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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2302209

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2302209

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2302209
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantGOULAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Goulay, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler la décision de la Ville de Paris qui dépriorise sa demande de logement à compter du 1er août 2022 ;

3°) d'enjoindre à la Ville de Paris de lui proposer un nouveau logement sous un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros TTC au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de le condamner aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision de dépriorisation intervenue le 1er aout 2022 et la décision de rejet de son recours gracieux du 12 décembre 2022 ne sont pas motivées,

- elle a refusé le logement pour des motifs légitimes.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 décembre 2023, la Ville de Paris conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la requête.

Elle explique que le 21 juillet 2023 la décision attaquée a cessé de produire ses effets et que la requérante est redevenue prioritaire dans le cadre de sa demande de logement social.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lambert pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Lambert a été entendu au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issu de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A est demandeuse d'un logement social depuis l'année 2001. Par une décision du 1er octobre 2015, elle a été reconnue par la commission de médiation DALO comme prioritaire et devant être logée en urgence. Une proposition de relogement lui a été faite le 2 juin 2022 par le bailleur social ELOGIE-SIEMP sur proposition de la commission de désignation des candidats aux logement sociaux de la Ville de Paris pour un appartement situé 11, rue de Suez à Paris (18ème). Suite au refus de ce logement par Mme A, la Ville de Paris a pris, le 1er août 2022 la décision de " déprioriser " le dossier de Mme A pour une durée de 12 mois à compter du 21 juillet 2022. Le 15 septembre 2022, Mme A a effectué un recours gracieux auprès de la Ville de Paris contre cette décision, qui a été rejeté par une décision du 12 décembre 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de la décision de la Ville de Paris du 1er aout 2022, ensemble celle du 12 décembre 2022 rejetant son recours gracieux et à ce qu'il soit enjoint à la Ville de Paris de lui proposer un nouveau logement.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le non-lieu à statuer :

3. La Ville de Paris soutient que la décision de dépriorisation du dossier de demande de logement social de Mme A a cessé de produire ses effets le 21 juillet 2023 et que, par suite, dès lors que la requérante est redevenue prioritaire dans le cadre de sa demande de logement social, ses demandes sont devenues sans objet. Cependant, dans la mesure où la décision de dépriorisation est à l'origine d'un report dans le traitement de la demande de logement social de Mme A, puisque celle-ci n'a pas pu se voir proposer, durant un an, de logements dont la Ville de Paris est réservataire, la décision en litige a reçu application pour le passé et ne peut, par suite, être regardée comme dépourvue d'effet sur la situation de la requérante. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre cette décision conservent leur objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 441 du code de la construction de l'habitation : " L'attribution des logements locatifs sociaux participe à la mise en œuvre du droit au logement, afin de satisfaire les besoins des personnes de ressources modestes et des personnes défavorisées. (). Les collectivités territoriales et les réservataires de logements locatifs sociaux concourent, en fonction de leurs compétences, à la réalisation des objectifs mentionnés aux alinéas précédents. ". Aux termes de l'article L. 441-1-6 du même code : " La convention intercommunale d'attribution ou, pour la commune de Paris, la convention d'attribution, définit, le cas échéant en cohérence avec les objectifs du contrat de ville à laquelle elle est alors annexée et en tenant compte, par secteur géographique, des capacités d'accueil et des conditions d'occupation des immeubles : () 6° Les conditions dans lesquelles les réservataires de logements sociaux et les bailleurs sociaux procèdent à la désignation des candidats dont les demandes sont présentées aux commissions mentionnées à l'article L. 441-2 et les modalités de la coopération entre les bailleurs sociaux et les titulaires de droits de réservation. " Par ailleurs, aux termes de l'article R. 441-2-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les personnes morales ou services qui enregistrent les demandes de logement locatif social sont les suivants : () e) Le département, les communes et les établissements publics de coopération intercommunale compétents lorsqu'ils ont pris une délibération à cet effet () ". Aux termes de l'article R. 441-5 du même code : " Les bénéficiaires des réservations de logements prévues aux vingt-neuvième et trente et unième alinéas de l'article L. 441-1 peuvent être l'Etat, les collectivités territoriales, leurs établissements publics () Le réservataire peut confier au bailleur le soin de proposer des candidats pour son compte à la commission d'attribution. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des courriers adressés par Mme A tant à la Ville de Paris qu'au bailleur social le 24 juin 2022, que celle-ci a refusé le logement proposé situé 11, rue de Suez à Paris au motif qu'il était doté d'une baignoire, alors que son âge (70 ans) et sa mobilité réduite ne lui permettaient pas d'enjamber une baignoire. A l'appui de son recours gracieux exercé le 15 septembre 2022, Mme A a produit la décision de la MDPH de Paris du 16 mars 2021 qui lui reconnait un taux d'incapacité compris entre 50 et 79%, et lui attribue la carte mobilité inclusion mention priorité sans limitation de durée. Selon les critères d'appréciation du taux d'incapacité de la MDPH, un taux compris entre 50 et 79% correspond à une " entrave notable dans la vie quotidienne de la personne, un retentissement important sur la vie sociale, scolaire et/ou professionnelle ainsi que domestique ". Il s'ensuit que le refus par Mme A de la proposition de logement qui lui a été faite le 2 juin 2022 pour le logement situé 11, rue de Suez à Paris, doit être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme étant fondé sur un motif légitime.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de sa requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er aout 2022, par laquelle la mairie de Paris a " dépriorisé " sa demande de logement social, ainsi que celle de la décision du 12 décembre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. La décision de dépriorisation du dossier de demande de logement social de Mme A ayant cessé de produire ses effets le 21 juillet 2023, les conclusions à fin d'injonction de la requête susvisée sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais du litige :

8. Mme A dirige ses demandes de condamnation aux frais non compris dans les dépens uniquement contre l'Etat, qui n'est pas partie à la présente instance. Ses conclusions doivent donc être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de Mme A à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions de la Ville de Paris du 1er août 2022 et du 12 décembre 2022 sont annulées.

Article 3 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.

Article 4 : Les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Goulay et à la maire de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La magistrate désignée,

F. Lambert

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2302209/6-

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