lundi 10 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2219248 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | TRAORE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 29 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Ibrahima Traoré, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant 12 mois ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant 12 mois ;
et en tout état de cause :
3°) d'enjoindre au préfet de Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de sa situation administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à la SAS Itra consulting en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- a été pris par une autorité incompétente ;
- n'est pas suffisamment motivé et est intervenu sans examen préalable de sa situation personnelle ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales un recours étant pendant devant la Cour nationale du droit d'asile ;
- méconnait les stipulations des articles 2, 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 18 mars 1991, est entré régulièrement en France le 3 septembre 2016 muni d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Après avoir obtenu deux titres de séjour successifs en cette même qualité, il n'a pas donné suite à sa dernière demande de renouvellement présentée le 22 janvier 2019. Interpellé sur la voie publique le 13 septembre 2022, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date du même jour par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant douze mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Il indique, en particulier, les différentes décisions intervenues quant à la situation de M. C au regard du droit au séjour et le fait qu'il n'est titulaire d'aucun titre de séjour valide. Il précise par ailleurs que l'intéressé exerce une activité professionnelle, qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, qu'il ne peut justifier de l'absence d'attaches dans son pays d'origine et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si le préfet de Seine-Saint-Denis, comme il lui était loisible de le faire, a repris, dans les motifs de sa décision, des éléments de fait figurant dans le procès-verbal d'audition de M. C en date du 13 septembre 2022, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que c'est au terme d'un examen sérieux et personnalisé de la situation du requérant que le préfet de Seine-Saint-Denis, qui ne s'est aucunement considéré comme tenu de faire obligation de quitter le territoire français à l'intéressé, a pris la décision attaquée. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par conséquent être écarté.
5. En troisième lieu, l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". A supposer même établie la présence continue de M. C sur le territoire français depuis le 3 septembre 2016, l'intéressé se prévaut, pour seule attache familiale en France, que de la présence de son oncle qui l'héberge. Il n'établit ni même ne soutient être dépourvu d'attaches en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. M. C a bénéficié du statut d'autoentrepreneur à partir de 2017 et a travaillé quelques mois à temps partiel en qualité de salarié en 2018 puis depuis mai 2022 il n'invoque aucun lien personnel qu'il aurait pu nouer à l'occasion de ses activités professionnelles. S'il invoque de tels liens en affirmant qu'il apporte son aide à des personnes de son entourage en participant notamment à des actions solidaires dans le domaine de l'informatique, il ne verse au dossier aucun élément permettant d'apprécier la nature, l'ancienneté et l'intensité de ces liens. Le moyen tiré de l'atteinte disproportionnée que le préfet de Seine-Saint-Denis aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familial doit par conséquent être écarté.
Sur la décision portant interdiction de revenir sur le territoire français :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet de Seine-Saint-Denis a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. C n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de revenir sur le territoire français serait illégale du fait qu'elle a été prise en application d'une décision d'éloignement elle-même illégale ne peut qu'être écarté.
7. En deuxième lieu, selon l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
8. En l'espèce, le préfet de Seine-Saint-Denis a retenu au nombre des motifs justifiant sa décision la durée du séjour en France de M. C, ainsi que la nature et l'intensité de ses liens avec la France. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision doit par conséquent être écarté.
9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, le moyen tiré de ce que l'interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée de douze mois serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. En dernier lieu, si M. C soutient qu'il serait éligible à une régularisation exceptionnelle en application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen est inopérant dès lors que les décisions attaquées n'ont pas été prises en réponse à une demande de titre de séjour de l'intéressé.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 13 septembre 2022. Ses conclusions à fin d'injonction et tendant à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent par conséquent qu'être rejetées.
D É C I D E:
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2022.
Le Président,
E. ALe greffier,
R. DRAI
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2219248/8-
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026