lundi 27 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2223880 |
| Type | Décision |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | DAVILA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 novembre 2022 et 10 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Davila, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 4 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de condamner l'État à verser à Me Davila une somme de 1 200 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Mme A soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 21 janvier 2021 ;
- elle subit des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 novembre 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que Mme A a été relogée à compter du 15 novembre 2022.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Barruel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Barruel, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département de Paris a, par une décision du 21 janvier 2021, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. Par un jugement du 27 décembre 2021, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet d'assurer le relogement de Mme A sous astreinte. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme A a saisi le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 7 juillet 2022, reçu le 20 juillet suivant. Par la présente requête, elle demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 4 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
4. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme A au motif que le bénéficiaire n'avait pas reçu de proposition adaptée à sa demande de logement social. En outre, par un jugement n° 2119373 du 27 décembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de la reloger. Or, le préfet n'a pas proposé à Mme A un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation ni d'avantage exécuté le jugement lui enjoignant d'assurer le relogement de l'intéressée. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 22 juillet 2021. Toutefois, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée postérieurement au 15 novembre 2022, date à laquelle le relogement de Mme A a été assuré.
5. La circonstance que Mme A n'avait pas été relogée dans le délai réglementaire n'est pas à elle seule de nature à lui ouvrir droit à réparation, ainsi qu'il a été dit au point 3. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment d'un courrier du 15 mai 2022, dont les termes ne sont pas contestés, qu'elle est hébergée par son employeur qui lui demande de libérer son logement. Ainsi, le logement qu'elle occupe était inadapté à ses besoins. Par suite, compte tenu des conditions de logement de Mme A, qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et de son foyer, composé d'une seule personne, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme totale de 350 euros.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à Mme A la somme de 350 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 350 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Davila et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.
Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.
La magistrate désignée
L. Barruel
La greffière
E. Piera
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2426367
La requérante demandait l'annulation du refus de la commission de médiation de Paris de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté sa requête. Il a jugé que la décision de la commission, qui relevait l'insuffisance des justificatifs produits, était suffisamment motivée et ne présentait pas d'erreur manifeste d'appréciation au regard des critères de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428451
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... visant à annuler le refus de la commission de médiation de Paris de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Le tribunal a jugé que la commission, en relevant l'absence de pièces justificatives suffisantes (notamment sur l'inadaptation du logement au handicap de son enfant), n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la construction et de l'habitation, en particulier l'article L. 441-2-3, et écarte les fins de non-recevoir soulevées par le préfet.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2503066
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler le refus de la commission de médiation de Paris de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social. Le tribunal a d'abord écarté les fins de non-recevoir soulevées par le préfet (défaut de production de l'acte et tardiveté). Sur le fond, il a jugé que la commission, en estimant que l'hébergement chez le fils du requérant constituait des conditions matérielles acceptables, n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des critères de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
07/04/2026