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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2223238

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2223238

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2223238
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLOUAFI RYNDINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 novembre 2022, M. A D B, représenté par Me Kati, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer à très bref délai le titre de voyage qu'il a sollicité ou de lui remettre tout document type sauf-conduit ou laissez-passer lui permettant de se rendre au Forum régional du Conseil olympique d'Asie et du Comité international olympique qui se tiendra du 3 au 7 décembre 2022 à Ryad ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence de sa situation est avérée au regard du délai anormalement long mis par la préfecture de police de Paris à lui délivrer une carte de résident et qu'il doit impérativement se rendre du 3 au 7 décembre 2022 au Forum régional du Conseil olympique d'Asie et du Comité international olympique le 7 novembre 2022 à Ryad, ce qui implique qu'il dispose d'un titre de voyage ente les 17 et 21 novembre 2022 au plus tard, afin de déposer les visas pour l'Arabie saoudite ;

- cette situation, qui résulte de la seule inertie de l'administration, porte une atteinte manifestement disproportionnée à son droit de mener une vie privée normale, à sa liberté professionnelle et à son droit de travailler, et à sa liberté de circuler.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er novembre 1979, fait valoir qu'il est depuis 2015 secrétaire général du comité olympique national afghan et a été évacué vers la France le 17 août 2021 dans le cadre des opérations organisées par le gouvernement français lors de la prise de pouvoir des taliban en Afghanistan, avec le concours des comités olympiques français et international. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a reconnu le statut de réfugié par une décision du 26 novembre 2021 et il a obtenu une carte de résident à ce titre le

25 octobre 2022, à la suite de quoi, le 31 octobre 2022, il a sollicité un titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale. Il expose avoir été en mesure d'honorer les engagements pris par le comité national olympique afghan en se rendant à des événements aux Pays-Bas et en Suisse aux mois de septembre et octobre 2022, mais qu'il n'a pu se rendre à l'assemblée générale du conseil olympique d'Asie du 2 au 5 octobre 2022 au Cambodge, ni à l'assemblée générale de l'association des comités olympiques nationaux à Séoul du 18 au

21 octobre 2022 ni, notamment, à une réunion du comité olympique du Bahreïn du 30 au 31 octobre 2022 faute d'avoir la possibilité de franchir les frontières européennes. Faisant valoir qu'il aurait dû obtenir sa carte de résident au plus tard le " 24 mars 2021 ", et que ce retard a porté préjudice à ses activités, M. B soutient qu'il est urgent de lui délivrer un document de voyage, dès lors qu'il est privé de la liberté de mener une vie privée normale, de la liberté professionnelle et du droit de travailler, ainsi que de la liberté de circuler. Il demande à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de lui délivrer à très bref délai le titre de voyage qu'il a sollicité, ou à tout le moins de lui remettre tout document type sauf-conduit ou laissez-passer lui permettant de se rendre au Forum régional du Conseil olympique d'Asie et du Comité international olympique qui se tiendra du 3 au 7 décembre 2022 à Ryad, en Arabie saoudite.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'un requérant fonde son action sur la procédure particulière instituée à l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

4. En l'espèce, M. B, qui est titulaire d'une carte de résident de dix ans depuis le 25 octobre 2022 en sa qualité de réfugié, a déposé le 31 octobre 2022 une demande de délivrance d'un titre de voyage pour étranger bénéficiaire de la protection internationale. Afin de justifier de l'urgence de sa situation, il se prévaut de la tenue du Forum régional du Conseil olympique d'Asie et du Comité national olympique du 3 au 7 décembre 2022 à Ryad, en Arabie saoudite, auquel il doit impérativement participer, ce qui nécessite qu'il dispose d'un titre de voyage au plus tard entre les 17 et 21 novembre 2022, période pendant laquelle les visas requis doivent être sollicités par les comités olympiques. Toutefois, eu égard à ces dates, le requérant, qui saisit le juge des référés de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ne justifie pas d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans un délai de quarante-huit heures. Au surplus, l'intéressé, qui a la possibilité, dans l'attente de la remise de son titre de voyage, de voyager dans l'espace Schengen, n'établit pas qu'il serait dans l'impossibilité d'assister au moyen de la visio-conférence aux rencontres qui se dérouleraient en-dehors dans cette attente.

5. Dans ces conditions, il y a lieu, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter la requête de M. B dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D B.

Fait à Paris, le 10 novembre 2022.

Le juge des référés,

H. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9

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