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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2216245

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2216245

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2216245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSINGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête, enregistrée le 29 juillet 2022, M. A B, représenté D Me Singh, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2022 D lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour " vie privée ou familiale " ou à titre subsidiaire " salarié " ou " étudiant " ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros D jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Singh, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut d'aide juridictionnelle, de verser cette somme au requérant.

M. B soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'habilitation de l'agent ayant consulté le fichier du traitement des antécédents judiciaires ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle est fondée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

D un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés D M. B ne sont pas fondés.

D ordonnance du 3 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de Me Singh, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 20 juillet 2002, est entré en France le 10 septembre 2018 selon ses déclarations. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2022 D lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit D le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit D la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les surplus des conclusions :

3. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

4. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit dans son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans et qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle. Disposant d'un large pouvoir d'appréciation, il doit ensuite prendre en compte la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'il a portée.

5. Pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet de police fait valoir que les bulletins de notes de M. B font apparaître de nombreuses absences injustifiées et des mises en garde pour absences et qu'il constitue une menace à l'ordre public en raison d'interpellations multiples. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpelé six fois entre le 16 mars 2019 et le 10 mars 2020 pour des faits de vol, recel de biens et violence, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de condamnation pour ces faits ni qu'il aurait depuis été interpelé. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. B a été confié à l'aide sociale à l'enfance à l'âge de seize ans et jusqu'à ses dix-huit ans. Il est D ailleurs constant que M. B a introduit sa demande dans l'année suivant son dix-huitième anniversaire. A la date de la décision attaquée, le requérant était inscrit depuis plus de six mois en deuxième année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) spécialité moniteur en installations thermique. M. B a obtenu ce diplôme le 7 juillet 2022, à la date de la décision attaquée. Si ses relevés scolaires indiquent des absences, l'intéressé a obtenu son CAP avec une note de 16,45 sur 20. Il a obtenu de très bons résultats sur ses deux années de scolarité et de nombreuses appréciations soulignent un travail satisfaisant et sa motivation. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. B avait fait le vœu de poursuivre sa scolarité et qu'il est inscrit pour l'année scolaire 2022-2023 dans une formation de mention complémentaire en maintenance d'équipements thermiques. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait conservé un lien avec sa famille restée dans son pays d'origine et la structure d'accueil souligne D ailleurs l'investissement de M. B dans ses démarches d'insertion. D suite, et alors que le comportement de M. B ne saurait être regardé comme constituant une menace à l'ordre public, le préfet de police ne pouvait sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision de refus de titre de séjour doit être annulée ainsi que, D voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent jugement implique nécessairement, D application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de procéder à l'effacement sans délai du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Sous réserve de l'admission définitive de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Singh, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de ce dernier le versement à Me Singh de la somme de 1 100 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 100 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 7 juillet 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de procéder à l'effacement sans délai du signalement de M. B aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Singh renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Singh, conseil de M. B, la somme de 1 100 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B D le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 100 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Singh et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère,

Rendu public D mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

A. C

Le président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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