vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2220499 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | PARADEISE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Paradeise puis par Me Berz, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 mars 2021 par laquelle le jury de validation des acquis de l'expérience du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) n'a fait droit que partiellement à sa demande de validation des acquis de l'expérience, ensemble la décision par laquelle la directrice du Conservatoire a rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cette décision ;
2°) d'enjoindre au CNSMDP de réexaminer sa demande de validation des acquis professionnels dans un délai de quatre mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Mme C soutient que :
-il n'est pas établi que le jury qui a examiné son dossier était régulièrement constitué ;
-la décision attaquée a été établie à l'issue d'une procédure irrégulière puisqu'elle n'a été soumise à aucune mise en situation pédagogique ;
-la décision du jury comporte des incohérences ;
-elle a été victime d'une discrimination en raison de ses origines.
Par un mémoire enregistré le 19 octobre 2022, la ministre de la culture conclut à sa mise hors de cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-le code de l'éducation ;
-l'arrêté du 29 juillet 2016 relatif au certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique et fixant les conditions d'habilitation des établissements d'enseignement supérieur à délivrer ce diplôme ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,
-et les observations de Me Berz, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C s'est inscrite à la procédure de validation des acquis de l'expérience en vue de l'obtention du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de piano organisée par le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) en 2021. Par un courrier du 15 mars 2021, la directrice du CNSMDP a informé Mme C que le jury de validation des acquis de l'expérience du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique avait décidé de ne valider que certaines parties du diplôme. Mme C a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté par la directrice du CNSMDP par une décision reçue le 26 mai 2021. Mme C demande l'annulation de la décision du jury et de la décision par laquelle la directrice du CNSMDP a rejeté son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 16 de l'arrêté du 29 juillet 2016 relatif au certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique et fixant les conditions d'habilitation des établissements d'enseignement supérieur à délivrer ce diplôme dans sa version encore en vigueur à la date des décisions attaquées : " Le jury de validation des acquis de l'expérience du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique chargé de se prononcer sur les demandes de validation des acquis de l'expérience est présidé par le directeur de l'établissement habilité à délivrer le diplôme, ou son représentant. Outre son président, il comprend au moins : / - un maire, ou un représentant d'un établissement public de coopération intercommunale, ou un élu d'une collectivité territoriale dans le ressort de laquelle se situe un conservatoire classé par l'Etat, ou son représentant qu'il désigne ; / - un professeur titulaire du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique dans la discipline sollicitée par le candidat ou un professeur appartenant au cadre d'emplois des professeurs d'enseignement artistique dans cette même discipline, en fonction dans un conservatoire classé ; / - une personnalité qualifiée. / Au moins un des membres du jury est un spécialiste de la discipline, du domaine, le cas échéant de l'option, sollicités par le candidat. / La liste des membres du jury est arrêtée par le directeur de l'établissement habilité à délivrer le certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique. Des examinateurs spécialisés peuvent être désignés par le directeur de l'établissement pour participer avec les membres du jury à l'évaluation des épreuves. Ils ont une voix consultative ".
3. Il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal de la séance du 19 janvier 2021 que le jury qui a examiné la demande de validation des acquis de l'expérience de Mme C comportait cinq membres : un représentant de la directrice du CNSMDP, qui présidait le jury, une représentante du maire de Tours, un professeur titulaire du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de piano, une personnalité qualifiée, à savoir un inspecteur de la direction générale de la création artistique et une examinatrice spécialisée, professeur au CNSMDP de Paris. Dans ces conditions le CNSMDP établit que le jury était régulièrement composé. En outre, à supposer que Mme C ait entendu soutenir que la décision est irrégulière dès lors que le jury n'était pas présidé par la directrice du Conservatoire elle-même, un tel moyen doit être écarté, l'article 16 de l'arrêté du 29 juillet 2016 précisant que le jury peut être présidé par le directeur du Conservatoire ou son représentant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17 du l'arrêté du 29 juillet 2016 : " Le jury de validation des acquis de l'expérience du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique peut décider de l'attribution du diplôme aux candidats, sur la base de l'examen du dossier de demande de validation des acquis de l'expérience, d'un entretien et, le cas échéant, d'une mise en situation professionnelle, réelle ou reconstituée, conformément aux modalités d'évaluation figurant en annexe III au présent arrêté. () ". En outre, le premier paragraphe de l'annexe III de l'arrêté du 29 juillet 2016, qui fixe les modalités d'évaluation en VAE précise que " Le candidat est évalué sur la base d'un dossier et d'un entretien. À la suite de l'entretien, le jury peut décider de compléter son information sur le parcours du candidat par une mise en situation professionnelle, réelle ou reconstituée. Il définit les compétences à vérifier et la nature de la mise en situation professionnelle correspondante, qui est communiquée de manière précise au candidat () ".
5. Si Mme C soutient que le jury ne l'a pas soumise à une mise en situation pédagogique, aucun texte n'impose une telle mise en situation. En outre, à supposer qu'elle ait entendu soutenir que le jury aurait dû la soumettre à une mise en situation professionnelle mentionnée à l'article 17 de l'article du 29 juillet 2016, il ressort des termes précités de cet article et de l'annexe III à l'arrêté du 29 juillet 2016 que le jury de validation des acquis de l'expérience du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique n'est pas tenu d'organiser systématiquement une telle mise en situation. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision du jury est entachée d'irrégularité pour ce motif.
6. En troisième lieu, l'appréciation faite par un jury des mérites d'un candidat à la validation des acquis de l'expérience relève de l'appréciation souveraine de ce jury et ne saurait utilement être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir. Dans ces conditions, Mme C ne peut utilement soutenir que la décision du jury de validation des acquis de l'expérience du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique comporterait des incohérences en ce qui concerne les acquis qui ont été validés et ceux qui ne l'ont pas été ni que le jury n'aurait pas tenu compte de sa longue expérience de professeure de piano.
7. Enfin si, lorsqu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, c'est au défendeur qu'il incombe de produire tous les éléments permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination, il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes.
8. Si Mme C soutient qu'elle a fait l'objet d'une discrimination de la part du jury en raison de ses origines ukrainiennes, les seules circonstances que le jury lui ait demandé quel projet elle pourrait proposer au conservatoire " à part des projets russes ou ukrainiens " et que la décision comporterait, selon elle, des incohérences, ne sauraient suffire à faire présumer l'existence d'une telle discrimination. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision par laquelle jury de validation des acquis de l'expérience du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur de musique n'a validé que partiellement ses compétences et de la décision par laquelle la directrice du CNSMDP a rejeté son recours gracieux doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il soit besoin de demander au CNSMDP de communiquer le dossier complet de la requérante et notamment le rapport de l'examinateur spécialisé mentionné à l'article 16 de l'arrêté du 29 juillet 2016, ainsi que les documents relatifs à l'organisation de l'examen et l'arrêté concernant la composition du jury.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
V. FLUET
La République mande et ordonne à la ministre la culture en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026