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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2226118

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2226118

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2226118
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCabinet PALMIER & Associé

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 décembre 2022 et le 10 janvier 2023, le groupement CommeQuoi atelier graphique, représenté par Me Evin, demande, dans le dernier état de ses conclusions, au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler la procédure de passation, engagée par la ville de Paris, du lot n° 4 du marché public portant sur des prestations de " conseil stratégique, conception et autres prestations graphiques pour la communication de la ville de Paris " (n° 2200347-2) ;

2°) d'enjoindre à la ville de Paris de reprendre l'intégralité de la procédure de passation en se conformant à ses obligations de mise en concurrence ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'offre du candidat retenu par la ville de Paris était anormalement basse, ce qui aurait dû conduire la ville, d'une part, à solliciter des justifications et d'autre part, faute de réponse satisfaisante démontrant l'absence de sous-évaluation manifeste, à écarter cette offre, en application de l'article L. 2152-6 du code de la commande publique ;

- la méthode de notation du critère du prix est irrégulière en ce qu'elle a eu pour effet de surévaluer le prix le moins disant, en neutralisant l'autre critère d'évaluation des offres.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2023, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense, enregistré le 3 et le 11 janvier 2023, la société Parimage, représentée par Me Palmier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge globale du groupement CommeQuoi.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Tardy-Panit, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Evin, représentant le groupement CommeQuoi, qui reprend ses moyens quant à l'offre anormalement basse et à l'irrégularité des modalités de la fixation de la note du critère du prix ; elle fait notamment valoir que la circonstance que la société Parimage a été attributaire du précédent marché de 2018 ne saurait suffire à démontrer que son offre est économiquement viable en 2022, compte tenu de l'inflation des prix et de ce que ce marché est désormais mono attributaire, et que le fait que l'offre la mieux disante au niveau du prix obtient nécessairement la note maximale de 10/10 par la méthode de calcul appliquée a pour effet de totalement neutraliser le second critère ;

- les observations de M. B représentant la ville de Paris, qui reprend ses écritures et fait valoir, sur le moyen relatif à la méthode de notation, que quatre formules étaient susceptibles de s'appliquer et que celle répertoriée " D " a été mise en œuvre, ce qui permis à l'offre la moins disante d'obtenir la meilleure note, alors que le critère du prix n'était pas sur-pondéré ;

- et les observations de Me Monaji, représentant la société Parimage, qui reprend ses écritures et fait valoir que la société a exécuté les prestations au titre du précédent marché de manière satisfaisante, que les prix proposés, qui ne sont pas beaucoup moins chers que ceux fixés par le groupement, relèvent de sa stratégie commerciale et qu'il est tout à fait cohérent que son offre, qui était la mieux disante sur le critère du prix, ait obtenu la meilleure note qui était ici, également la note maximale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix (). / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ".

2. La ville de Paris, par un avis d'appel public à la concurrence publié au Journal officiel de l'Union européenne et au bulletin officiel des annonces de marchés publics le 8 août 2022, a lancé une consultation en vue de la passation d'un marché public pour la réalisation de prestations de " conseil stratégique, conception et autres prestations graphiques pour la communication de la ville ", décomposé en neuf lots. Le groupement CommeQuoi, qui avait déposé une offre pour le lot n° 4 " adaptation et exécution graphique ", s'est vu notifier le rejet de son offre, par lettre datée du 6 décembre 2022 et a été informée de ce que l'offre de la société Parimage avait été retenue. Par la présente requête, le groupement CommeQuoi demande l'annulation de la procédure de passation du lot n° 4 et à ce qu'il soit enjoint au pouvoir adjudicateur de reprendre la procédure de passation.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ". Selon l'article L. 2152-6 du même code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. / Lorsque une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. / Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". En application de l'article R. 2152-3 du même code : " L'acheteur exige que le soumissionnaire justifie le prix ou les coûts proposés dans son offre lorsque celle-ci semble anormalement basse eu égard aux travaux, fournitures ou services, y compris pour la part du marché qu'il envisage de sous-traiter. / Peuvent être prises en considération des justifications tenant notamment aux aspects suivants : / 1° Le mode de fabrication des produits, les modalités de la prestation des services, le procédé de construction ; / 2° Les solutions techniques adoptées ou les conditions exceptionnellement favorables dont dispose le soumissionnaire pour fournir les produits ou les services ou pour exécuter les travaux ; / 3° L'originalité de l'offre ; / 4° La règlementation applicable en matière environnementale, sociale et du travail en vigueur sur le lieu d'exécution des prestations ; / 5° L'obtention éventuelle d'une aide d'Etat par le soumissionnaire ". En vertu de l'article R. 2152-4 de ce code : " L'acheteur rejette l'offre comme anormalement basse dans les cas suivants () / 1° Lorsque les éléments fournis par le soumissionnaire ne justifient pas de manière satisfaisante le bas niveau du prix ou des coûts proposés () ".

4. Il résulte de ces dispositions que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre. Enfin, pour contrôler le caractère anormalement bas ou non d'une offre, le juge du référé précontractuel ne peut se borner à relever un écart de prix important entre cette offre et d'autres offres sans rechercher si le prix en cause est en lui-même manifestement sous-évalué et, ainsi, susceptible de compromettre la bonne exécution du marché.

5. D'une part, il résulte de l'instruction que la ville de Paris a sollicité la société Parimage par courrier du 30 septembre 2022, afin qu'elle fournisse des précisions, en particulier concernant le prix des prestations qu'elle avait proposé. Dès lors, contrairement aux affirmations du requérant, le pouvoir adjudicateur a mis en œuvre la procédure prévue à l'article précité L. 2152-6 du code de la commande publique et n'a donc pas méconnu l'obligation de demander par écrit les précisions qu'il juge utiles si une offre paraît anormalement basse.

6. D'autre part, la société Parimage a transmis à la ville de Paris les éléments permettant de justifier les prix proposés dans son offre, par courrier du 6 octobre 2022. Elle a expliqué que les prix proposés sont " conditionnés par deux paramètres " que sont le taux horaire fixé au regard du profil mobilisé, de son expertise, de son degré de responsabilité, de son niveau d'intervention créative et stratégique, et le nombre d'heures consacrées par le professionnel mobilisé pour mener à bien la prestation dont il a la charge, évalué au plus juste selon l'expérience acquise par l'agence sur des prestations similaires. Plus concrètement, la société Parimage a identifié différents profils appelés à intervenir pour l'exécution du marché et a indiqué leurs différents taux horaires d'intervention puis a détaillé les prestations d'actualisation et celles d'exécution des différents supports (supports éditoriaux, encarts presse, signalétiques, ) afin de justifier le tarif et le temps nécessaire en moyenne. Enfin, la société a également confirmé que ses prix comprenaient l'intégralité des prescriptions techniques du cahier des clauses techniques particulières, les obligations en matière d'insertion professionnelle (article 1.5.1 du cahier des clauses administratives particulières - CCAP) et l'ensemble des éléments listés à l'article 3.1.1 du CCAP.

7. Si le groupement requérant fait tout d'abord valoir qu'il avait été sélectionné pour un précédent marché passé par la ville de Paris ayant le même objet et comprenant pour partie des prestations similaires à celles du présent lot n°4, qui inclut toutefois également des prestations en quantité plus importante ainsi que des prestations supplémentaires, il résulte de l'instruction que la société Parimage avait également fait partie des attributaires retenus. La société avait alors proposé une commande type d'un montant de 12 015, 60 euros HT, soit un prix en-deçà de celui proposé pour l'actuel lot, la société faisant valoir, sans être contredite sur ce point, avoir retenu les mêmes tarifs que ceux proposés précédemment. A cet égard, le groupement CommeQuoi fait valoir que les taux horaires proposés par la société Parimage sont largement inférieurs à ceux pratiqués en moyenne par les agences de communication et que le temps d'intervention sur les différentes missions du marché a également été largement sous-estimé. La société Parimage, qui se prévaut notamment de sa solidité financière et de sa cotation 1+ par la Banque de France, permettant d'apprécier sa capacité à honorer ses engagements financiers, conteste toutefois les comparaisons réalisées par le requérant, en faisant valoir que les salaires correspondant aux taux horaires des différents profils d'intervenants se situent au contraire dans la moyenne de ceux présentés par les études versées à l'instance. Elle fait également valoir qu'en tant qu'attributaire du précédent marché de la ville de Paris, elle pu parfaitement appréhender l'estimation des volumes horaires consacrés aux différentes missions prévues. Sur ce point, il n'est nullement allégué que la société aurait été défaillante et qu'elle n'aurait pas été à même d'exécuter, ce faisant, les différentes prestations, dans les conditions attendues. En outre, à supposer même que certaines prestations aient été évaluées, en termes horaires et en termes de coûts, en deçà de ce qui a été fait par le groupement CommeQuoi, cette circonstance ne saurait démontrer le caractère anormalement bas de l'offre, alors qu'il est constant que le prix anormalement bas d'une offre s'apprécie au regard de son prix global. Enfin, les arguments avancés par le groupement CommeQuoi relatifs aux coûts de structure de la société Parimage, qui l'empêcheraient de proposer les tarifs qu'elle a fixés, ne sont pas suffisamment étayés et, à les supposer établis, ne sauraient davantage permettre d'affirmer que l'offre de la société n'était pas économiquement viable et était, dès lors, manifestement sous-évaluée. Par suite, il résulte de tout ce qui vient d'être dit que la ville de Paris a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, estimer que les explications fournies par la société Parimage suffisaient à attester de ce que son offre n'était manifestement pas sous-évaluée et à écarter la qualification d'offre anormalement basse.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 2152-7 du code de la commande publique : " Le marché est attribué au soumissionnaire () qui [a] présenté l'offre économiquement la plus avantageuse sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution. Les modalités d'application du présent alinéa sont prévues par voie réglementaire. / Les offres sont appréciées lot par lot () ". En outre, l'article L. 2152-8 de ce code dispose que : " Les critères d'attribution n'ont pas pour effet de conférer une liberté de choix illimitée à l'acheteur et garantissent la possibilité d'une véritable concurrence. Ils sont rendus publics dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ". Enfin, l'article R. 2152-7 du même code dispose que : " Pour attribuer le marché au soumissionnaire () qui [a] présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, l'acheteur se fonde : () 2° Soit sur une pluralité de critères non-discriminatoires et liés à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution, parmi lesquels figure le critère du prix ou du coût et un ou plusieurs autres critères comprenant des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux. () ".

9. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation

10. En l'espèce, le groupement requérant conteste les modalités d'évaluation du critère du prix qui, selon lui, ont eu pour effet de surévaluer le prix le moins disant et ainsi, de neutraliser le second critère d'évaluation des offres, lié à leur " qualité technique " et pourtant pondéré à 60%. Le règlement de la consultation prévoyait, pour la mise en œuvre du critère du prix, l'application de quatre formules en fonction des caractéristiques des offres formulées, selon qu'elles étaient, ou non, situées à l'intérieur des bornes basse et haute, définies respectivement comme la moyenne des offres moins 20% et comme la moyenne des offres plus 20%. La formule finalement appliquée par la ville de Paris, si elle a eu pour effet de noter au mieux l'offre la moins disante, comme cela est l'objet du critère du prix, n'a en revanche pas eu pour effet de surévaluer les écarts entre les prix des différentes offres au regard des notes finalement attribuées, et dès lors, de conduire à ce que les offres ne pouvaient être différenciées qu'au regard du critère du prix. Ainsi, l'offre la mieux disante, proposée par la société Parimage, a obtenu la meilleure note. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la circonstance que cette note soit celle maximale de 10/10, en application de la méthode de calcul retenue, entraîne l'existence d'une distorsion anormale entre la note attribuée à cette offre et les notes attribuées aux autres offres sur le critère du prix, qui aurait été de nature à fausser l'application des critères de sélection. Dans ces conditions, l'autre critère relatif à la " qualité technique de l'offre ", pondéré à 60%, n'a pas été privé de portée et n'a pas davantage été neutralisé. Il s'ensuit qu'il ne résulte pas de l'instruction que les modalités de détermination de la note du critère du prix auraient conduit, au regard des deux critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les demandes présentées par le groupement CommeQuoi doivent être rejetées, y compris celle présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la ville de Paris n'étant pas la partie perdante.

12. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du groupement requérant une somme de 800 euros à verser à la société Parimage en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du groupement CommeQuoi atelier graphique est rejetée.

Article 2 : Le groupement CommeQuoi versera la somme de 800 euros à la société Parimage au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au groupement CommeQuoi atelier graphique, à la ville de Paris et à la société Parimage.

Fait à Paris, le 12 janvier 2023.

La juge des référés,

M-N. A

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2226118

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