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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221100

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221100

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221100
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET CHARREL ET ASSOCIES (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2022, Mme A C en qualité de représentante légale de son fils D, demande au juge des référés :

- d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative à Île-de-France Mobilités (IDFM) de procéder à un audit de la société Adanev Mobilités portant sur les conditions d'exécution du contrat des transports scolaires des enfants porteurs de handicap depuis le 1er septembre 2022 ; à tout le moins de désigner pour son fils un nouveau prestataire au lieu et place de la société Adanev Mobilités, soit la société Estia Service, soit Airport Paris Transport, soit Lutèce Duo Services, ce sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

La société Adanev mobilités a été dans l'incapacité d'assurer la prise en charge des transports scolaires des enfants porteurs d'un handicap dont son fils, actuellement scolarisé en Ulis au lycée Gustave Eiffel. Malgré la mise en demeure que lui a adressée IDFM, cette société n'a pas les moyens d'exécuter le marché conclu. Les retards et oublis de prise en charge sont très anxiogènes pour son fils et ceci impacte son inclusion scolaire. Le droit à l'égal accès à l'instruction constitue une liberté fondamentale. La poursuite de l'exécution du contrat avec Adanev Mobilités est manifestement contraire à l'intérêt de l'enfant et de tous les autres enfants qui subissent les retards et absences des chauffeurs et méconnaît le droit à compensation dont bénéficient les enfants porteurs de handicap. Il y a lieu de constater la carence d'IDFM dans la bonne exécution de sa mission de transport scolaire de ces enfants et donc dans leur accès à l'instruction.

Il y a urgence à remédier à cette situation qui dure depuis la rentrée scolaire.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Marie-Pierre Viard, Président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Mme A C,

- les observations de Me Thareau pour IDFM qui a produit à l'audience deux documents, une mise en demeure adressée en lettre recommandée avec accusé de réception le 3 octobre 2022 par IDFM à la société Adanev et un courrier adressé le 11 octobre à Mme C lui permettant de sélectionner une entreprise de transport validée par IDFM pour la prise en charge de son enfant et d'obtenir le remboursement des frais engagés à concurrence de 95 euros par jour selon les modalités indiquées.

Une note en délibéré a été produite par IDFM le 11 octobre 2022, ajoutant aux documents produits à l'audience, le cahier des clauses particulières applicable aux transports scolaires adaptés des élèves et étudiants du département de Paris, de Seine Saint-Denis et du Val-de-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Et aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

Sur l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

2. L'alinéa 1er de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". L'égal accès à l'instruction est garanti par le treizième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958, et confirmé par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'article L. 131-1 du code de l'éducation prévoit que : " L'instruction est obligatoire pour les enfants des deux sexes, français et étrangers, entre six ans et seize ans. () ". Enfin, l'article R. 213-3 du code de l'éducation dispose : " Les services de transports scolaires et de transport des élèves handicapés, définis à l'article R. 3111-5 du code des transports, sont régis par les articles R. 3111-15 à R. 3111-29, R. 3111-31, R. 3111-32 et D. 3111-33 à D. 3111-36 du même code. "

3. L'article R. 3111-5 du code des transports énonce : " Les transports scolaires sont des services publics réguliers de transports routiers créés pour assurer principalement à l'intention des élèves la desserte des établissements d'enseignement. / Sont assimilés à des transports scolaires les services publics à la demande organisés en faveur des élèves et étudiants handicapés en vue de leurs déplacements vers les établissements scolaires ou universitaires. ". Aux termes de l'article R. 3111-24 du même code : " Les frais de déplacement exposés par les élèves handicapés qui fréquentent un établissement d'enseignement général, agricole ou professionnel, public ou privé placé sous contrat, en application des articles L. 442-5 et L. 442-12 du code de l'éducation, ou reconnu aux termes du livre VIII du code rural et de la pêche maritime, et qui ne peuvent utiliser les moyens de transport en commun en raison de la gravité de leur handicap, médicalement établie, sont pris en charge par le département du domicile des intéressés. ". Aux termes de l'article D3111-33 du code des transports : " Dans la région Ile-de-France, les frais de déplacement exposés par les élèves handicapés ayant leur domicile dans la région et fréquentant un des établissements d'enseignement général, agricole ou professionnel, publics et privés sous contrat conclu en application des articles L. 442-5 et L. 442-12 du code de l'éducation, ou reconnus selon les dispositions des articles R. 813-1 à R. 813-35 du code rural et de la pêche maritime et qui ne peuvent utiliser les moyens de transport en commun compte tenu de la gravité de leur handicap, médicalement établie, pour se rendre audit établissement et en revenir, sont remboursés par Ile-de-France Mobilités. ".

4. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que le droit à l'éducation est une liberté fondamentale. Sa mise en œuvre pour les enfants porteurs de handicap s'accompagne nécessairement d'un droit à un transport scolaire diligent adapté au handicap de l'enfant.

En ce qui concerne les conclusions relatives au transport du jeune D C :

5. Il est constant que le jeune D C est porteur d'un handicap et de ce fait bénéficie d'un transport scolaire adapté pour ses trajets quotidiens entre son domicile et son établissement scolaire. Or depuis le début de l'année scolaire, la société Adanev mobilités, retenue par Île-de-France Mobilités à la suite d'un appel d'offres pour réaliser le transport, ne remplit pas de manière satisfaisante sa mission. Compte tenu du préjudice subi par son enfant du fait des dysfonctionnements constatés à plusieurs reprises consistant en des retards et des omissions de prise en charge, Mme C demande qu'un nouveau prestataire soit désigné pour le transport scolaire de son fils.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment de ce qui a été dit à l'audience et des pièces produites, qu'Île-de-France mobilités (IDFM) a, par un courrier du 11 octobre 2022, fait droit à la demande de Mme C en lui permettant de sélectionner l'entreprise de transport qu'elle souhaitait pour la prise en charge de son enfant et d'obtenir le remboursement des frais engagés à concurrence de 95 euros par jour en en précisant les modalités. Il s'ensuit, comme Mme C l'a admis à l'audience, que ses conclusions concernant le transport de son fils sont devenues sans objet.

En ce qui concerne les conclusions tendant à ce que soit procédé un audit de la société Adanev Mobilités :

7. Il résulte de l'instruction qu'à la suite des nombreux dysfonctionnements constatés dès la première semaine d'exécution du contrat, très perturbants pour les enfants et leurs familles, une première rencontre le 13 septembre 2022 a eu lieu entre la direction d'IDFM et le directeur d'Adanev mobilités à l'issue de laquelle la société s'est engagée à mettre en œuvre toutes les actions nécessaires pour faire cesser ces dysfonctionnements. Ces dysfonctionnements persistant, IDFM a adressé le 3 octobre une mise en demeure en lettre recommandée avec accusé de réception à la société Adanev mobilités lui demandant : 1) de lui transmettre par écrit avant le 14 octobre 2022 les actions mises en place depuis la rentrée scolaire afin de garantir en toutes circonstances, conformément au cahier des charges particulières (CCP) la sécurité des usagers et un niveau irréprochable de communication à leurs familles ; 2) d'assurer avant le 18 octobre 2022 une prise en charge à 100% des prestations de transport qui lui sont confiées dans le cadre de ce marché en garantissant toutes les exigences de sécurité des usagers et de qualité de service prescrite au CCP ; 3) de transmettre de manière hebdomadaire aux services d'Île-de-France mobilités un état des lieux de la prise en charge des circuits mentionnant notamment le nom du conducteur de chaque circuit ainsi qu'une mise en place effective ou prévue pour le circuit. Cette mise en demeure se termine par l'avertissement qu'en l'absence d'éléments factuels permettant d'établir de manière avérée que ces actions ont été mises en place, la résiliation simple des marchés pourra être effectuée en application de l'article 26 du CCP.

8. Compte tenu des termes de cette mise en demeure et des délais brefs accordés pour remédier aux dysfonctionnements constatés, qui montre qu'IDFM est conscient de l'urgence de la situation et a pris l'exacte mesure des problèmes posés par la société Adanev mobilités, et alors que le cahier des clauses particulières prévoit des pénalités à raison des dysfonctionnements et les modalités d'une résiliation en cas de faute du titulaire accordant à l'acheteur le droit, s'il n'est pas possible " de se procurer dans des conditions acceptables, des prestations exactement conformes à celles dont l'exécution est prévue à l'accord-cadre " de substituer des prestations équivalentes aux frais et risques du titulaire, il n'apparaît pas utile pour la mise en œuvre du droit à l'éducation des enfants porteurs de handicap qu'il soit fait droit aux conclusions de Mme C tendant à ce qu'il soit enjoint à IDFM mobilités de procéder sous astreinte à un audit de la société Adanev mobilités.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives au transport scolaire du jeune D C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, représentante légale de son fils D, à Île-de-France mobilités et à la société Adanev mobilités.

Fait à Paris, le 13 octobre 2022.

La juge des référés

M.P. B

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance./9

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