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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2214963

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2214963

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2214963
TypeDécision
PublicationC
Formation2e Section - 1re Chambre
Avocat requérantQUENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juillet 2022 et le 10 février 2023, la société Parisienne du Nouvel Arsenal (SPNA), représentée par Me Mas, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 et d'ordonner la restitution de ces sommes assorties des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

2°) à titre subsidiaire, de prononcer la réduction de ces cotisations à hauteur de 42 000 euros pour chaque année en litige et d'ordonner la restitution de ces sommes assorties des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que cet immeuble ne pouvait pas donner lieu à une imposition au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties dès lors qu'au 1er janvier 2019 et 2020, les travaux en cours le rendaient dans son ensemble impropre à toute utilisation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 janvier 2023 et le 17 mars 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions relatives à la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle la SPNA a été assujettie au titre de l'année 2020 sont irrecevables à défaut de réclamation préalable régulière ;

- les moyens invoqués par la SPNA ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, les immeubles restent imposables à la taxe foncière sur les propriétés non bâties.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laforêt,

- et les conclusions de M. Halard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Parisienne du Nouvel Arsenal (SPNA) est propriétaire d'un ensemble immobilier sis 17 boulevard Morland à Paris (75004) à raison duquel elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020 pour des montants respectifs de 305 476 euros et 305 282 euros. Par la présente requête, elle demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions ou, à défaut, leur réduction à hauteur de 42 000 euros pour chaque année en litige.

Sur la charge de la preuve :

2. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ".

3. Les cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties en litige ayant été établies conformément aux bases déclarées par la SPNA, celle-ci supporte la charge de la preuve.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

4. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". L'article 1415 de ce code dispose, dans sa rédaction applicable au litige : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France () ".

5. Un immeuble passible de la taxe foncière sur les propriétés bâties qui fait l'objet de travaux entrainant sa destruction intégrale avant sa reconstruction ne constitue plus, jusqu'à l'achèvement des travaux, une propriété bâtie assujettie à la taxe foncière en application de l'article 1380 du code général des impôts. Il en va de même lorsqu'un immeuble fait l'objet de travaux nécessitant une démolition qui, sans être totale, affecte son gros œuvre d'une manière telle qu'elle le rend dans son ensemble impropre à toute utilisation. En revanche, la seule circonstance qu'un immeuble fasse, ultérieurement à son achèvement et alors qu'il est soumis à ce titre à la taxe foncière sur les propriétés bâties, l'objet de travaux qui, sans emporter ni démolition complète ni porter une telle atteinte à son gros œuvre, le rendent inutilisable au 1er janvier de l'année d'imposition, ne fait pas perdre à cet immeuble son caractère de propriété bâtie pour l'application de l'article 1380 du code général des impôts.

6. En l'espèce, la SPNA soutient que les travaux réalisés de 2018 à 2020 sur l'ensemble immobilier à raison duquel elle a été assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties ont affecté son gros œuvre d'une manière telle que cet immeuble était, au 1er janvier 2019 et au 1er janvier 2020, impropre à toute utilisation. Pour en justifier, la SPNA, qui supporte la charge de la preuve, verse à l'instance des photos prises sur le chantier par un huissier en décembre 2018 et janvier 2019 puis en mars et juillet 2020 et produit également deux notes réalisées par le promoteur immobilier Emerige présentant l'état de démolition des superstructures existantes en 2019 et en 2020 à l'aide de quelques photos et de schémas de chacun des trois bâtiments concernés représentant les parties faisant l'objet d'opérations de démolition et celles faisant l'objet d'opérations de reconstruction. S'il résulte de l'ensemble de ces éléments qu'à la date du 1er janvier 2019, comme à celle du 1er janvier 2020, le gros-œuvre de l'immeuble dont la société requérante est propriétaire au 17 boulevard Morland, était affecté, il n'est pas démontré que la démolition partielle et progressive des bâtiments, menée concomitamment à des opérations de reconstruction, aurait affecté le gros œuvre d'une manière telle qu'elle rendait le bâtiment dans son ensemble impropre à toute utilisation au 1er janvier 2019 et au 1er janvier 2020. Par suite, l'administration a pu, à bon droit, estimer que la SPNA était imposable à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020, en application des dispositions citées ci-dessus du code général des impôts.

Sur les conclusions aux fins de réduction des cotisations de taxe foncière :

7. Aux termes de l'article 1507 du code général des impôts : " I. - Sous réserve de l'article 1518 F, les redevables peuvent déposer une réclamation contre l'évaluation attribuée aux propriétés bâties dont ils sont propriétaires ou dont ils ont la disposition, dans le délai et dans les formes prévus par le livre des procédures fiscales en matière d'impôts directs locaux ".

8. En l'espèce, la société requérante se prévaut d'une réduction de la surface taxable de 5 395 m2 résultant, selon elle, de la démolition totale du bâtiment RIE ainsi que de la démolition de planchers dans le bâtiment ALA, le bâtiment ALS et le bâtiment IGH. Toutefois, il lui appartient d'établir la surface taxable à la date du 1er janvier 2019 et à celle du 1er janvier 2020. Or, si elle produit des vues de l'immeuble prises par satellite le 18 mai 2018 et le 13 décembre 2018, soit avant et après la démolition du bâtiment RIE, ces seuls éléments ne permettent pas de déterminer la surface taxable pour chacune des années d'imposition en litige alors que, ainsi que le fait valoir l'administration, le permis de construire prévoyait une augmentation de la surface totale de l'immeuble et que la société ne précise pas qu'elle était la superficie du bâtiment RIE et celle des planchers supprimés dans chacun des bâtiments ALA, ALS et IGH. Dans ces conditions, la SNPA n'est pas fondée à demander la réduction de 42 000 euros de cotisations de taxes foncières au titre de 2019 et 2020.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la SPNA n'est pas fondée à demander la décharge ou la réduction des impositions en litige.

Sur les frais liés à l'instance :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la SPNA doivent dès lors être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Parisienne du Nouvel Arsenal est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Parisienne du Nouvel Arsenal et à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, pôle juridictionnel administratif.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Evgénas, présidente,

Mme Laforêt, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La rapporteure,

L. LAFORÊT

La présidente,

J. EVGENAS

La greffière,

M-C. POCHOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2128007/2-1

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