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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214366

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214366

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET BERSAY ET ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2214366 le 4 juillet 2022 et un mémoire enregistré le 21 mars 2023, la société Air Mediterranean, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 22 000 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision attaquée en réduisant le montant de l'amende prononcée à une somme ne pouvant excéder 3 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification du montant exact de l'amende envisagée lors de la phase d'instruction ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit au procès équitable dès lors que l'ACNUSA n'a pas rendu public l'ensemble des critères pris en compte pour fixer le montant de la sanction ;

- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors que le dépassement de l'heure limite de décollage aurait été autorisé par l'attribution d'un créneau horaire délivré par l'association COHOR ;

- elle doit être exonérée de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale ;

- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée suite à une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a qualifié à tort son comportement de récidiviste ;

- l'ACNUSA n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et a pris une sanction disproportionnée ;

- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée en ne tenant pas compte des difficultés économiques rencontrées par le secteur aérien depuis le début de l'épidémie de Covid-19.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023 l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2214367 le 4 juillet 2022 et des mémoires enregistrés les 5 juillet 2022 et 21 mars 2023, la société Air Mediterranean, représentée par Me Tissier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 avril 2022 par laquelle l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) lui a infligé une amende administrative d'un montant de 24 000 euros ;

2°) à titre subsidiaire, de réformer la décision attaquée en réduisant le montant de l'amende prononcée à une somme ne pouvant excéder 3 000 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de notification du montant exact de l'amende envisagée lors de la phase d'instruction ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit au procès équitable dès lors que l'ACNUSA n'a pas rendu public l'ensemble des critères pris en compte pour fixer le montant de la sanction ;

- elle doit être exonérée de sa responsabilité dès lors qu'un évènement de force majeure a contraint au dépassement de l'horaire limite fixé par l'arrêté du 10 septembre 2003 modifié portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Bâle-Mulhouse (Haut-Rhin) ;

- elle doit être exonérée de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale ;

- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée suite à une erreur d'appréciation dès lors qu'elle a qualifié à tort son comportement de récidiviste ;

- l'ACNUSA n'a pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et a pris une sanction disproportionnée ;

- l'ACNUSA a pris une sanction disproportionnée en ne tenant pas compte des difficultés économiques rencontrées par le secteur aérien depuis le début de l'épidémie de Covid-19.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023 l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires, représentée par la SCP Lyon-Caen Thiriez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004 établissant des règles communes en matière d'indemnisation et d'assistance des passagers en cas de refus d'embarquement et d'annulation ou de retard important d'un vol ;

- l'arrêté du 6 mai 2020 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Bâle-Mulhouse (Haut-Rhin) ;

- le code des transports ;

- le code de l'aviation civile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Palla,

- les conclusions de Mme Baratin, rapporteure publique,

- et les observations de Me Tzitziou, représentant la société Air Mediterranean, et de Me Sarrazin, représentant l'ACNUSA.

Une note en délibéré présentée par Me Tissier pour la société Air Mediterranean a été enregistrée le 30 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions n° 22/176 et 22/178 en date du 5 avril 2022, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) a infligé à la société Air Mediterranean des amendes administratives d'un montant respectif de 22 000 euros et 24 000 euros, au titre de manquements à l'arrêté du 6 mai 2020 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Bâle-Mulhouse (Haut-Rhin). Par les présentes requêtes, la société Air Mediterranean demande l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes n° 2214366 et n° 2214367 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 227-1 du code de l'aviation civile : " A compter de la notification, prévue à l'article L. 6361-14 du code des transports, du procès-verbal, à l'occasion de laquelle sont notifiés les griefs retenus et indiqués les textes fondant les poursuites et le montant de l'amende encourue, la personne concernée dispose d'un délai d'un mois pour présenter par écrit ses observations à l'autorité. / () ".

4. Contrairement à ce que soutient la société Air Mediterranean, les dispositions précitées ne prévoient pas que l'ACNUSA informe la compagnie aérienne du montant de la sanction qu'elle envisage de lui infliger mais seulement du montant de l'amende encourue, soit le montant maximum de l'amende qui peut lui être infligée au terme de la procédure engagée. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la société Air Mediterranean a été rendue destinataire d'un document annexé aux procès-verbaux de manquement qui contenait les textes applicables et mentionnait ainsi, notamment, le montant des amendes encourues. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En second lieu, si la société Air Mediterranean soutient que la circonstance qu'elle n'ait pas été informée que sont prises en compte les éventuelles mesures correctrices mises en place par la compagnie aérienne pour déterminer le montant exact de la sanction l'a également privée d'un procès équitable, aucune disposition législative ou règlementaire ni aucun principe général n'impose une telle information. En outre, il résulte de l'instruction que sont disponibles sur le site internet de l'ACNUSA les informations selon lesquelles, d'une part, l'attitude de la compagnie aérienne est prise en compte parmi les circonstances qui déterminent le montant des sanctions infligées et, d'autre part, la mise en place de mesures correctrices est encouragée. Enfin, la circonstance que les facteurs pris en compte par l'ACNUSA pour déterminer le montant des amendes infligées ne soient exposés qu'en français sur son site Internet, et de façon succincte, est sans incidence. Par suite, la société Air Mediterranean n'est pas fondée à soutenir que l'absence d'informations précises données par l'ACNUSA sur la prise en compte des mesures correctrices mises en place par la compagnie aérienne l'a privée d'un procès équitable. Le moyen doit donc être écarté dans son ensemble.

En ce qui concerne le bien-fondé des sanctions :

S'agissant du moyen commun aux deux requêtes tiré de l'exonération de sa responsabilité en raison de son obligation de réacheminement des passagers vers leur destination finale :

6. Le règlement n° 261/2004 du Parlement européen et du Conseil du 11 février 2004 établissant des règles communes en matière d'indemnisation et d'assistance des passagers en cas de refus d'embarquement et d'annulation ou de retard important d'un vol prévoit qu'en cas de retard supérieur à cinq heures le transporteur aérien doit offrir aux passagers une assistance. Celle-ci peut notamment se matérialiser par un remboursement du billet ou un réacheminement vers la destination finale dans les meilleurs délais ou à une date ultérieure. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société Air Mediterranean, une compagnie aérienne n'est pas légalement tenue de réacheminer les voyageurs jusqu'à leur destination finale au mépris des règles applicables en matière de restriction d'exploitation. Ce moyen doit par suite être écarté.

S'agissant du moyen de la requête n° 2214366 tiré de l'exonération de sa responsabilité dès lors que le dépassement de l'heure limite de décollage aurait été autorisé par l'attribution d'un créneau horaire délivré par l'association COHOR :

7. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 6 mai 2020 portant restriction d'exploitation de l'aérodrome de Bâle-Mulhouse (Haut-Rhin), alors applicable au litige : " Aucun aéronef certifié conformément aux normes mentionnées au " chapitre 3 " avec une marge cumulée inférieure à 10 EPNdB ne peut : / - atterrir entre 22 heures et 0 heure ; / - quitter le point de stationnement, en vue d'un décollage, entre 22 heures et 0 heure ; / - atterrir entre 5 heures et 6 heures. / () ". L'article 2 du même arrêté dispose : " - Les dispositions prévues à l'article 1er du présent arrêté ne font pas obstacle à l'atterrissage ou au décollage, à titre exceptionnel, des aéronefs suivants : / - aéronefs effectuant des missions à caractère sanitaire ou humanitaire ; / - aéronefs en situation d'urgence tenant à des raisons de sécurité de vol ou de sûreté ; / - aéronefs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 6100-1 du code des transports ; / - aéronefs effectuant des vols gouvernementaux. / II. - Des dérogations aux règles définies par l'article 1er du présent arrêté peuvent être accordées à titre exceptionnel par le ministre chargé de l'aviation civile. "

8. Il résulte de ces dispositions que l'attribution d'un créneau horaire par l'association COHOR ne figure pas au nombre des exceptions prévues par les dispositions précitées. Il résulte de l'instruction que l'appareil à l'origine du manquement présente une marge cumulée inférieure à 10 EPNdB et ne pouvait donc décoller après 22 heures. La circonstance alléguée par la société requérante que la nuisance sonore provoquée par l'appareil a été réduite compte tenu de la température au moment du décollage est sans incidence à cet égard. Par suite, le moyen tiré de ce que la société requérante devrait être exonérée de sa responsabilité dès lors qu'elle disposait d'un créneau horaire doit être écarté.

S'agissant du moyen de la requête n° 2214367 tiré de l'exonération de sa responsabilité dès lors qu'un évènement de force majeure a contraint au dépassement de l'horaire limite :

9. La société requérante fait valoir que le manquement résulte d'un cas de force majeure dès lors que le retard a été causé par des dysfonctionnements de l'appareil présentant le caractère d'évènements imprévisibles, irrésistibles et extérieurs à sa volonté. Toutefois, de telles circonstances ne présentent pas de caractère irrésistible dès lors qu'elles n'ont pas, par elles-mêmes, imposé le décollage de l'appareil avec le retard constaté. Ce décollage a résulté de décisions prises par la compagnie aérienne, en toute connaissance du dépassement, et donc du manquement, qui en résulterait. Le moyen ainsi soulevé doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré de la disproportion des sanctions :

10. En premier lieu, d'une part, la circonstance que la compagnie aérienne a déjà fait l'objet de plusieurs décisions en 2019 et 2020 pour des manquements similaires justifie qu'elle soit considérée en situation de récidive. L'ACNUSA pouvait se fonder sur cette circonstance pour déterminer le montant de chacune des amendes. D'autre part, dans les deux affaires ayant donné lieu aux sanctions contestées, il résulte de l'instruction qu'aucune mesure correctrice n'a été proposée par la société requérante avant que l'ACNUSA ne prenne ses décisions

11. En deuxième lieu, dans chacune des affaires, il résulte de l'instruction que les retards en cause, qui ont conduit les appareils à décoller durant la période de restriction d'exploitation, sont dus à des décisions prises par la compagnie aérienne. Les deux manquements concernent un décollage tardif depuis l'aérodrome de Bâle-Mulhouse avec des appareils présentant une marge acoustique certifiée de 9,3 EPNdB, alors que les restrictions d'exploitation prévues pour cet aérodrome par l'arrêté du 6 mai 2020 précité concernent les appareils présentant une marge acoustique inférieure à 10 EPNdB. Les manquements, qui consistent en un survol, au décollage, de zones densément peuplées et qui sont ainsi fortement nuisants pour les riverains, ont donc été réalisés par des appareils particulièrement bruyants, visés par les restrictions. Si la société fait valoir que dans les deux affaires le temps de dépassement est faible, il résulte de l'instruction que l'ACNUSA a pris en compte cette circonstance pour fixer le montant des amendes en cause. Les sanctions prononcées sont ainsi justifiées par la nature et la gravité des manquements reprochés.

12. En dernier lieu, si la société Air Mediterranean soutient que les sanctions prononcées sont disproportionnées en raison de l'effondrement de son chiffre d'affaire suite à l'épidémie de Covid-19, il résulte de l'instruction, d'une part, qu'elle a été informée des manquements par l'envoi de procès-verbaux dès janvier 2021 et qu'elle pouvait alors enregistrer une provision pour chacune des sanctions auxquelles elle était exposée, en prévoyant le montant maximal encouru. D'autre part, la sanction a été prononcée en 2022, année pendant laquelle, ainsi que le fait valoir l'ACNUSA, un regain d'activité important a été constaté dans le transport aérien. La société requérante ne produit pas de document pour attester de son état financier pour l'ensemble de l'année 2022 alors que l'état financier produit pour le seul premier trimestre 2022 montre un tel regain d'activité. Dans ces conditions, le moyen tiré du caractère disproportionné des sanctions doit être écarté dans toutes ses branches.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des décisions contestées ainsi que les conclusions présentées aux fins de réformation des sanctions en litige doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Air Mediterranean le versement à l'ACNUSA d'une somme globale de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Air Mediterranean sont rejetées.

Article 2 : La société Air Mediterranean versera à l'ACNUSA une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Air Mediterranean et à l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Viard, présidente,

M. Perrot, conseiller,

M. Palla, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. PALLA

La présidente,

M-P. VIARDLa greffière,

L. THOMAS

La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des transports en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2,2214367

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