Barruel, première conseillère,

Mme Berland, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La rapporteure,

F. BERLAND

La présidente,

M.-O. LE ROUX La greffière,

F. RAJAOBELISON

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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