vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2215128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CHARTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 juillet 2022 et 12 février 2023, M. A B, représenté par Me Salfati et Me Chartier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, ou à toute autre autorité compétente, de lui délivrer un certificat de résidence temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- aucune stipulation de l'accord franco-algérien modifié ne permettait au préfet de lui refuser le renouvellement de sa carte de résident pour un motif d'ordre public ;
- la décision est entachée d'un défaut de saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lesquelles sont applicables aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de police ne dispose pas du pouvoir d'aggraver la peine à laquelle il avait été condamné ;
- son comportement ne représente plus une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société ;
- en prenant une mesure d'éloignement du territoire pour des raisons d'ordre public ou de sécurité publique, le préfet a méconnu les stipulations de l'article 28 paragraphe 1 de la Directive 2004/38 du 29 avril 2004.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Kanté, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 5 janvier 1974, entré en France en 1980 selon ses déclarations, a été mis en possession d'un certificat de résidence algérien régulièrement renouvelé jusqu'au 6 février 2021 sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien susvisé. Le 9 février 2022, il a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence algérien sur le fondement des stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien modifié susvisé. Par un arrêté du 13 juin 2022, le préfet de police a rejeté sa demande. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles pertinents de l'accord franco-algérien et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les différents éléments de la situation personnelle et familiale de M. B. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de M. B. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, les moyens invoqués par M. B tirés d'une insuffisance de motivation de cette décision et de l'absence d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet de police n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour la délivrance des titres de séjour qu'elles visent, ou des stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour.
4. Si le requérant soutient que le préfet de police a entaché sa décision d'un vice de procédure en ne saisissant pas la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande alors qu'il remplissait les conditions prévues pour se voir délivrer un certificat de résidence en application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, M. B ne remplit pas les conditions prévues par les stipulations du 5) de l'article 6 ainsi qu'il sera précisé au point 7. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'un vice de procédure en s'abstenant de saisir pour avis la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande de titre de séjour.
5. En troisième lieu, si la situation des algériens est régie de manière complète par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les avenants qui l'ont modifié, aucune stipulation de cet accord ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien en se fondant sur un motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace à l'ordre public. Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de quatre condamnations pénales entre le 29 mai 2008 et le 9 juillet 2020. Il a ainsi été condamné, le 29 mai 2008, par le tribunal correctionnel de Paris, à 500 euros d'amende et de suspension de permis de conduire pendant 6 mois pour conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, puis le 12 janvier 2009, par ce même tribunal à 15 jours d'emprisonnement avec sursis pour dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion. Il a également été condamné le 11 septembre 2015 par la Cour d'assises du Nord-Douai à 10 ans de réclusion criminelle pour tentative d'extorsion en bande organisée commise avec une arme et arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire d'otage pour faciliter un crime ou un délit et le 9 juillet 2020 par le tribunal correctionnel de Melun à 4 mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour appels téléphoniques malveillants réitérés et menace matérialisée de délit contre les personnes.
7. Eu égard au caractère répété des infractions et des condamnations portant atteinte à des personnes ou des biens et à la gravité des faits reprochés, le préfet de police n'a ni fait une inexacte appréciation des circonstances de l'espèce, ni outrepassé ses pouvoirs en estimant que la poursuite du séjour en France de M. B constituerait une menace pour l'ordre public.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Et aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
9. M. B, entré en France, selon ses déclarations en 1980, soutient que le refus de renouvellement de sa carte de résident porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. S'il justifie de sa présence en France au cours des années 1980 à 1988, période de sa scolarisation et ultérieurement notamment au cours des années 2007 à 2012 et 2019 à 2021, il ne justifie pas de la continuité de son séjour en France. Domicilié en France, il allègue exercer une activité professionnelle mais ne l'établit pas par les pièces qu'il produit, soit un unique bulletin de salaire pour le mois de mai 2020. En outre, s'il fait valoir qu'il est père de quatre enfants dont trois sont mineurs, il ne justifie pas de la réalité de ses liens avec ceux-ci, et ne démontre pas davantage participer à leur entretien et à leur éducation. En tout état de cause, la décision attaquée qui n'emporte pas pour l'intéressé obligation de quitter le territoire français n'a pas pour effet de séparer M. B de ses enfants. Elle ne porte ainsi pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
10. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 28 paragraphe 1 de la Directive 2004/38 du 29 avril 2004 est inopérant, l'arrêté attaqué n'emportant pas obligation pour M. B de quitter le territoire français.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de l'arrêté du préfet de police du 13 juin 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.
La rapporteure,
C. KantéLa présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026