mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2212619 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | CABINET HONIG, METTETAL, NDIAYE & ASSOCIES - HMN & PARTNERS (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juin 2022 M. D A, représenté par le cabinet Callon demande au juge des référés du tribunal :
1°) de prescrire une expertise médicale, au contradictoire de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'hôpital Saint-Joseph, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris afin de chiffrer les préjudices subis lors de sa prise en charge à l'hôpital Saint-Joseph puis à l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) et de dégager les responsabilités.
Il soutient que :
- dans la perspective d'une nouvelle action en responsabilité, la conduite d'une expertise est utile.
Par un mémoire, enregistré le 9 juillet 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Welsch, déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, de compléter la mission d'expertise selon les termes de son mémoire.
Par un mémoire, enregistré le 13 juillet 2022, le groupe hospitalier Paris Saint Joseph représenté par Me Vogel déclare ne pas s'opposer à la mesure d'expertise sollicitée, de compléter la mission d'expertise selon les termes de son mémoire et conclut à la mise à la charge de la provision de l'expert à la partie requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'expertise :
1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : "Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction".
2. M. A né le 21 janvier 1980 s'est présenté le 26 septembre 2018 suite à des douleurs abdominales et des vomissements. Il a été renvoyé à son domicile après la pose d'un diagnostic d'intoxication alimentaire. Devant la persistance des symptômes, M. A s'est présenté le 28 septembre 2018 au service des urgences de l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) et a été opéré le 30 septembre 2018 pour occlusion intestinale. Le 2 octobre 2018 une dévaluation de l'intestin grêle et une ischémie étendue ont été mises en évidence, puis un choc hémorragique a nécessité un scanner le 11 octobre 2018 qui a dévoilé un volumineux hémopéritoine. M. A a subi une troisième opération qui par suite a marqué une nécrose de plusieurs membres et une insuffisance rénale anurique. Des prélèvements infectieux ont montré une positivité à E faecium, E coli et C albicans entraînant la prise d'une antibiothérapie. S'interrogeant sur les conditions de ses prises en charge successives, M. A sollicite la désignation d'un expert judiciaire.
3. La mesure d'expertise demandée entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dès lors, d'y faire droit et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.
4. Aux termes de l'article R. 621-12 du code de justice administrative : " Le président de la juridiction () peut () accorder aux experts et aux sapiteurs, sur leur demande, une allocation provisionnelle à valoir sur le montant de leurs honoraires et débours. Il précise la ou les parties qui devront verser ces allocations. Sa décision ne peut faire l'objet d'aucun recours ". Ces dispositions font obstacle à ce que, dans le cadre de la présente instance, le juge des référés mette les montant des allocations provisionnelles à la charge de l'une ou l'autre des parties. Les demandes du centre hospitalier Paris Saint Joseph tendant à ce que des frais d'allocation provisionnelle soient mis à la charge du requérant ne peuvent, dès lors, qu'être rejetée.
ORDONNE :
Article 1er : M. B, exerçant au service de chirurgie Viscérale de l'hôpital Sainte-Camille situé au 2 rue des Pères Camilliens à Bry-sur-Marne (94360) est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission, en présence de M. D A, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'hôpital Saint-Joseph, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), et de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par l'hôpital Paris Saint Joseph et l'HEGP; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de
M. A ainsi qu'à son examen clinique ;
2°) rappeler l'état de santé antérieur de A et décrire son état à la date de l'expertise ;
3°) décrire les conditions dans lesquelles M. A a été pris en charge par les services des deux centres hospitaliers ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A et aux symptômes qu'il présentait ;
4°) de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de M. A ;
5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de M. A par chaque établissement ; indiquer si le dommage résulte d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale et, dans ce dernier cas, donner tous éléments permettant de déterminer si l'infection a une cause étrangère à la prise en charge par l'établissement ; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été procédé de façon complète à l'information de M. A, c'est-à-dire s'il a été informé, avant l'acte de soins litigieux, de l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'il encourait en donnant son consentement à l'acte de soins en cause ; dans la négative, préciser si M. A a subi une perte de chance, exprimée en pourcentage, de se soustraire au risque en refusant l'acte de soins s'il en avait connu tous les dangers ;
7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à M. A une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;
8°) dire si l'état de santé de M. A est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé du requérant ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressé devra à nouveau être examiné ;
9°) dire si l'état de M. A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;
10°) décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de M. A, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par l'hôpital Paris Saint Joseph et /ou l'HEGP si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;
11°) pour le cas où la responsabilité de l'établissement de santé ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ayant eu pour M. A des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique (pourcentage et durée du déficit fonctionnel temporaire, inaptitude à exercer l'activité professionnelle, troubles particulièrement graves y compris d'ordre économique dans les conditions d'existence) ;
12°) de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 2 : L'expert remplira sa mission dans les conditions prévues par les articles
R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.
Article 3 : L'expert, à la demande du juge des référés ou à son initiative, pourra tenter une médiation entre les parties dans les conditions de l'article R. 621-1 modifié du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en 2 exemplaires au plus tard le 30 mars 2023. Il notifiera les copies de son rapport aux parties intéressées telles que précisées à l'article n° 6 de la présente ordonnance, le cas échéant, avec leur accord, sous forme électronique.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l'hôpital Saint-Joseph, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à M. C B, expert.
Fait à Paris, le 20 septembre 202Le juge des référés,
J-C. DUCHON-DORIS
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2212619/11-6