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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2219544

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2219544

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2219544
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET DELPEYROUX & ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) COSMETICS INNOVATIONS TECHNOLOGIES, représentée par Me Henry-Stasse, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que le service a considéré que les honoraires versés à M. B et à Me Schlarmann n'ont pas été engagés dans l'intérêt de la société ;

- c'est à tort que le service a remis en cause la déduction des charges relatives au compte 6063 correspondant à deux factures Techna communication et Immac Wstore, au compte cadeaux correspondant à l'achat de bouteilles de vin pour des cadeaux à la clientèle, au compte 6134000 correspondant à des locations de véhicules, au compte 62350000 correspondant aux factures TPP, International trademark publication register, Wotra et Quadrimulsions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ostyn,

- les conclusions de M. Pertuy, rapporteur public,

- et les observations de Me Henry-Stasse, représentant la société COSMETICS INNOVATIONS TECHNOLOGIES.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) COSMETICS INNOVATIONS TECHNOLOGIES (CIT), qui exerce une activité de commercialisation de produits cosmétiques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. A l'issue des opérations de contrôle et au terme d'une procédure contradictoire, la société s'est vu notifier, par deux propositions de rectification du 19 décembre 2017, pour l'exercice 2014, et du 26 octobre 2018, pour les exercices 2015 et 2016, des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés, assortis des intérêts de retard et, pour une partie d'entre eux, de la majoration de 40% pour manquement délibéré prévue à l'article 1729 du code général des impôts. Les cotisations supplémentaires mises à la charge de la SARL CIT ont été mises en recouvrement par avis de mise en recouvrement du 15 avril 2019. Par des réclamations des 18 juillet 2019 et 19 avril 2021, la SARL CIT a sollicité auprès de l'administration la décharge, en droits et pénalités, des impositions supplémentaires mises à sa charge. Ses réclamations n'ayant été que partiellement acceptées par décisions des 19 juin 2020 et 20 juillet 2022, elle demande, par la présente requête, la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés maintenues au titre des exercices 2015 et 2016.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dont l'article 209 étend le champ d'application à l'assiette de l'impôt sur les sociétés : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire. () ". Pour être admis en déduction des bénéfices imposables, les frais et charges doivent, d'une manière générale, être exposés dans l'intérêt direct de l'exploitation ou se rattacher à la gestion normale de l'entreprise, correspondre à une charge effective, être appuyés de justifications suffisantes et être compris dans les charges de l'exercice au cours duquel ils ont été engagés.

3. En premier lieu, le service a remis en cause les charges correspondant aux honoraires versés à M. B. Il a considéré que celles-ci n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de la société, dès lors qu'aux termes du contrat conclu entre M. B et la société CIT, ce dernier avait pour mission de rédiger des formulations cosmétiques grâce à sa connaissance du marché de la cosmétique et s'intégrait, ainsi, dans un processus de conception et de fabrication de produits pour la cosmétique, alors que la société CIT a pour unique activité l'achat, en vue de la revente, de tels produits. La requérante, qui ne conteste pas avoir pour activité exclusive l'achat, en vue de la revente, de produits cosmétiques, fait valoir que M. B établissait des formules destinées à accompagner les présentations des produits aux clients, désireux de connaître leur composition. Toutefois, la SARL CIT se borne, au soutien de ses allégations, à produire trois rapports, qui auraient été transmis par M. B au gérant de la société, M. A, datés de 2012. De tels éléments, antérieurs aux années en litige, ne suffisent ainsi pas à démontrer que lesdits honoraires auraient été engagés dans l'intérêt de la société.

4. En deuxième lieu, le service a remis en cause les charges correspondant aux honoraires versés à Me Schlarmann, considérant que celles-ci n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de la société, dès lors que les dépenses en cause avaient pour objet la défense des intérêts de la société anglaise Novallia Limited Ltd, dans le cadre d'un contentieux portant sur la taxe sur la valeur ajoutée l'opposant à l'administration fiscale allemande. La SARL CIT fait valoir que la société Novallia n'a plus d'activité au Royaume-Uni depuis 2009 et que les factures émanant de Me Schlarmann correspondent à des travaux effectués pour son compte. Toutefois, elle produit au soutien de ses allégations des factures du cabinet Schlarmann von Geyso faisant apparaître une intervention de ce dernier pour un litige relatif à la TVA devant les juridictions allemandes, sans justifier du lien qu'aurait ce contentieux avec la société CIT. Par ailleurs, il résulte du courrier de Me Bouquet du 1er août 2014, produit par l'administration en défense, que le gérant de la société CIT, M. A, a reconnu que les dépenses en litige avaient été engagées pour la société Novallia dont l'administration fait valoir, sans être contestée, qu'elle a été dissoute du registre du commerce et des sociétés anglais le 1er mars 2022. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait remis en cause à tort les charges correspondant aux honoraires versés à Me Schlarmann.

5. En troisième et dernier lieu, la requérante soutient que c'est à tort que le service a remis en cause la déduction des charges relatives au compte 6063 correspondant à deux factures Techna communication et Immac Wstore, au compte cadeaux correspondant à l'achat de bouteilles de vin pour des cadeaux à la clientèle, au compte 6134000 correspondant à des locations de véhicules, au compte 62350000 correspondant aux factures TPP, International trademark publication register, Wotra et Quadrimulsions. S'agissant des factures Techna communication et Immac Wstore, il résulte de l'instruction que ces charges ont été admises en déduction dans la décision contentieuse d'admission partielle du 20 juillet 2022. S'agissant du compte cadeaux, la requérante soutient que les sommes de 2 556 euros et 1 971,48 euros comptabilisées en charges correspondent à des cadeaux destinés à la clientèle, ce que ne suffisent cependant pas à démontrer les relevés bancaires, produits à l'instance par la requérante, se bornant à faire état d'achats effectués auprès de la société LES CAVES 57 ST AVOLD pour lesdits montants. S'agissant du compte 6134000 correspondant à des locations de véhicules, la requérante se borne à produire des relevés bancaires faisant état desdites dépenses, mais ne produit à l'instance ni factures, ni éléments de nature à démontrer que ces dépenses ont été engagées dans son intérêt. Enfin, s'agissant du compte

62350000 correspondant aux factures TPP, International trademark publication register, Wotra et Quadrimulsions, il résulte de l'instruction que les factures produites à l'instance ont été établies au nom personnel du gérant de la société CIT. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration a remis en cause la déduction comme charges des dépenses précitées.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la société CIT doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société COSMETICS INNOVATIONS TECHNOLOGIES est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée COSMETICS INNOVATIONS TECHNOLOGIES et à la directrice régionale des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Grossholz, première conseillère,

Mme Ostyn, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

La rapporteure,

Signé

I. OSTYNLe président,

Signé

J.-C. TRUILHÉ

La greffière,

Signé

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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