mercredi 1 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2301585 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET ANDOTTE AVOCATS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 janvier 2023, un mémoire complémentaire enregistré le 24 janvier 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 26 janvier 2023, Mme A L, représentée par Me Ogier et Me Crusoé, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision d'arrêter les soins prodigués à M. L et de la décision de procéder à l'ablation de la canule trachéotomie ;
3°) d'enjoindre au service de réanimation de l'Hôpital européen Georges Pompidou de reprendre et de poursuivre les soins thérapeutiques ;
4°) d'ordonner la communication de la décision collégiale de cessation des traitements concernant M. L ;
5°) d'ordonner avant dire droit qu'il soit procédé à une expertise médicale diligentée de manière contradictoire et désigner un collège d'experts, avec pour mission d'examiner le patient, rencontrer l'équipe médicale et le personnel soignant en charge de ce dernier ainsi que la famille, prendre connaissance de l'ensemble de son dossier médical, décrire l'état clinique de M. L, d'indiquer son niveau de conscience, de se prononcer sur le caractère irréversible des lésions neurologiques, sur le pronostic clinique, sur le caractère raisonnable et l'intérêt de maintenir les traitements en cause, de donner toutes indications utiles, en l'état de la science, sur les perspectives d'évolution qu'il pourrait connaître, de façon à éclairer le choix de pendre ou non une décision de limitation puis, le cas échéant, d'arrêt de traitement à son égard, et en particulier de se prononcer sur la faisabilité d'un transfert de M. L en Pologne ;
6°) de mettre à la charge de l'Assistance-publique- Hôpitaux de Paris le versement d'une somme de 2 700 euros à Me Crusoé et Me Ogier, sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
Elle soutient que :
- la condition relative à l'urgence est remplie dès lors que la décision de procéder à l'arrêt des traitements est prévue le 23 janvier 2023 et que l'exécution de la décision contestée est reportée en raison de la formation du présent recours.
- l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale est caractérisée ; il n'est pas établi que le maintien de la canule de trachéotomie et la poursuite des soins constituerait une obstination déraisonnable ; il ne lui a pas été communiqué de dossier médical, ni même les pièces desquelles il résulterait que présentent un caractère inutile ou disproportionné les soins qui sont actuellement prodigués à M. L au sein de l'hôpital européen Georges Pompidou ; la période qui a été prise en compte n'est pas suffisamment longue pour apprécier l'utilité de la poursuite du traitement ; la volonté exprimée par M. L n'a pas été vérifiée ; la procédure suivie a été irrégulière.
Par un mémoire en défense enregistré au tribunal le 25 janvier 2023 l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris conclut au rejet de la requête
Elle soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
-la décision du Conseil constitutionnel n°2017-632 QPC du 2 juin 2017 ;
-la loi n°91-647 du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a décidé que la nature de l'affaire justifiait qu'elle soit jugée, en application du troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une formation composée de trois juges des référés et a désigné M. F, Mme J et M. M pour statuer sur la demande de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, tenue le 26 janvier 2023 en présence de la greffière d'audience Mme K, M. F a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Crusoé et Me Ogier, représentants Mme L ;
- Mme E et Dr I, représentants l'AP-HP.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Vu les notes en délibéré présentées par Mme L enregistrées au tribunal le 26 janvier et 30 janvier 2023 ;
Vu la note en délibéré présentée par l'AP-HP enregistrée au tribunal le 30 janvier 2023 ;
Considérant ce qui suit :
1. M. C L, âgé de 64 ans, est atteint d'un adénocarcinome épidermoïde de la columelle depuis 2020. A la suite d'une récidive de la maladie décelée en août 2022, il a subi, le 25 octobre 2022, une première opération chirurgicale à l'hôpital européen Georges Pompidou (HEGP) afin d'éliminer cette tumeur maligne. Le 1er décembre suivant, une seconde opération de chirurgie reconstructrice a eu lieu et une trachéotomie de protection a été mise en place. Dans la nuit du 5 au 6 décembre, M. L, alors hospitalisé dans le service de chirurgie plastique de l'HEGP, a fait un arrêt cardio-respiratoire hypoxique sur obstruction de la canule de trachéotomie. Il a alors été décelé un volumineux bouchon muqueux dans la canule qui a été retiré par aspiration. M. L a été sédaté dans un but de neuro-protection. Le 7 décembre, alors que M. L était transféré dans le service de réanimation chirurgicale, une tentative de levée de la sédation s'est conclue par une absence de réveil et de contact de la part de M. L. Les électro-encéphalogrammes réalisés les 13, 15, 19, 20 et 26 décembre ont démontré un état végétatif persistant ainsi qu'un état de mal myoclonique initial. Le 26 décembre M. L a été transféré dans l'unité de soins continus du service d'Anesthésie réanimation pour la suite de sa prise en charge. Alors que les résultats des examens neurologiques restent inchangés avec une absence de réveil, des mouvements spontanés incontrôlés et une ouverture des yeux fluctuante, une réunion pluridisciplinaire réunissant les équipes médicales des services de réanimation et de chirurgie plastique conclut, le 2 janvier 2023 au " caractère déraisonnable de toute nouvelle incrémentation thérapeutique et à la décision de ne pas procéder à des gestes de réanimation invasifs ". Le docteur H G (neuro-réanimateur du service de réanimation médicale de l'HEGP et expert en neuro-pronostication), sollicité pour un avis médical, conclut à la présence de très nombreux éléments de mauvais pronostic dont un état végétatif persistant depuis plus d'un mois, un état de mal myoclonique initial ainsi que des lésions post-anoxiques des noyaux gris centraux et des thalamus visibles à l'imagerie par résonance magnétique (IRM). Le 16 janvier s'est tenue une réunion collégiale réunissant l'équipe médicale qui a conclu à l'unanimité " au caractère déraisonnable de la poursuite des traitements et soins qui maintiennent le patient en vie, sans espoir d'une récupération neurologique compatible avec une vie relationnelle, même minime. ". La décision est prise par le docteur D B de procéder au retrait de la canule trachéale et de mettre en place une sédation profonde et continue. La date du 23 janvier est fixée pour mettre en œuvre la décision. Par la présente requête enregistrée le 23 janvier 2023, Mme A L, fille de M. L, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 16 janvier 2023 d'arrêter les soins prodigués à M. L et de la décision de procéder à l'ablation de la canule de trachéotomie.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. " Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme L au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
3. Il appartient au juge des référés d'exercer ses pouvoirs de manière particulière lorsqu'il est saisi, comme en l'espèce, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une décision prise par un médecin, dans le cadre défini par le code de la santé publique, et conduisant à arrêter ou ne pas mettre en œuvre, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, un traitement qui apparait inutile ou disproportionné ou sans autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. Il doit alors prendre les mesures de sauvegarde nécessaires pour faire obstacle à son exécution lorsque cette décision pourrait ne pas relever des hypothèses prévues par la loi, en procédant à la conciliation des libertés fondamentales en cause, que sont le droit au respect de la vie et le droit du patient de consentir à un traitement médical et de ne pas subir un traitement qui sera le résultat d'une obstination déraisonnable.
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
En ce qui concerne la condition d'urgence :
5. Il est constant que le patient, âgé de 64 ans, est dans un état de santé fragile et que l'arrêt des soins ne pourrait conduire qu'à une dégradation de son état, avec risque vital. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
Sur le cadre juridique applicable au litige
6. Aux termes de l'article L. 1110-1 du code la santé publique : " Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en œuvre par tous moyens disponibles au bénéfice de toute personne. ". Aux termes de l'article L. 1110-2 dudit code : " La personne malade a droit au respect de sa dignité ".
7. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté () ".
8. Aux termes de l'article L. 1110-5-1 du même code : " Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire. / La nutrition et l'hydratation artificielles constituent des traitements qui peuvent être arrêtés conformément au premier alinéa du présent article. / Lorsque les actes mentionnés aux deux premiers alinéas du présent article sont suspendus ou ne sont pas entrepris, le médecin sauvegarde la dignité du mourant et assure la qualité de sa vie en dispensant les soins palliatifs mentionnés à l'article L. 1110-10 ".
9. Aux termes de l'article L. 1111-4 du même code : " () Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, la limitation ou l'arrêt de traitement susceptible d'entraîner son décès ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale mentionnée à l'article L. 1110-5-1 et les directives anticipées ou, à défaut, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6 ou, à défaut la famille ou les proches, aient été consultés () ".
10. Il résulte des dispositions législatives citées aux points précédents, ainsi que de l'interprétation que le Conseil constitutionnel en a donnée dans sa décision n° 2017-632 QPC du 2 juin 2017, qu'il appartient au médecin en charge d'un patient hors d'état d'exprimer sa volonté d'arrêter ou de ne pas mettre en œuvre, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, les traitements qui apparaissent inutiles, disproportionnés ou sans autre effet que le seul maintien artificiel de la vie. Dans pareille hypothèse, le médecin ne peut prendre une telle décision qu'à l'issue d'une procédure collégiale, destinée à l'éclairer sur le respect des conditions légales et médicales d'un arrêt du traitement, et, sauf dans les cas mentionnés au troisième alinéa de l'article L. 1111-11 du code de la santé publique, dans le respect des directives anticipées du patient, ou, à défaut de telles directives, après consultation de la personne de confiance désignée par le patient ou, à défaut, de sa famille ou de ses proches.
11. Pour apprécier si les conditions d'un arrêt des traitements de suppléance des fonctions vitales sont réunies s'agissant d'un patient victime de lésions cérébrales graves, quelle qu'en soit l'origine, qui se trouve dans un état végétatif ou dans un état de conscience minimale le mettant hors d'état d'exprimer sa volonté et dont le maintien en vie dépend d'un mode artificiel d'alimentation et d'hydratation, le médecin en charge doit se fonder sur un ensemble d'éléments, médicaux et non médicaux, dont le poids respectif ne peut être prédéterminé et dépend des circonstances particulières à chaque patient, le conduisant à appréhender chaque situation dans sa singularité. Les éléments médicaux doivent couvrir une période suffisamment longue, être analysés collégialement et porter notamment sur l'état actuel du patient, sur l'évolution de son état depuis la survenance de l'accident ou de la maladie, sur sa souffrance et sur le pronostic clinique. Une attention particulière doit être accordée à la volonté que le patient peut avoir exprimée, par des directives anticipées ou sous une autre forme. A cet égard, dans l'hypothèse où cette volonté demeurerait inconnue, elle ne peut être présumée comme consistant en un refus du patient d'être maintenu en vie dans les conditions présentes. Le médecin doit également prendre en compte les avis de la personne de confiance, dans le cas où elle a été désignée par le patient, des membres de sa famille, ou à défaut, de l'un de ses proches, en s'efforçant de dégager une position consensuelle. Il doit, dans l'examen de la situation propre de son patient, être avant tout guidé par le souci de la plus grande bienfaisance à son égard.
12. Enfin, si la décision de procéder au retrait de la canule trachéale est au nombre des traitements susceptibles d'être arrêtés lorsque sa poursuite traduirait une obstination déraisonnable, la seule circonstance qu'une personne soit dans un état irréversible d'inconscience ou, à plus forte raison, de perte d'autonomie la rendant tributaire d'un tel soin ne saurait caractériser, par elle-même, une situation dans laquelle la poursuite de ce traitement apparaîtrait injustifiée au nom du refus de l'obstination déraisonnable.
En ce qui concerne la régularité de la, procédure :
13. En vertu des dispositions de l'article R.4127-37-2 du code de la santé publique : " La décision de limitation ou d'arrêt de traitement respecte la volonté du patient antérieurement exprimée dans des directives anticipées. Lorsque le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté, la décision de limiter ou d'arrêter les traitements dispensés, au titre du refus d'une obstination déraisonnable, ne peut être prise qu'à l'issue de la procédure collégiale prévue à l'article L. 1110-5-1 et dans le respect des directives anticipées et, en leur absence, après qu'a été recueilli auprès de la personne de confiance ou, à défaut, auprès de la famille ou de l'un des proches le témoignage de la volonté exprimée par le patient. II. - Le médecin en charge du patient peut engager la procédure collégiale de sa propre initiative. Il est tenu de le faire à la demande de la personne de confiance, ou, à défaut, de la famille ou de l'un des proches. La personne de confiance ou, à défaut, la famille ou l'un des proches est informé, dès qu'elle a été prise, de la décision de mettre en œuvre la procédure collégiale. III. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est prise par le médecin en charge du patient à l'issue de la procédure collégiale. Cette procédure collégiale prend la forme d'une concertation avec les membres présents de l'équipe de soins, si elle existe, et de l'avis motivé d'au moins un médecin, appelé en qualité de consultant. Il ne doit exister aucun lien de nature hiérarchique entre le médecin en charge du patient et le consultant. L'avis motivé d'un deuxième consultant est recueilli par ces médecins si l'un d'eux l'estime utile. Lorsque la décision de limitation ou d'arrêt de traitement concerne un mineur ou une personne faisant l'objet d'une mesure de protection juridique avec représentation relative à la personne, le médecin recueille en outre l'avis des titulaires de l'autorité parentale ou de la personne chargée de la mesure, selon les cas, hormis les situations où l'urgence rend impossible cette consultation.IV. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est motivée. La personne de confiance, ou, à défaut, la famille, ou l'un des proches du patient est informé de la nature et des motifs de la décision de limitation ou d'arrêt de traitement. La volonté de limitation ou d'arrêt de traitement exprimée dans les directives anticipées ou, à défaut, le témoignage de la personne de confiance, ou de la famille ou de l'un des proches de la volonté exprimée par le patient, les avis recueillis et les motifs de la décision sont inscrits dans le dossier du patient.
14. En premier lieu, quand le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté, il incombe au médecin, non seulement de rechercher si sa volonté a pu trouver à s'exprimer antérieurement, mais également, ainsi que le rappellent les articles R. 4127-36 et R 4127-37-2 du code de la santé publique, d'informer la famille ou les proches de la décision de mettre en œuvre la procédure collégiale précédant la limitation ou l'arrêt de traitement et, le cas échéant, de les consulter lorsque cette limitation est susceptible d'entraîner le décès, conformément aux dispositions de l'article L. 1111-4 du code de la santé publique.
15. Il résulte de l'instruction qu'un entretien a été organisé le 18 janvier 2023 avec l'épouse de M. L, sa fille et sa petite fille au cours duquel elles ont été informées de l'état végétatif du patient en rapport avec les lésions cérébrales anoxiques très importantes et qu'il leur a été expliqué que la survie de celui-ci est maintenue artificiellement grâce à la canule de trachéotomie qui protège ses voies aériennes, qu'elles ont été informées de la décision de décanulation trachéale sous couvert d'une sédation terminale. Il en résulte que Mme A L, fille du patient, n'est pas fondée à soutenir qu'aucune décision de limitation de soin ne lui a été transmise, ni qu'aucune décision d'arrêté de traitement motivée ait été prise et inscrite dans le dossier médical.
16. En second lieu, si le compte-rendu de la réunion sur les perspectives thérapeutiques, au cours de laquelle la décision d'arrêt de traitement a été prise, ne mentionne pas les prénoms et les titres des praticiens, ceux-ci se déduisent des autres éléments de l'instruction. D'une part, le compte-rendu d'hospitalisation provisoire produit à l'instance précise que cette réunion s'est tenue entre praticiens des services de chirurgie plastique et de réanimation de l'hôpital Georges Pompidou, de sorte que la mention de leur nom de famille suffit à les identifier. D'autre part, l'identité du médecin consultant, le docteur G, est également précisée dans le compte rendu d'hospitalisation et il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il existerait un lien de nature hiérarchique entre le docteur D B, médecin en charge du patient et le docteur G, intervenant en qualité de médecin consultant. Par suite le moyen tiré d'un défaut de régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision d'arrêt de traitement a été prise doit être écarté.
En ce qui concerne l'absence de caractère déraisonnable des traitements mis en place :
17. Il revient au juge des référés, saisi de cette contestation, de s'assurer, au vu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, qu'ont été respectées les conditions prévues par la loi pour que puisse être prise une décision mettant fin à un traitement dont la poursuite traduirait une obstination déraisonnable. Il est nécessaire, pour que le juge des référés puisse procéder à cette appréciation, qu'il dispose des informations les plus complètes, notamment sur l'état de santé de la personne concernée.
18. Le compte-rendu provisoire en réanimation chirurgicale produit au dossier fait état de " très nombreux éléments de mauvais pronostic : caractère hypoxique, état végétatif persistant à plus d'un mois d'un ACR, état de mal myoclonique initial et de lésions post-anoxiques à l'IRM " " d'un pronostic neurologique très incertain. " Il est également indiqué que l'équipe médicale n'a pas caché à l'épouse de M. L " son inquiétude concernant une possible absence de réveil ou de loures séquelles ", l'épouse du requérant a été informée " sur la nécessité de se donner du temps et des examens supplémentaires pour une neuro-pronostication plus fine ". Il résulte également de ce document que : " l'examen neurologique est resté inchangé : absence de réveil, mouvements spontanés et ouverture des yeux fluctuante ". Il est également indiqué dans ce compte-rendu provisoire que le docteur G, neuro-réanimateur a conclu à la présence de très nombreux éléments de mauvais pronostic et que celui-ci a confirmé que le " pronostic était extrêmement sombre sur le plan cognitif (très probable trouble de conscience persistant) et fonctionnel (très probable dépendance totale pour les activités de la vie quotidienne.) ". Toutefois, et alors que le compte-rendu médical du 16 janvier 2023, se borne à faire état " d'un état végétatif et d'absence d'évolution et de projet " sans plus de précision, le compte-rendu provisoire en réanimation chirurgicale précité ne conclut pas avec certitude à l'absence de possibilité d'évolution de l'état de santé du patient et mentionne expressément la nécessité de se donner du temps ainsi que d'examens complémentaires. De surcroît, la vidéo produite par la requérante montre que M. L réagit par des mouvements de tête et suit du regard la personne de sa famille venue lui rendre visite à l'hôpital. Dans ces conditions, malgré le pronostic péjoratif établi par l'équipe médicale, il apparaît nécessaire en l'état de l'instruction et avant que les juges des référés statuent, de suspendre à titre conservatoire l'exécution de la décision d'arrêt de soins et traitements pour que puisse être effectuée une expertise médicale. Il y a lieu en conséquence de prescrire une expertise médicale, confiée à des experts disposant des compétences appropriées, aux fins de se prononcer, après avoir examiné M. L, rencontré l'équipe médicale et le personnel soignant en charge de ce patient et pris connaissance de l'ensemble de son dossier médical, sur l'état clinique actuel du patient, le caractère irréversible des lésions neurologiques de M. L et les perspectives d'évolution de son état de santé, son état de conscience, son état de souffrance et de donner aux juges des référés toutes indications utiles, en l'état de la science, sur les traitements qui pourraient être lui être administrés et en particulier sur l'intérêt ou non de mettre en œuvre des thérapeutiques actives, ainsi que concernant le caractère raisonnable ou non du maintien de la canule de trachéotomie, de façon à éclairer le moyen tiré de ce que les conditions d'un arrêt de soins et de traitements prodigués à M. L ne sont pas réunies. L'expertise médicale devra également se prononcer, à la demande de la requérante, sur la faisabilité d'un transfert de M. L en Pologne
Sur les frais d'instance :
19. Ces conclusions sont réservées jusqu'à ce qu'il soit statué sur les conclusions principales de la requérante.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme L est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision de limitation des soins prodigués à M. C L est suspendue dans l'attente de la décision du juge des référés qui interviendra au vu des conclusions du rapport d'expertise.
Article 3 : Avant de statuer sur la requête, il sera procédé à une expertise confiée à deux médecins disposant de compétences appropriées, désignés par le tribunal, avec pour mission :
- de décrire l'état clinique actuel de M. C L et son évolution depuis son hospitalisation à l'Hôpital européen Georges Pompidou,
- de déterminer son niveau de souffrance
- de déterminer son niveau de conscience
- de se prononcer sur le caractère irréversible des lésions neurologiques de M. L, sur le pronostic clinique et sur l'intérêt ou non de mettre en œuvre des thérapeutiques actives, ainsi que sur le caractère raisonnable ou non du maintien de la canule de trachéotomie,
- de se prononcer sur les traitements qui pourraient lui être prodigués et sur les perspectives d'évolution de son état de santé,
- de se prononcer sur la faisabilité d'un transfert de M. L en Pologne,
- de donner au juge des référés toute information qui serait utile à la solution du litige.
Article 4 : Les experts seront désignés par le président du Tribunal ou son premier vice-président. Il devra procéder à l'examen de M. C L, rencontrer l'équipe médicale et le personnel soignant en charge de ce dernier et prendre connaissance de l'ensemble de son dossier médical. Ils pourront consulter tous documents, procéder à tous examens ou vérifications utiles et entendre toute personne compétente. Ils accompliront leur mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 5 : Les experts déposeront leur rapport dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 6 : Le surplus des conclusions est réservé jusqu'à la fin de l'instance.
Article 7 : La présente ordonnance est notifiée à Mme A L, à Me Ogier et Me Crusoé et à l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris.
Fait à Paris, le 1er février 2023.
Le juge des référés, La juge des référés, Le juge des référés,
P. F S. J M. M
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./9
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026