LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2221444

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2221444

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2221444
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET ADDEN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 avril 2022, enregistrée le 14 octobre 2022 au greffe du tribunal, le président de la 6ème chambre du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée pour la société ATC Bâtiment.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Montreuil les 24 août 2021 et 11 avril 2022, ainsi que par un mémoire, enregistré au greffe du tribunal administratif de Paris le 31 janvier 2024, la société ATC Bâtiment, représentée par Me Migaud (SELARL Avocats E. Boccalini et G. Migaud " ABM Droit et Conseil ") demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner l'établissement public SNCF Réseau, devenu la société SNCF Réseau, à lui verser la somme de 59 454, 68 euros TTC, assortie des intérêts au taux appliqué par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement la plus récente majoré de 10 points à compter de la date d'échéance de chaque facture, en application de l'article L. 441-6 du code de commerce, ainsi que de la capitalisation des intérêts en application de l'article 1342-2 du code civil ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner l'établissement public SNCF Réseau, devenu la société SNCF Réseau, à lui verser une indemnité de 59 454, 68 euros TTC en réparation du préjudice financier qu'elle a subi ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'établissement public SNCF Réseau, devenu la société SNCF Réseau, la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens ;

4°) de constater l'exécution provisoire du jugement.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :

- la forclusion de l'article 85-1 du cahier des clauses et conditions générales (CCCG) ne lui est pas opposable dans la mesure où, d'une part, elle n'a pas signé ce document, d'autre part, il n'existe pas de différend avec le maître d'œuvre puisqu'elle s'est bornée à transmettre son décompte général et définitif le 30 mai 2019 ;

- l'article 85.2 du CCCG n'est pas non plus applicable dans la mesure où aucun décompte général ne lui a été adressé par la société SNCF Réseau ; en tout état de cause, son action n'est pas tardive dès lors qu'elle a assigné l'établissement public SNCF devant le tribunal de commerce par exploit le 22 octobre 2019, soit dans le délai de six mois prévu à l'article 85.2 du CCCG ;

- la société SNCF Réseau n'est pas recevable à contester le décompte qu'elle lui a transmis dès lors qu'en s'abstenant de lui notifier un décompte définitif, elle n'a pas respecté le formalisme prévu à l'article 13.3 du CCCG ;

- en tout état de cause, la prescription a été interrompue par sa demande en justice en application de l'article 2242 du code civil et l'instance n'a jamais été éteinte puisque le tribunal de commerce a renvoyé le dossier devant le tribunal administratif en application des dispositions de l'article 82 du code de procédure civile ; en outre, il ne lui appartenait pas de transmettre le certificat de non-appel au tribunal de commerce et le délai d'appel ne pouvait courir qu'à compter de la notification du jugement aux parties en lettre recommandée en application de l'article 84 du code de procédure civile ;

- la société SNCF Réseau ne peut pas se prévaloir de la résiliation de la commande n° 25120-000041770 le 9 octobre 2020 alors qu'elle avait elle-même résilié le contrat le 30 mai 2019 ;

- les non-conformités des ouvrages alléguées ne sont pas établies ;

- elle est fondée à demander le paiement de sa facture de solde valant décompte général et définitif dès lors que, d'une part, elle a fourni et livré les douze plateformes élévatrices mobiles de personnel (PEMP) commandées, d'autre part, les " pénalités de retard " prévues à l'article L. 441-6 du code de commerce ainsi que les intérêts au taux légal de la Banque centrale européenne lui sont dus, conformément au code civil et au code monétaire et financier, enfin, elle a droit à l'indemnité d'arrêt de chantier en application des articles 16 et 21 du CCCG ;

- dans l'hypothèse où le tribunal considèrerait que le montant de la facture de solde n'est pas dû, elle serait fondée à réclamer une indemnité d'un montant de 59 454, 68 euros sur le fondement de l'article 83.4 du CCCG.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 janvier 2022 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, et les 30 novembre 2022 et 14 mars 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris, la société SNCF Réseau, représentée par Me Nahmias (cabinet Adden avocats) conclut, dans le dernier état de ses écritures, au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société ATC Bâtiment au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la société requérante n'a pas saisi le tribunal compétent dans le délai prévu à l'article 85.1 du cahier des clauses et conditions générales applicable (CCCG) ;

- le CCCG est opposable à la société requérante quand bien même elle ne l'aurait pas signé ;

- il existait un différend, au sens de l'article 85.1 du CCCG, portant sur les non-conformités relevées par la société Systra les 23 février et 6 mars 2018 ;

- le délai de forclusion prévu à l'article 85.1 du CCCG ne pouvait être interrompu que par la saisine du tribunal compétent ;

- à supposer que le délai prévu par le CCCG ait été suspendu par la saisine du tribunal de commerce, le délai a recommencé à courir à compter de la notification du jugement du tribunal de commerce aux parties le 26 janvier 2021 ; le mémoire en réclamation du 8 juin 2021 n'a pas pu faire courir un nouveau délai de recours ;

- à supposer que le délai de recours ait été interrompu et non suspendu par la saisine du tribunal de commerce, la requête reste tardive dès lors qu'un nouveau délai de deux mois a recommencé à courir à compter de la notification du jugement de ce tribunal le 26 janvier 2021 ;

- en tout état de cause, l'erreur commise par le tribunal de commerce de Bobigny sur la transmission du dossier au tribunal administratif de Paris n'est pas de nature à rendre le délai inopposable dès lors que la société ne justifie pas avoir transmis un certificat de non-appel au tribunal de commerce pour qu'il transmette le dossier au tribunal administratif de Paris et qu'elle ne pouvait pas ignorer qu'il n'existe pas de procédure de renvoi entre les juridictions civiles et administratives ;

- les stipulations des articles 13.3 et 85.2 du CCCG ne sont pas applicables au litige dans la mesure où, d'une part, les travaux n'ont pas fait l'objet d'une réception, d'autre part, la société n'a pas adressé un projet de décompte final dans les conditions prévues à

l'article 13.31 du CCCG ;

- à titre subsidiaire, la société requérante n'est pas fondée à demander le paiement du solde des travaux, à hauteur de la somme de 25 342, 05 euros HT, dès lors que, d'une part, les travaux n'ont pas été réalisés conformément aux prescriptions techniques du marché ni réceptionnés, d'autre part, le marché a été résilié le 9 octobre 2020 ;

- la société requérante n'est pas fondée à demander le paiement d'une pénalité de 3 203, 51 euros HT au titre d'un retard de paiement depuis le 4 octobre 2018 dès lors que la facture adressée à cette date pour le paiement d'une somme de 25 342, 05 euros HT porte sur des travaux qui n'ont pas été réalisés conformément aux prescriptions techniques du marché ;

- la demande portant sur le paiement des intérêts moratoires n'est pas fondée dès lors que le paiement du solde des travaux n'est pas dû ; au surplus, les intérêts courent à compter du lendemain de l'expiration du délai de paiement de 60 jours ;

- les intérêts moratoires sollicités au titre des " pénalités de retard de paiement " ne peuvent pas être cumulés avec les intérêts au taux appliqué par la Banque centrale européenne majoré de dix points ; en tout état de cause, l'article L. 441-6 du code de commerce n'est pas applicable au marché ;

- la requérante n'est pas fondée à réclamer une indemnité d'un montant de

21 000 euros HT au titre d'un arrêt de chantier dès lors qu'il n'y a pas eu d'arrêt de chantier de dix jours au mois de novembre 2017.

Par une ordonnance du 15 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 avril 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de commerce ;

- le code de procédure civile ;

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- la loi n° 2018-515 du 27 juin 2018 ;

- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guena, représentant la société SNCF Réseau.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 avril 2017, l'établissement public SNCF Réseau, devenu la société SNCF Réseau, a confié à la société ATC Bâtiment l'exécution de travaux portant sur l'installation de garde-corps pour douze plateformes élévatrices mobiles de personnel (PEMP) au technicentre du Landy, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), lequel assurait la maintenance des trains au départ de la gare de Paris-Nord, à l'exception des trains Transilien. Un bon de commande d'un montant de 69 570 euros HT a ainsi été notifié à la société ATC Bâtiment le 18 avril 2017 pour la réalisation des travaux de métallerie pour l'installation de rames " VELARO ". Le 30 mai 2019, la société ATC Bâtiment, après avoir invoqué la résiliation du contrat en raison de l'ajournement des travaux et de l'absence de paiement de l'intégralité des prestations effectuées, a adressé à l'établissement public SNCF Réseau une facture de solde d'un montant de 46 545, 56 euros HT (59 454, 68 euros TTC), valant " décompte global définitif ". En l'absence de paiement de cette facture, la société ATC Bâtiment a assigné son co-contractant devant le tribunal de commerce de Bobigny le 22 octobre 2019. Parallèlement, l'établissement public SNCF Réseau a prononcé la résiliation du contrat aux torts exclusifs de la société ATC Bâtiment, par une décision du 9 octobre 2020. Par un jugement du 26 janvier 2021, le tribunal de commerce de Bobigny a décliné la compétence de l'ordre judiciaire pour connaître de la demande de la société tendant au paiement de la somme de 46 545, 56 euros HT (59 454, 68 euros TTC). Le tribunal de commerce a " renvoyé l'affaire au tribunal administratif de Paris ". Le 8 juin 2021, la société ATC Bâtiment a adressé un mémoire en réclamation à la société SNCF Réseau pour réclamer le paiement de la somme en cause. Par la requête enregistrée le 24 août 2021 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, transmise au greffe du tribunal administratif de Paris, la société ATC Bâtiment demande la condamnation de la société SNCF Réseau à lui verser la somme de 59 454, 68 euros TTC, assortie des intérêts contractuels et de la capitalisation des intérêts, au titre du solde du marché ou, à défaut, en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article 13.3 du cahier des clauses et conditions générales applicables aux marchés de travaux de la SNCF (le " CCCG-Travaux "), relatif aux décomptes définitifs : " 13.31 Dans les quarante-cinq jours suivant la date d'établissement du procès-verbal de réception des travaux, l'entrepreneur dresse et remet au maître d'œuvre le projet de décompte final établissant le montant total des sommes auxquelles il peut prétendre du fait de l'exécution du marché (). 13.32 Sous peine de forclusion l'entrepreneur joint au projet de décompte final toutes les réserves antérieurement formulées (). 13.33 Le maître d'œuvre établit le décompte général comprenant : le décompte final arrêté sur la base du projet définitif au paragraphe

31 du présent article ; le calcul du solde () ; la récapitulation des acomptes mensuels, des décomptes partiels () et du solde. Le montant du décompte général est égal au résultat de cette dernière récapitulation. 13.34 Le décompte général est signé par la personne responsable du marché et notifié à l'entrepreneur par ordre de service (). Au vu du décompte général qui lui est notifié, l'entrepreneur émet la facture pour solde du montant résultat du calcul établi par le maître d'œuvre et la transmet à celui-ci qui l'adresse, à son tour, à la personne responsable du marché. 13.35 L'entrepreneur dispose d'un délai de quarante-cinq jours pour signer et renvoyer au maître d'œuvre ce décompte général, sans ou avec réserves. () Si la signature est donnée avec réserves, l'entrepreneur doit motiver ses réserves dans un mémoire en réclamation (). Le règlement du différend intervient selon les modalités indiquées à l'article 85 () ".

3. Par ailleurs, aux termes de l'article 71 de ce CCCG-Travaux, relatif à l'achèvement des travaux : " Dès l'achèvement des travaux, l'entrepreneur en avise par écrit la personne responsable du marché et le maître d'œuvre. Le maître d'œuvre exécute la procédure préalable à la réception des ouvrages dans un délai de vingt-et-un jours à compter de la date de réception de l'avis donné par l'entrepreneur ". Les articles 72 et 73 du CCCG-Travaux précisent la procédure préalable à la réception des ouvrages exécutés et les modalités de la réception.

4. En outre, aux termes de l'article 80 du CCCG-Travaux, relatif aux mesures coercitives : " A l'exception des cas prévus au paragraphe 2 de l'article 82, lorsque l'entrepreneur ne se conforme pas aux stipulations du marché ou aux ordres de service, la personne responsable du marché le met en demeure d'y satisfaire dans un délai déterminé par une décision qui lui est notifiée par écrit (). 80.2 Si l'entrepreneur n'a pas déféré à la mise en demeure, une mise en régie peut être ordonnée ou la résiliation du marché peut être décidée dans les conditions définies aux articles 81 à 83 ". L'article 82, relatif aux cas de résiliation, prévoit que : " () 82.2 Résiliation à la demande de l'entrepreneur : () 82.22 Si, par suite d'un ajournement ou de plusieurs ajournements successifs, les travaux sont interrompus pour une période de plus d'une année, l'entrepreneur a, indépendamment de l'indemnisation prévue à l'article 21, le droit d'obtenir la résiliation de son marché () ". 82.6 Résiliation aux torts de l'entrepreneur. 82.62 Le maître de l'ouvrage peut prononcer la résiliation du marché, après mise en demeure préalable restée infructueuse, lorsque l'entrepreneur ne se conforme pas aux stipulations du marché ou aux ordres de service, comme indiqué au paragraphe 2 de l'article 80 ". L'article 83 du CCCG-Travaux définit les effets de la résiliation. En vertu de l'article 83.21, relatif aux mesures à adopter : " En cas de résiliation, il est procédé, l'entrepreneur et ses ayants droit ou son mandataire légal dûment convoqués, aux constatations relatives aux ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à l'inventaire des matériaux approvisionnés, ainsi qu'à l'inventaire descriptif du matériel et des installations de chantier. Il est dressé procès-verbal de ces opérations par le maître d'œuvre. L'établissement de ce procès-verbal emporte réception, sans ou avec réserve, des ouvrages et parties d'ouvrages exécutés, à compter de la date d'effet de la résiliation () ". Aux termes de l'article 83.3 : " Le paiement du marché est fait selon les modalités prévues à l'article 13, sous réserve des stipulations du paragraphe 2 du présent article () ".

5. Enfin, l'article 85.2 du CCCG-Travaux précise la procédure applicable en cas de différend concernant le refus de l'entrepreneur de signer sans réserve le décompte général établi dans les conditions prévues à l'article 13.3 cité au point 2 ci-dessus. Quant à l'article 85.1, il précise la procédure applicable pour les autres " différends " qui surviennent au cours de l'exécution du marché, en ces termes : " 85.1 Si, au cours de l'exécution du marché, un différend intervient entre l'entrepreneur et le maître d'œuvre, celui-ci en réfère à la personne responsable du marché qui fait connaître sa réponse dans un délai de deux mois à compter de la date de réception par le maître d'œuvre du mémoire justificatif de l'entrepreneur exposant les motifs et indiquant le montant de sa réclamation. / L'absence de notification de décision dans le délai de deux mois vaut rejet de la demande de l'entrepreneur. Si l'entrepreneur n'accepte pas la décision de la personne responsable du marché, ou le rejet implicite de sa demande, il doit, à peine de forclusion, dans les trois mois qui suivent la notification de la décision ou l'expiration du délai de réponse de deux mois de la personne responsable du marché : soit aviser par écrit la personne responsable du marché de son désaccord et de son intention de réitérer sa réclamation lors de la signature du décompte général, soit saisir le tribunal compétent et en informer la personne responsable du marché ".

6. La société SNCF Réseau fait valoir que la requête de la société ATC Bâtiment est tardive dès lors qu'elle a été introduite après l'expiration du délai de trois mois pour saisir la juridiction compétente, prévu à l'article 85.1 précité du CCCG-Travaux.

7. Il résulte de l'instruction que, par un courrier électronique du 19 avril 2019, la société ATC Bâtiment a demandé à la société Systra, chargée de la mission de maîtrise d'œuvre, de faire procéder au paiement de la somme lui restant due pour la fabrication, l'approvisionnement et les travaux d'installation des PEMP du technicentre de Landy. Le

28 mai 2019, la société ATC Bâtiment a été informée par la société Systra de la décision de l'établissement public SNCF Réseau, maître de l'ouvrage, de ne pas poursuivre les travaux en raison de non-conformités affectant les prestations réalisées. Il résulte de l'instruction que ces éléments de non-conformité avaient été précisés par la société Systra à la société ATC Bâtiment, par des courriers électroniques des 23 février 2018 et 6 mars 2018. En outre, il est constant que ces éléments de non-conformité avaient justifié le refus de l'établissement SNCF Réseau de payer la première facture adressée par la société ATC Bâtiment le 4 octobre 2018. Par une lettre du 30 mai 2019, la société ATC Bâtiment a ainsi informé l'établissement public SNCF Réseau de la " résiliation du contrat " sur le fondement de l'article 48.2 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux (le " CCAG-Travaux ") en raison de l'ajournement des travaux et du retard de paiement des prestations exécutées, et lui a adressé un " décompte global définitif ", sous la forme d'une facture de solde d'un montant de

59 454, 68 euros TTC. Cette lettre doit ainsi être regardée comme un mémoire justificatif, faisant suite au différend relatif au refus de paiement des factures et à l'ajournement des travaux, au sens de l'article 85.1 précité du CCCG-Travaux.

8. Il est constant que l'établissement SNCF Réseau a refusé de payer la facture de solde, en dépit de deux mises en demeure qui lui ont été adressées les 22 juillet et 14 août 2019. Un rejet implicite de la demande de paiement est ainsi né le 30 juillet 2019, à l'expiration du délai de réponse de deux mois, prévu à l'article 85.1 du CCCG-Travaux précité. La société

ATC Bâtiment a saisi, dans le délai de trois mois qui lui était imparti à compter du 30 juillet 2019, le tribunal de commerce de Bobigny. Toutefois, ce tribunal n'était pas le tribunal compétent au sens des stipulations contractuelles de l'article 85.1 du CCCG-Travaux auxquelles les parties ont souscrit et qui organisent des règles particulières de saisine du juge du contrat. En outre, ces stipulations contractuelles ne prévoient aucune cause d'interruption ou de suspension du délai contractuel en cas de saisine d'un tribunal incompétent. Par suite, la saisine du tribunal de commerce de Bobigny le 22 octobre 2019 n'a pas eu d'effet suspensif ou interruptif sur le délai de trois mois dont la société ATC Bâtiment disposait à compter du 30 juillet 2019 pour saisir le tribunal administratif de Paris. Le délai contractuel dont disposait la société ATC Bâtiment pour saisir le tribunal administratif de Paris était donc expiré lorsque que cette dernière a adressé un nouveau mémoire en réclamation à la société SNCF Réseau le 8 juin 2021 puis a saisi le tribunal administratif de Montreuil le 24 août suivant.

9. La société ATC Bâtiment soutient néanmoins que ce délai contractuel ne lui est pas opposable.

10. Toutefois, en premier lieu, contrairement à ce que la société requérante soutient, le CCCG-Travaux figure parmi les documents contractuels applicables aux parties, visés par le bon de commande du 18 avril 2017, valant acte d'engagement du marché. Par suite, ce document contractuel lui est opposable, quand bien même elle ne l'aurait pas formellement signé.

11. En deuxième lieu, la société ATC Bâtiment soutient que le délai de forclusion prévu à l'article 85.1 du CCCG-Travaux ne lui est pas opposable dès lors qu'il n'existait pas de différend, au sens de cet article, puisqu'elle s'est bornée à transmettre le décompte général après avoir prononcé la résiliation du contrat. Toutefois, la lettre du 30 mai 2019 par laquelle la société requérante a informé le maître de l'ouvrage de la résiliation du contrat, au demeurant en invoquant l'article 48.2 du CCAG-Travaux qui n'est pas applicable au marché litigieux, n'a, en tout état de cause, pas pu avoir pour effet de mettre fin unilatéralement au contrat, sans que son co-contractant public ait été mis à même de s'opposer, le cas échéant, à la rupture des relations contractuelles. De même, il ne résulte pas des stipulations de l'article 82.2 du CCCG-Travaux cité au point 4 du présent jugement, applicable au marché litigieux, que l'entrepreneur qui demande la résiliation du contrat en raison de l'ajournement des travaux et le paiement du solde du marché, sans avoir obtenu l'accord du maître de l'ouvrage, soit dispensé du respect de la procédure et des délais de règlement des différends prévus à l'article 85.1 du CCCG-Travaux. Par suite, la société ATC Bâtiment n'est pas fondée à soutenir que le délai prévu par cet article ne lui est pas opposable au motif qu'elle avait demandé la résiliation du marché.

12. En troisième lieu, la société ATC Bâtiment soutient que seules les stipulations de l'article 85.2 du CCCG-Travaux pourraient lui être opposées dès lors qu'elle avait sollicité le paiement du décompte global et définitif du marché. Toutefois, la société requérante ne peut, en tout état de cause, pas se prévaloir des stipulations contractuelles applicables à la procédure de contestation du décompte général et définitif dès lors qu'il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'à la date à laquelle elle a demandé le paiement de sa facture de solde le 30 mai 2019, le marché n'avait pas été résilié et les ouvrages n'avaient fait l'objet d'aucune réception.

13. Par suite, il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 12 du présent jugement que la société SNCF Réseau est fondée à soutenir que la requête de la société ATC Bâtiment est tardive.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de la société ATC Bâtiment doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société SNCF Réseau, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société ATC Bâtiment demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société ATC Bâtiment une somme de 1 500 euros à verser à la société SNCF Réseau sur le fondement des mêmes dispositions.

Sur les dépens :

16. La présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par la société ATC Bâtiment ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement :

17. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions tendant à l'exécution provisoire du présent jugement sont sans objet et doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ATC Bâtiment est rejetée.

Article 2 : La société ATC Bâtiment versera à la société SNCF Réseau une somme de

1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la société SNCF Réseau est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société ATC Bâtiment et à la société SNCF Réseau.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe 6 février 2025.

La rapporteure,

E. ARMOËT

La présidente,

M. SALZMANN

La greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre chargé des transports en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.

30/03/2026

TA75Plein contentieux

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.

30/03/2026

TA75Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.

30/03/2026

TA75Plein contentieux

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.

30/03/2026

← Retour aux décisions