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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2217977

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2217977

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2217977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 août 2022 et le 25 octobre 2022, Mme A C, représentée par la société d'avocats Itra Consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente de jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est dépourvu de base légale, faute de viser la convention relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet ne pouvait se borner à statuer sur sa demande au regard des seules dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît également les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la mesure d'éloignement est dépourvue de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- dès lors qu'elle peut prétendre à un titre de séjour sur ce dernier fondement, le préfet ne pouvait légalement édicter une telle mesure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Belkacem.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne, née le 25 octobre 1979, est entrée irrégulièrement en France le 18 avril 2016. Titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de mère d'un enfant malade, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juillet 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a obligé Mme C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse le renouvellement de son titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français.

En ce qui concerne le moyen commun aux deux décisions attaquées :

2. Aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent code régit, sous réserve du droit de l'Union européenne et des conventions internationales, l'entrée, le séjour et l'éloignement des étrangers en France ainsi que l'exercice du droit d'asile ". Aux termes de l'article 14 de la convention franco-ivoirienne signée à Abidjan le 21 septembre 1992 : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ". D'une part, s'il est constant que l'arrêté attaqué ne vise pas cette convention, il n'est toutefois pas établi, ni même allégué que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu le champ d'application de la loi, ce d'autant qu'il ressort des pièces du dossier, que la requérante ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français, de sorte que sa situation était bien régie par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, une telle omission dans les visas demeure, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci contient les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, le préfet n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle de l'étranger. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la convocation devant les services de la préfecture et de l'attestation de dépôt de sa demande, que la requérante a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte que le préfet n'était pas tenu d'examiner sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article est inopérant et doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si la requérante justifie de six ans de présence en France à la date de la décision attaquée, outre la présence de ses enfants et de son concubin en France, elle n'apporte aucun élément sur le caractère régulier ou non de la présence de ce dernier. Au demeurant, le caractère ancien de la vie commune n'est pas démontré par la production d'un avis d'échéance de loyer d'août 2022 et un échéancier d'Electricité de France au titre de l'année 2022. Enfin, si de cette union, sont nés deux enfants, le 10 octobre 2016 et le 27 décembre 2018, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". La requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations à l'encontre de la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. En se bornant à invoquer un droit à scolarisation à l'école élémentaire et à l'école maternelle, outre un risque d'interruption d'un développement complet de ses enfants, la requérante n'établit pas que le préfet de police aurait méconnu ces stipulations. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte des motifs précédemment exposés que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la mesure d'éloignement, dès lors que ces dispositions régissent l'admission exceptionnelle au séjour.

11. En troisième lieu, à supposer même, comme le fait valoir la requérante qu'elle aurait pu bénéficier d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle prévue à l'article L. 435-1 du code des étrangers et du droit d'asile, une telle circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet puisse légalement édicter une mesure d'éloignement, dès lors qu'il ne s'agit pas d'un titre de plein droit. Par suite, et en tout état de cause, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et, en tout état de cause, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme Belkacem, première conseillère,

Mme Marchand, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

N. BelkacemLe président,

C. FOUASSIER

La greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2217977/2-3

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