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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2213742

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2213742

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2213742
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCAT ARNAUD SOTON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2022, la SARL Pierres de Paris, représentée par Me Soton, demande au tribunal :

1°) de la décharger, en droits et en pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été notifiés au titre de la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020, pour un montant total de 15 095 euros, et de l'amende qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1736 du code général des impôt pour un montant de 48 750 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux livraisons déclarées est déductible dans sa totalité ;

- l'application de l'amende prévue à l'article 1736 du code général des impôts est injustifiée.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2023, le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Abdat,

- et les conclusions de M. Errera, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée Pierres de Paris, ayant notamment pour activité la vente de biens immobiliers, a fait l'objet de deux vérifications de comptabilité concernant les opérations réalisées en matière de taxe sur la valeur ajoutée sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2020 puis l'ensemble des déclarations fiscales de la société hormis la taxe sur la valeur ajoutée sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2019. À la suite de ces opérations de contrôle, le service a notamment notifié à la société SARL Pierres de Paris des rappels de taxe sur la valeur ajoutée correspondant à une non admission en déductibilité, pour un montant de 48 278 euros mis en recouvrement le 15 décembre 2021. Elle lui a également infligé des amendes pour un montant de 48 750 euros mis en recouvrement le 15 février 2022. Par une réclamation contentieuse introduite le 18 janvier 2022, la société requérante a demandé la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge. Par une décision du 26 avril 2022, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement à hauteur de 581 euros et maintenu le surplus des rappels. Par une réclamation contentieuse du 11 mars 2022, la SARL Pierres de Paris a sollicité la décharge des amendes mises à sa charge. Par une décision du 26 avril 2022, l'administration fiscale a rejeté sa demande. Par la présente requête, la société requérante demande au tribunal de la décharger de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités afférentes, pour un montant de 15 095 euros, et des amendes qu'elle s'est vu infliger, pour un montant de 48 750 euros.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée :

2. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon les cas : a) celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; () / 2. La déduction ne peut pas être opérée si les redevables ne sont pas en possession soit desdites factures, soit de la déclaration d'importation sur laquelle ils sont désignés comme destinataires réels () "

3. En premier lieu, la société requérante soutient que les dépenses engagées en vue d'un déplacement sur le rallye de Corse / Championnat du monde WRC 2019, incluant une visite sur les trois journées du rallye, ont été engagées pour ses opérations imposables, en lui permettant notamment d'entrer en relation avec différents paysagiste, promoteur, propriétaire d'agence immobilière et clients, tous basés dans la région de Megève, aboutissant à la conclusion d'une vente et d'une promesse de vente. Toutefois, elle ne verse au dossier aucun élément permettant d'étayer ses affirmations, a fortiori dès lors que M. C, son gérant, y est co-propriétaire d'une maison avec M. B, également salarié de la SARL Pierres de Paris et collaborateur de M. C depuis plus de trente ans, où ils réalisent de nombreux déplacements durant la période hivernale leur permettant d'y développer leur réseau professionnel. Le moyen ainsi soulevé ne saurait par suite être regardé comme assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. En deuxième lieu, la société requérante fait valoir, concernant les opérations facturées au nom de M. A B, de l'une des sociétés dont celui-ci est le dirigeant ou concernant M. B ou l'une de ses sociétés, que si la mention du nom complet et de l'adresse du client assujetti à la TVA sur la facture établie par le fournisseur ou le prestataire permet de présumer que les biens ou les services lui ont été livrés ou rendus et de vérifier qu'ils l'ont été pour les besoins de ses opérations taxées, l'absence de mention de ces informations ou leur caractère erroné sur la facture qui lui est remise peut ne pas faire obstacle à ce que la taxe soit déductible de celle à laquelle il est soumis en raison de ses propres affaires dans le cas où il apporte la preuve par tout moyen du règlement effectif par lui-même de cette facture pour les besoins de ses propres opérations imposables. Toutefois, la société requérante ne saurait se prévaloir de la mention erronée de son nom dès lors que les vérifications de comptabilité ont constaté de nombreuses irrégularités liées à des confusions entre les opérations liées à la SARL Pierres de Paris et M. B ainsi que les sociétés SAS SOC A B, SARL One Exclusive ou SCS Megève Rénovation et Tradition Invest dont il est le dirigeant. En tout état de cause, la société requérante n'établit pas que ces opérations auraient été réalisées pour le besoin de ses propres opérations imposables et n'assortit pas le moyen soulevé, au demeurant difficilement intelligible, des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

5. En troisième lieu, si la société requérante soutient que les livraisons de fleurs par la société KJI Flowers effectuées entre le mois de mai 2017 et le 1er octobre 2018 ont été utilisées pour les besoins de ses opérations imposables, il résulte de l'instruction que sur cette période, la société KJI Flowers facturait à la SARL Pierres de Paris des locations de compositions florales pour le compte de la société A B EURL, à l'adresse de laquelle elle assurait les livraisons et dont le nom figure sur les factures acquittées par la société requérante.

6. En quatrième lieu, la société requérante soutient que la taxe sur la valeur ajoutée afférentes aux commissions versées à la SAS SOC A B et à la SARL One Exclusive, respectivement à hauteur de 14 000 euros dans le cadre de la vente B et Gueridon / Bondiguel et Rousseau et de 40 000 euros dans le cadre de la vente d'un bien à Saint-Tropez, doit faire l'objet d'une déduction. Toutefois, elle n'établit pas, dans le premier cas, que M. B, coindivisaire du bien vendu, aurait émis la condition exclusive que sa société perçoive 14 000 euros lors de la vente ; ni, dans le second cas, que M. B aurait sollicité la rétrocession d'une provision de 40 000 euros correspondant aux honoraires d'une agence intermédiaire, l'agence Transacmer, qui se serait finalement retirée de la transaction.

7. En dernier lieu, si la société requérante soutient que les frais de restauration à Paris, en Haute-Savoie et à Saint-Tropez ont été engagés dans le but de développer son réseau professionnel et de réaliser de nouvelles ventes, elle ne verse au dossier aucun élément permettant de remettre en cause l'appréciation du service, qui a estimé que ces frais relevaient, pour 50%, d'un usage privé. Il en va de même s'agissant des frais de déplacement dont le service a également estimé qu'ils relevaient à 50% d'un usage privé.

8. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas que ces livraisons ont été utilisées pour les besoins de ses opérations imposables, et c'est à bon droit que l'administration a refusé la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses correspondantes. Elle n'est ainsi pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période s'écoulant du 1er janvier 2017 au 31 octobre 2020.

Sur les pénalités :

En ce qui concerne l'amende pour défaut de souscription de déclaration DAS 2 appliquée aux sommes versées en contrepartie d'actes de commerce :

9. Aux termes de l'article 240 du code général des impôts dans sa rédaction applicable à la période en litige : " 1. Les personnes physiques qui, à l'occasion de l'exercice de leur profession versent à des tiers des commissions, courtages, ristournes commerciales ou autres, vacations, honoraires occasionnels ou non, gratifications et autres rémunérations, doivent déclarer ces sommes dans les conditions prévues aux articles 87,87 A et 89. / Ces sommes sont cotisées, au nom du bénéficiaire, d'après la nature d'activité au titre de laquelle ce dernier les a perçues. / 1. bis La déclaration prévue au 1 doit faire ressortir distinctement pour chacun des bénéficiaires le montant des indemnités ou des remboursements pour frais qui lui ont été alloués ainsi que, le cas échéant, la valeur réelle des avantages en nature qui lui ont été consentis. / 2. Les dispositions des 1 et 1 bis sont applicables à toutes les personnes morales ou organismes, quel que soit leur objet ou leur activité () ". Aux termes de l'article 1736 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. - 1. Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % des sommes non déclarées le fait de ne pas se conformer aux obligations prévues à l'article 240 et au 1 de l'article 242 ter et à l'article 242 ter B. L'amende n'est pas applicable, en cas de première infraction commise au cours de l'année civile en cours et des trois années précédentes, lorsque les intéressés ont réparé leur omission, soit spontanément, soit à la première demande de l'administration, avant la fin de l'année au cours de laquelle la déclaration devait être souscrite ".

10. Ces dispositions subordonnent la non application de l'amende qu'elles prévoient, lorsqu'un contribuable n'a pas déposé sa déclaration dans le délai légal, à deux conditions cumulatives qui sont, d'une part, que cette absence de déclaration soit la première infraction de cette nature commise au cours de l'année civile et des trois années précédentes et, d'autre part, que la réparation par l'intéressé de son omission, soit spontanément, soit à la première demande de l'administration, intervienne avant la fin de l'année au cours de laquelle la déclaration devait être souscrite.

11. Il est constant que la société Pierres de Paris n'avait initialement pas souscrit de déclarations DAS2 au titre des années 2017 à 2019. Saisie par l'administration d'une demande de régularisation le 24 avril 2021, elle a souscrit une première fois ces déclarations le 27 avril 2021. Ces dernières étant erronées, le service lui a une nouvelle fois demandé de régulariser ses déclarations, la société requérante s'exécutant le 28 mai 2021. Des discordances subsistant entre les montants déclarés et les montants inscrits en comptabilité, correspondant à des insuffisances déclaratives d'un montant de 51 500 euros en 2017, de 284 580 euros en 2018 et de 28 000 euros en 2019 ; et deux bénéficiaires de commissions n'ayant pas déclaré les sommes perçues, pour des montants de respectivement 9 500 euros et 60 000 euros, le service a fait application de l'amende prévue par les dispositions précitées pour un montant de 4 750 euros au titre de 2018 et 24 000 euros au titre de 2019. Dans ses observations du contribuable, la société requérante a procédé à une rectification par une troisième souscription de déclarations le 29 juillet 2021. Toutefois, subsistaient des discordances concernant des factures pour un montant de 28 000 euros ainsi que les lacunes déclaratives susmentionnées. Dans ces conditions, la société requérante, qui n'a pas régularisé sa situation avant la fin de l'année au cours de laquelle la déclaration devait être souscrite, et ne peut, en tout état de cause, être regardée comme ayant régularisé sa situation tant que perdurent des incohérences dont elle ne justifie pas, n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale lui a imposé ces amendes.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société SARL Pierres de Paris est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SARL Pierres de Paris et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Abdat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

G. ABDAT

Le président,

J. SORINLa greffière,

B. CHAHINE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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