mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2222726 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | SESSOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire en réplique et des pièces complémentaires, enregistrés le
31 octobre 2022, le 14 décembre 2022 et le 15 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Sessou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de résident valable du 25 août 2011 au 24 août 2021 ainsi que les récépissés de demande de renouvellement, valables du 28 septembre 2021 au 27 décembre 2021 et du 25 novembre 2021 au 24 février 2022 et a implicitement refusé de renouveler sa carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de résident dans un délai de de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de retrait est insuffisamment motivée et il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa demande ;
- elle est entachée d'un vice de procédure et d'un détournement de procédure dès lors que le préfet ne peut retirer un titre de séjour expiré et qu'il aurait utilisé la procédure de retrait pour contourner le caractère de plein droit du renouvellement de sa carte de résident ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-5 et L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de refus de renouvellement de sa carte de résident n'est pas motivée et il n'a pas été procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles L. 412-5 et L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 décembre 2022.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ostyn,
- et les observations de Me Fazolo pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant camerounais, né le 7 juillet 1961, a été mis en possession d'une carte de résident, valable du 25 août 2011 au 24 août 2021. Il en a sollicité le renouvellement le 28 septembre 2021, des récépissés de demande de renouvellement valables du 28 septembre au 27 décembre 2021 et du 25 novembre 2021 au 24 février 2022 lui ayant, dans l'attente de la décision du préfet de police, été délivrés. Par un arrêté du 29 juin 2022, le préfet de police a prononcé le retrait de la carte de résident et des récépissés de demande de renouvellement de M. A et a implicitement refusé de renouveler sa carte de résident. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de retrait de la carte de résident :
2. Aux termes de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. () ". Aux termes de l'article L. 432-12 du même code : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3,433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit ".
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police s'est fondé sur les dispositions des articles L. 432-5 et L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées pour procéder au retrait de la carte de résident de M. A. Le préfet de police fait valoir que la présence de l'intéressé sur le territoire constitue une menace à l'ordre public et qu'il convient donc de lui retirer sa carte de résident. Toutefois, d'une part, l'article L. 432-5 permettant de retirer une carte de séjour à un étranger cessant de remplir l'une des conditions prévues pour la délivrance de cette carte ne concerne pas les étrangers auxquels a été délivrée une carte de résident, laquelle ne saurait désigner une carte de séjour au sens et pour l'application des dispositions précitées. D'autre part, l'article L. 432-12 dudit code permet de retirer sa carte de résident à un étranger condamné de manière définitive pour menaces ou actes d'intimidation contre des personnes exerçant une fonction publique, pour destruction ou soustraction de biens contenus dans un dépôt public, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, chargée d'une mission de service public ou en réunion ou pour rébellion. Or, les infractions visées par le préfet de police dans sa décision concernent des faits de conduite d'un véhicule sans permis et de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement et d'escroquerie, lesquels ne rentrent pas dans les faits visés à l'article L. 432-12. Par suite, le préfet de police, en se fondant sur les articles L. 432-5 et L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non applicables à la situation du requérant, a entaché sa décision de retrait de la carte de résident de M. A d'erreur de droit.
En ce qui concerne la décision implicite de refus de renouvellement de la carte de résident :
4. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE.". Aux termes de l'article L.433-2 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3, une carte de résident est renouvelable de plein droit. "
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de police s'est fondé sur les dispositions de l'articles L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées pour refuser à M. A le renouvellement de sa carte de résident. Toutefois, la menace à l'ordre public visée à l'article L. 412-5 permet uniquement de faire obstacle à la délivrance de la carte de résident, et non à son renouvellement, lequel est, en application de l'article L.433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sous réserve des dispositions des articles L. 411-5 et L. 432-3 du même code, de droit. Il s'ensuit que le préfet de police, en se fondant sur l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a entaché sa décision de refus de renouvellement de la carte de résident de M. A d'erreur de droit.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander de l'arrêté du 29 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard aux motifs d'annulation retenus, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de délivrer à M. A, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, une carte de résident de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Fazolo, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fazolo de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police en date du 29 juin 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à M. A, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, une carte de résident de dix ans dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me Fazolo, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Fazolo une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fazolo et au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vidal, présidente,
Mme Grossholz, première conseillère,
Mme Ostyn, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
La rapporteure,
I. OSTYN
La présidente,
S. VIDAL
La greffière,
S. RUBIRALTA
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2222726/1-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503570
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler le refus de renouvellement de sa carte de résident. La juridiction a estimé que le préfet de police de Paris, en se fondant sur une condamnation pénale, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 432-4, et a examiné le respect de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2424420
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la demande de décharge de cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2015 et 2016. Le requérant contestait la régularité de la proposition de rectification, notamment son caractère suffisamment motivé et son aptitude à interrompre le délai de reprise. Le tribunal a jugé que la proposition, notifiée après l'ouverture d'une procédure de retrait d'agrément, était régulière et a valablement interrompu le délai de reprise, conformément aux articles L. 57 du livre des procédures fiscales et 1649 nonies A du code général des impôts.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517132
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police du 17 juin 2025 ordonnant l'éloignement de M. A..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que l'administration n'avait pas procédé à un examen sérieux de la situation familiale du requérant, notamment de ses liens avec sa fille née en France, ce qui constitue une erreur de droit. Le tribunal a enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer la situation dans un délai de trois mois, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2416373
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision implicite de refus de titre de séjour. Le requérant, un ressortissant malien, contestait ce refus intervenu sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le tribunal a annulé la décision implicite pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs formulée sur le fondement de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.
01/04/2026