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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2225058

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2225058

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2225058
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantCABINET AUGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 décembre 2022 et 18 octobre 2023, la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Garage Parking Villette Cambrai, représentée par Me Augé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer le dégrèvement du droit au plafonnement en fonction de la valeur ajoutée de ses cotisations de contribution économique territoriale (CET) à hauteur de 91 116 euros au titre de l'année 2020 et de 93 666 euros au titre de l'année 2021 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- s'agissant de l'année 2020 :

- l'administration fiscale ayant la possibilité, en application de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales, de prononcer un dégrèvement d'office jusqu'au 31 décembre de la quatrième année suivant l'expiration du délai de réclamation en application de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales, elle demande au tribunal de le prononcer ;

- selon ses calculs, le dégrèvement auquel elle a droit s'élève à 91 126 euros ;

- s'agissant de l'année 2021 : selon ses calculs, le dégrèvement auquel elle a droit s'élève à 93 666 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2023, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la réclamation relative à l'année 2020 ayant été tardivement présentée, les conclusions s'y rapportant ne sont pas recevables et les dispositions de l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales n'ont pas pour objet de pallier l'irrecevabilité résultant de la tardiveté d'une réclamation ;

- les demandes de dégrèvement de la société ne sont pas assorties de précisions suffisantes pour permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé alors que de nombreuses discordances ont été constatées sur les liasses fiscales et les déclarations déposées.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 novembre 2023 par une ordonnance du 19 octobre 2023.

Un mémoire, présenté pour la SARL Garage Parking Villette Cambra, a été enregistré le 20 mars 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert, présidente ;

- les conclusions de M. Degand, rapporteur public ;

- et les observations de Me Augé pour la SARL Garage Parking Villette.

Une note en délibéré, présentée pour la SARL Garage Parking Villette, a été enregistrée le 16 avril 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Garage Parking Villette Cambrai, qui exerce l'activité principale d'édification, d'acquisition et d'exploitation directe ou indirecte de garages et parkings publics souterrains situés dans le périmètre des rues de Crimée, Curial et Cambrai, demande au tribunal de prononcer le dégrèvement d'office du droit au plafonnement en fonction de la valeur ajoutée de sa cotisation de contribution économique territoriale (CET) due au titre de l'année 2020 à hauteur de 91 116 euros et le dégrèvement de celle due au titre de l'année 2021 à hauteur de 93 666 euros.

Sur la recevabilité de la demande relative à l'année 2020 :

2. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes, doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant, selon le cas : / a) L'année de la mise en recouvrement du rôle () ". Aux termes de l'article R. 211-1 du même livre : " La direction générale des finances publiques ou la direction générale des douanes et droits indirects selon le cas, peut prononcer d'office le dégrèvement ou la restitution d'impositions qui n'étaient pas dues, jusqu'au 31 décembre de la quatrième année suivant celle au cours de laquelle le délai de réclamation a pris fin, ou, en cas d'instance devant les tribunaux, celle au cours de laquelle la décision intervenue a été notifiée () ".

3. Il résulte de l'instruction que la cotisation foncière des entreprises (CET) due pour l'année 2020, d'un montant total de 114 973 euros, pour laquelle la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Garage Parking Villette Cambrai demande un dégrèvement d'office fondé sur l'article R. 211-1 du livre des procédures fiscales d'un montant de 91 116 euros a été mise en recouvrement le 31 octobre 2020. Alors que le délai de réclamation ouvert pour contester cette imposition expirait, en application des dispositions de l'article R. 196-2 du livre de procédures fiscales, le 31 décembre 2021, la société n'a présenté sa réclamation que le 30 mai 2022. Dès lors, en l'absence de réclamation préalable présentée dans le délai requis, la demande de dégrèvement est tardive. Si l'administration conserve la faculté, après l'expiration du délai de réclamation de prononcer le dégrèvement d'office de cette imposition, cette procédure, purement gracieuse, relève du seul pouvoir de l'administration fiscale et il n'appartient pas au juge administratif de se substituer à l'autorité administrative compétente afin d'en faire usage ainsi que le demande la requérante dans le dernier état de ses écritures. Il suit de là que la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la demande de dégrèvement relative à l'année 2020 est fondée.

Sur le bien-fondé de la demande relative à l'année 2021 :

4. Aux termes de l'article 1647 B sexies du code général des impôts alors en vigueur : " I. - Sur demande du redevable effectuée dans le délai légal de réclamation prévu pour la cotisation foncière des entreprises, la contribution économique territoriale de chaque entreprise est plafonnée en fonction de sa valeur ajoutée. / Cette valeur ajoutée est : / a) Pour les contribuables soumis à un régime d'imposition défini au 1 de l'article 50-0 ou à l'article 102 ter, égale à 80 % de la différence entre le montant des recettes et, le cas échéant, celui des achats réalisés au cours de l'année d'imposition ; / b) Pour les autres contribuables, celle définie à l'article 1586 sexies. / La valeur ajoutée prise en compte est celle produite au cours de la période mentionnée au I de l'article 1586 quinquies. En l'absence de cession ou de cessation d'entreprise au cours de l'année d'imposition, le montant de la valeur ajoutée mentionnée au b est corrigé pour correspondre à une année pleine. / Le taux de plafonnement est fixé à 2 % de la valeur ajoutée. / II. - Le plafonnement prévu au I s'applique sur la cotisation foncière des entreprises et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises diminuées, le cas échéant, de l'ensemble des réductions et dégrèvements dont ces cotisations peuvent faire l'objet, à l'exception du crédit d'impôt prévu à l'article 1647 C septies et des dégrèvements prévus aux articles 1647 C quinquies B et 1647 C quinquies C. / () / La cotisation foncière des entreprises s'entend de la somme des cotisations de chaque établissement établies au titre de l'année d'imposition. La cotisation de chaque établissement est majorée du montant des taxes spéciales d'équipement additionnelles à la cotisation foncière des entreprises prévues aux articles 1607 bis, 1607 ter et 1609 B à 1609 D, calculées dans les mêmes conditions. / III. - Le dégrèvement s'impute sur la cotisation foncière des entreprises. / () / V. - Le reversement des sommes indûment restituées est demandé selon les mêmes règles de procédure et sous les mêmes sanctions qu'en matière de cotisation foncière des entreprises. Les réclamations sont présentées, instruites et jugées selon les règles de procédure applicables en matière de cotisation foncière des entreprises. / VI. - Les dégrèvements résultant de l'application du présent article sont ordonnancés dans les six mois suivant celui du dépôt de la demande ".

5. La réclamation de la société requérante relative à l'année 2021 ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, il résulte du mémoire en défense que le refus de l'administration d'accorder le dégrèvement demandé d'un montant de 93 666 euros est fondé, d'une part, sur le fait que la ligne 17 de la déclaration n° 1327-CET-SD ne comporte pas les services extérieurs, notamment les dépenses de sous-traitance, et que les charges externes détaillées sur les liasses fiscales n'ont pas été correctement reportées et, d'autre part, sur le fait que les montants de taxes déductibles de la valeur ajoutée portés à la ligne 19 ne peuvent pas être contrôlés à partir des impôts et taxes dont le détail figure à la ligne FX des tableaux 2052 des liasses fiscales.

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, dans le cadre d'une déclaration rectificative relative à l'année 2021 non datée jointe à son mémoire en réplique, la société a porté la somme de 349 557 euros sur la ligne 17 " Services extérieurs à l'exception des loyers et des redevances " alors que, sur sa déclaration datée du 30 mai 2022 et envoyée à l'administration, cette somme figurait à la ligne 18 " Loyers et redevances ", laissée vide dans la déclaration initiale, et l'a remplacée à la ligne 18 par la somme de 3 291 euros. Contrairement à ce qu'elle soutient, cette rectification ne remédie pas à une simple coquille mais constitue une modification de sa déclaration initiale dont le bien-fondé n'est au demeurant pas établi par le détail du compte de résultat qu'elle produit tant en ce qui concerne la ligne 17 que la ligne 18 des déclarations.

7. En second lieu, il résulte de l'instruction que la somme de 99 330 euros mentionnée à la ligne 19 " taxes déductibles de la valeur ajoutée " tant dans la déclaration initiale que dans la déclaration rectificative ne correspond pas, ainsi que le fait valoir l'administration, à la ligne FX " Impôts, taxes et versements assimilés " du compte de résultat de l'exercice 2021 (déclaration 2052) qui mentionne la somme de 117 755 euros et qu'elle ne correspond pas davantage, contrairement à ce que fait valoir la société requérante, à la même ligne du détail de son compte de résultat qui mentionne la somme totale de 117 755,54 euros.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les demandes de dégrèvement de la SARL Garage Parking Villette Cambrai doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 4 000 euros que la société requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Garage Parking Villette Cambrai est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme à responsabilité limitée (SARL) Garage Parking Villette Cambrai et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris (pôle juridictionnel administratif).

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Aubert, présidente,

M. Julinet, premier conseiller,

M. Medjahed, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

S. AUBERT

L'assesseur le plus ancien

S. JULINET

La greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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