jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2220026 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ADDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 septembre 2022, 19 juillet 2023 et 24 février 2024, l'association Incubateur au féminin, représentée par Me Sfez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 27 juillet 2022 par laquelle le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations a partiellement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé à l'encontre de la décision du 29 juin 2022, en tant qu'elle prononce le déréférencement de la plateforme dématérialisée " mon compte formation " de ses formations d'aide à la création et à la reprise d'entreprise (" formations ACRE "), pour une durée de neuf mois ;
2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au référencement des formations concernées sur la plateforme " Mon Compte Formation " et d'adresser un message aux utilisateurs qui s'étaient inscrits à ces formations pour les informer de la possibilité de se réinscrire, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de condamner la Caisse des dépôts et consignations à lui verser la somme de
95 670 euros HT, assortie des intérêts moratoires, en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de l'illégalité de la sanction du 29 juin 2022 ;
4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme de
4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :
- la requête est recevable dès lors que la décision du 27 juillet 2022, dont les vices propres peuvent être invoqués, modifie la décision initiale du 29 juin 2022 ;
- les décisions des 29 juin 2022 et 27 juillet 2022 sont insuffisamment motivées en l'absence de précision des motifs de non-respect des critères d'éligibilité ;
- la décision du 27 juillet 2022 est entachée d'un vice de procédure dans la mesure où elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour se mettre en conformité avec la nouvelle réglementation issue du décret n° 2022-649 du 22 avril 2022 qui a modifié le deuxième alinéa du I de l'article D. 6323-7 du code du travail, en méconnaissance du principe de sécurité juridique ;
- les décisions des 29 juin et 27 juillet 2022 sont entachées d'un vice de procédure tenant à la violation du principe du contradictoire dès lors qu'elle n'a pas pu présenter ses observations orales alors que la lettre qui lui a été adressée ne lui permettait pas d'identifier les informations qu'elle devait fournir, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ; en outre, il n'y a pas eu d'échanges et de dialogue en violation de l'article 13 des conditions générales ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de preuve de la consultation de la commission ad hoc d'arbitrage prévue à l'article 4.4.2 des conditions particulières de la plateforme " mon compte formation " avant l'intervention de la décision du 27 juillet 2022 et de la composition régulière ou de la preuve du quorum s'agissant de la commission ad-hoc qui s'est réunie le 10 juin 2022 ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 6323-6 et D. 6323-7 du code du travail dans la mesure où elle a justifié du respect, pour chaque formation qu'elle dispense, des critères applicables aux formations ACRE ;
- la sanction de déréférencement d'une durée de neuf mois, qui ne tient pas compte de sa situation, est disproportionnée compte tenu de sa bonne foi et de sa volonté de coopérer ;
- la Caisse des dépôts et consignations a commis un détournement de pouvoir dès lors que la procédure de contrôle des organismes dispensant des formations ACRE avait pour but d'assurer une régulation économique des acteurs du marché de la formation professionnelle et non d'assurer le maintien d'une qualité suffisante des formations au regard des critères fixés par le code du travail ;
- elle a subi un préjudice évalué à la somme de 95 670 euros HT en raison de l'illégalité de la sanction de déréférencement entre le 29 juin 2022 et le 10 avril 2023.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 février 2023, 26 février 2024 et 14 octobre 2024, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Me Nahmias (cabinet Adden avocats) conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de l'association Incubateur au féminin au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dans la mesure où la requérante conteste seulement la décision du 27 juillet 2022 qui ne s'est pas substituée à la décision initiale du
29 juin 2022 et dont les vices propres ne peuvent pas être utilement invoqués ;
- à titre subsidiaire, le moyen tiré du délai insuffisant pour présenter des observations n'est pas fondé ;
- le moyen tiré de la violation de la procédure contradictoire prévue à l'article
L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant dans la mesure où une procédure contradictoire particulière est prévue à l'article R. 6333-6 du code du travail et à l'article 13.1 des conditions générales d'utilisation ;
- le moyen tiré de la violation de la procédure contradictoire applicable n'est pas fondé dans la mesure où la requérante a été mise à même de présenter ses observations écrites et ses services n'avaient aucune obligation de répondre à la demande tendant à l'organisation d'un entretien ;
- le moyen tiré du vice de procédure tendant à l'absence de consultation de la commission ad hoc avant l'intervention de la décision du 27 juillet 2022 prise sur recours gracieux est inopérant, s'agissant d'un vice propre de cette décision ; en tout état de cause, la commission ad hoc a émis un avis régulier le 10 juin 2022 et sa consultation n'était pas obligatoire avant l'édiction de la décision du 27 juillet 2022 dans la mesure où cette décision ne prononce pas le déréférencement de l'organisme ;
- le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions des 29 juin 2022 et
27 juillet 2022 n'est pas fondé ;
- le moyen tiré de l'erreur d'appréciation n'est pas fondé dans la mesure où la requérante n'a produit aucun justificatif, au cours de la période contradictoire, permettant de justifier de l'éligibilité des formations ACRE qu'elle dispense au regard des critères fixés à l'article D. 6323-7 du code du travail ;
- la sanction n'est pas disproportionnée ;
- le moyen tiré du détournement de pouvoir n'est pas fondé ;
- les conclusions aux fins d'injonction ne pourront qu'être rejetées dès lors que, d'une part, la décision du 27 juillet 2022 n'est pas illégale, d'autre part, cette décision a, en tout état de cause, levé la sanction de déréférencement de la plateforme, seules les offres de formation ACRE étant dépubliées pour une durée de neuf mois, enfin, la requérante n'apporte pas la preuve de l'éligibilité de ses formations de sorte qu'aucun réexamen de sa situation serait nécessaire ;
- la demande indemnitaire n'est pas fondée, d'une part, en l'absence d'illégalité fautive, d'autre part, en l'absence de preuve de la réalité des pertes financières invoquées, enfin, en l'absence de lien de causalité entre le déréférencement de la plateforme et le préjudice financier allégué.
Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 8 novembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le décret n° 2022-649 du 22 avril 2022 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guena, représentant la Caisse des dépôts et consignations.
Considérant ce qui suit :
1. L'association incubateur au féminin est un organisme de formation qui dispense, sur la plateforme dématérialisée " mon compte formation ", des actions de formation d'aide à la création et à la reprise d'entreprise (dites formations ACRE), à destination de femmes ayant un projet de création d'entreprise ou de " startup ". Par une lettre du 5 mai 2022, la Caisse des dépôts et consignation lui a notifié l'ouverture de la procédure contradictoire préalable au prononcé d'une éventuelle sanction de déréférencement de l'organisme de la plateforme en raison de la non-conformité de ses actions de formation aux conditions d'éligibilité applicables aux actions de formation ACRE. Par une décision du 29 juin 2022, le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations a prononcé le déréférencement de l'association incubateur au féminin pour une durée de neuf mois. L'association incubateur au féminin a formé un recours gracieux contre cette décision, par une lettre du 12 juillet 2022. Par une décision du 27 juillet 2022, le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations a partiellement fait droit à ce recours en prononçant la levée de la sanction de déréférencement de l'organisme de formation, à l'exclusion de son offre de formations dites ACRE pour lesquelles la sanction de déréférencement d'une durée de neuf mois a été maintenue. Par la présente requête, l'association incubateur au féminin a entendu demander, d'une part, l'annulation de la décision du 27 juillet 2022 en tant qu'elle maintient la sanction de déréférencement de ses actions de formation ACRE, d'autre part, la condamnation de la Caisse des dépôts et consignations à lui verser une indemnité de 95 670 euros HT en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision du 27 juillet 2022 :
2. La Caisse des dépôts et consignations fait valoir que les conclusions aux fins d'annulation de la requête sont irrecevables dès lors qu'elles sont dirigées contre la décision du 27 juillet 2022 portant rejet du recours gracieux formé par l'association incubateur au féminin contre la décision initiale du 29 juin 2022, à laquelle la décision du 27 juillet 2022 ne s'est pas substituée. Toutefois, il résulte de l'instruction que, par la décision attaquée du 27 juillet 2022, la Caisse des dépôts et consignations a modifié la décision initiale du 29 juin 2022 prononçant la sanction de déréférencement de l'association incubateur au féminin de la plateforme " mon compte formation " en lui substituant, " après analyse de [son] activité sur la plateforme 'mon compte formation' ", la sanction de " déréférencement " ou de " dépublication " des seules offres de formation dites ACRE pendant une durée de neuf mois. Dans ces conditions, l'association incubateur au féminin est recevable à demander l'annulation de la décision du
27 juillet 2022 en tant qu'elle prononce à son encontre la sanction de " déréférencement " ou " dépublication " de ses offres de formation dites ACRE pendant une durée de neuf mois. La fin de non-recevoir opposée par la Caisse des dépôts et consignations doit, par suite, être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 27 juillet 2022 :
3. D'une part, aux termes du II de l'article L. 6323-6 du code du travail : " Sont () éligibles au compte personnel de formation, dans des conditions définies par décret : () / 4° Les actions de formation d'accompagnement et de conseil dispensées aux créateurs ou repreneurs d'entreprises ayant pour objet de réaliser leur projet de création ou de reprise d'entreprise et de pérenniser l'activité de celle-ci () ". En vertu de l'article D. 6323-7 de ce code, dans sa version applicable à compter du 27 avril 2022 : " I.- Les actions de formation, d'accompagnement et de conseil éligibles au compte personnel de formation mentionnées au 4° du II de l'article L. 6323-6 sont réalisées dans le cadre du parcours prévu à l'article
L. 6313-2 suivi par le créateur ou le repreneur d'entreprise. Ces actions ont pour objet l'acquisition de compétences exclusivement liées à l'exercice de la fonction de chef d'entreprise concourant au démarrage, à la mise en œuvre et au développement du projet de création ou de reprise d'une entreprise et à la pérennisation de son activité, et qui ne sont pas propres à l'exercice d'un métier dans un secteur d'activité particulier. II.- Ces actions sont mises en œuvre par des opérateurs ayant procédé à la déclaration prévue à l'article L. 6351-1. III.- L'opérateur peut refuser de dispenser à la personne les actions mentionnées au I, soit en raison du manque de consistance ou de viabilité économique du projet de création ou de reprise d'entreprise, soit lorsque le projet du créateur ou du repreneur ne correspond pas au champ de compétences de l'opérateur ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 6323-9 du code du travail : " La Caisse des dépôts et consignations gère le compte personnel de formation, le service dématérialisé, ses conditions générales d'utilisation et le traitement automatisé mentionnés à l'article
L. 6323-8 dans les conditions prévues au chapitre III du titre III du présent livre. Les conditions générales d'utilisation précisent les engagements souscrits par les titulaires du compte et les prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 ". Aux termes de l'article R. 6333-6 du même code : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent () ".
5. L'article 13 de ces conditions générales, applicables au litige, prévoit que : " 13.1.1. En présence de tout différend entre la CDC [Caisse des dépôts et consignations] d'une part et les OF [organismes de formation] ou Titulaires de compte d'autre part, les Parties conviennent d'appliquer la présente procédure aux fins de tenter de trouver un accord amiable. La CDC adresse par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception, à la partie en manquement, une lettre d'observations. / A réception de la lettre d'observations, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation concerné bénéficie d'une période d'échange et de dialogue pour discuter des constats et observations adressés. / Cette période est dite 'Période Contradictoire'. / Durant cette Période Contradictoire, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation peut, dans un délai précisé par la CDC dans la lettre d'observations qui ne peut être inférieur à 8 (huit) jours calendaires, formuler ses observations écrites, apporter les précisions nécessaires, faire part d'un éventuel désaccord, ou bien fournir tout document utile./ Au cours de cette période contradictoire, un entretien peut être convenu par les parties afin de favoriser un débat oral et contradictoire. Il ne revêt aucun caractère contraignant. () Au terme de la période contradictoire, la CDC notifie la décision par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception. / Cette décision précise les suites données par le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation aux demandes qui lui ont été adressées par la CDC et s'il y a lieu les éventuelles mesures décidées à la suite du contrôle effectué et, le cas échéant, la décision de non-paiement ou de recouvrement des sommes versées () ".
6. Enfin, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ". En outre, en application de l'article L. 121-1 de ce code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article
L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Enfin, aux termes de l'article L. 122-2 de ce même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".
7. Il résulte de ces dispositions que la décision litigieuse, qui présente le caractère d'une sanction administrative, doit être précédée d'une procédure contradictoire, laquelle vise à informer l'intéressé, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'adoption de la décision du 29 juin 2022, la Caisse des dépôts et consignations a adressé à l'association requérante, une lettre datée du 5 mai 2022, intitulée " notification d'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des Conditions générales d'utilisation de mon compte formation ", par laquelle il lui a été rappelé les règles générales applicables aux actions de formation dite ACRE et les éléments dont les organismes de formation doivent être en mesure de justifier en cas de contrôle. Cette lettre lui a également indiqué qu'il est " constant que les actions de formation ACRE [qu'elle propose] ne remplissent pas ces critères ". Cette lettre a, par ailleurs, rappelé à l'association le contenu d'un rappel à l'ordre qui lui avait été adressé par courriel le 5 avril 2022 pour qu'elle mette en conformité ses actions de formation dans un délai de cinq jours. La lettre précise également à l'intéressée que ses actions de formation n'ont pas été mises en conformité, ce qui constitue un " manquement d'une particulière gravité au code du travail et aux conditions générales et particulières d'utilisation de la plateforme " susceptible d'aboutir à son " exclusion de la plateforme au moyen d'une décision de déréférencement ". L'association a ainsi été invitée à présenter ses observations écrites dans un délai de trois semaines. Il ressort des pièces du dossier que, par des courriers électroniques des 10 mai 2022, 17 mai 2022, 30 mai 2022 et 3 juin 2022, qui sont restés sans réponse, l'association incubateur au féminin a demandé des précisions sur les éléments de non-conformité qui lui étaient reprochés, après avoir apporté des informations sur les formations ACRE qu'elle dispensait. Or ni la lettre du 5 mai 2022 ni les notes des 5 avril 2022 et 2 mai 2022 qui ont été adressées indistinctement à de nombreux organismes dispensant des formations ACRE pour leur rappeler les conditions d'éligibilité de ces formations et les obligations pesant sur les organismes en la matière ne comportent l'énoncé des éléments de non-conformité aux règles générales qui auraient été relevés s'agissant des formations ACRE dispensées par l'association requérante. Ainsi, l'association incubateur au féminin est fondée à soutenir qu'elle n'a pas été suffisamment informée, avant l'édiction des sanctions des 29 juin 2022 et 27 juillet 2022, lesquelles ne précisent au demeurant pas non plus les éléments de non-conformité qui ont été retenus, des griefs formulés à son encontre. Dans ces conditions, l'association requérante, qui a été privée d'une garantie, est fondée à soutenir que la décision attaquée du 27 juillet 2022 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et est également insuffisamment motivée.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'association incubateur au féminin est fondée à demander l'annulation de la décision de la Caisse des dépôts et consignations du 27 juillet 2022.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. L'association incubateur au féminin demande la condamnation de la Caisse des dépôts et consignations à lui verser une indemnité de 95 670 euros HT en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi, entre le 29 juin 2022 et le 10 avril 2023, du fait de l'illégalité des décisions prononçant le " déréférencement " de ses offres de formations ACRE de la plateforme dématérialisée " mon compte formation ". Toutefois, si l'association requérante évalue son préjudice au coût de vingt-quatre programmes de formation présentiels de type " Start ", dix-huit programmes de formation distanciels de type " Start " et quarante-cinq programmes de formation de type " Possible ", elle n'apporte aucun élément étayé ni même aucune argumentation relative au manque à gagner qu'elle aurait subi à ce titre ou aux frais qu'elle aurait exposés, permettant d'établir, d'une part, la réalité du préjudice financier allégué, d'autre part, le lien de causalité entre le préjudice allégué et l'illégalité fautive de la sanction du 27 juillet 2022 ou du 29 juin 2022. Dans ces conditions, ses conclusions indemnitaires ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.
Sur l'injonction :
11. Il est constant que la mesure de déréférencement des offres de formation ACRE de l'association requérante de la plateforme dématérialisée " mon compte formation " a pris fin à la date du présent jugement. Dans ces circonstances, il n'y a, en tout état de cause, pas lieu d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de procéder au référencement des formations en cause et d'adresser un message d'information en ce sens aux utilisateurs. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'association incubateur au féminin, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la Caisse des dépôts et consignations demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'association incubateur au féminin et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 juillet 2022 du directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations est annulée.
Article 2 : La Caisse des dépôts et consignations versera à l'association incubateur au féminin une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'association incubateur au féminin et à la Caisse des dépôts et consignations.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
M. Jehl, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
La rapporteure,
E. ARMOËT
La présidente,
M. SALZMANNLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au Premier ministre en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026