jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303426 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MAZAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 février et 7 mars 2023 et le 12 avril 2024, M. A B, représenté par Me Mazas, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et le ministre de l'intérieur et des outre-mer ont gelé ses fonds et ressources économiques pour une durée de six mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'erreur de fait dès lors que ses activités au sein de l'association Centre démocratique kurde sont sans lien avec des fonctions qu'il exercerait au sein du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et que, par la seule production d'une note blanche insuffisamment précise et circonstanciée, l'administration n'établit pas les autres faits sur lesquels elle se fonde ; il est également entaché d'erreur d'appréciation dès lors qu'il n'a jamais été condamné ;
- il méconnaît son droit de propriété, l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le principe de dignité de la personne humaine.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 2580/2001 du Conseil du 27 décembre 2001 ;
- la position commune 2001/931/PESC du Conseil du 27 décembre 2001 ;
- le code monétaire et financier ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Grandillon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et le ministre de l'intérieur et des outre-mer ont gelé ses fonds et ressources économiques pour une durée de six mois.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait effectivement formé une demande d'admission à l'aide juridictionnelle, de sorte que sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire doit être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police " et l'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " L'arrêté litigieux mentionne les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé au regard des dispositions précitées, nonobstant la circonstance que M. B estime infondés ces éléments ou que le gel de ses avoirs et ressources n'ait pas été renouvelé entre septembre et décembre 2022.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 562-2 du code monétaire et financier : " Le ministre chargé de l'économie et le ministre de l'intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois, renouvelable, le gel des fonds et ressources économiques : / 1° Qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales, ou toute autre entité qui commettent, tentent de commettre, facilitent ou financent des actes de terrorisme, y incitent ou y participent ; / 2° Qui appartiennent à, sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes morales ou toute autre entité elles-mêmes détenues ou contrôlées par les personnes mentionnées au 1° ou agissant sciemment pour le compte ou sur instructions de celles-ci. "
5. D'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 562-1 du même code, qui renvoie au règlement 2580/2001 du 27 décembre 2001, faisant lui-même référence à la position commune du même jour, que les mesures qu'elles prévoient ne peuvent légalement être mises en œuvre que pour des faits mentionnés au paragraphe 3 de l'article 1er de cette position commune, à la condition que ces faits soient susceptibles de se rattacher à la définition d'une infraction en droit national, les motifs retenus par l'autorité administrative devant, par ailleurs, être fondés sur des informations précises ou des éléments de dossier basés sur des preuves ou des indices sérieux et crédibles.
6. A cet égard, l'article 1er, paragraphe 3, de la position commune du 27 décembre 2001, vise notamment les actes pouvant nuire à un pays ou à une organisation internationale lorsqu'ils sont commis dans le but de gravement déstabiliser ou détruire les structures fondamentales politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales d'un pays ou d'une organisation internationale. Ces actes portent notamment sur les atteintes à la vie d'une personne pouvant entraîner la mort, les atteintes graves à l'intégrité physique d'une personne, la fabrication, la possession, l'acquisition, le transport, la fourniture ou l'utilisation d'armes à feu ou encore la menace de réaliser un de ces actes.
7. D'autre part, une note des services de renseignement soumise au contradictoire constitue un moyen de preuve admissible devant le juge administratif à la condition, notamment, qu'une telle note fasse état de faits suffisamment précis et circonstanciés.
8. En l'espèce, il ressort de la " note blanche " des services de renseignement versée au contradictoire par le ministre de l'intérieur que M. B est un membre de la structure française clandestine du parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Ce dernier est considéré comme une organisation politique menant des actions terroristes à l'encontre de la Turquie, notamment depuis le déclenchement d'une insurrection armée conduite sur le territoire de cet Etat en 2015. Cette organisation utilise l'Europe occidentale comme base arrière, où elle collecte notamment des fonds et entraîne des combattants. De manière continue depuis 2018, et parallèlement à ses activités officielles au sein d'associations kurdes à vocation culturelle, M. B participe à des manifestations et actions publiques de soutien au PKK, il est un important responsable de cette organisation dans le Val-d'Oise puis, depuis 2020, dans l'Hérault. Il est notamment en charge de la collecte de " l'impôt révolutionnaire " dénommé kampanya, prélevé sur les membres de la communauté kurde grâce à l'usage de la violence physique ou de l'intimidation. Il participe également à des opérations de propagande telles que des manifestations publiques. En outre, il est un des organisateurs d'une filière d'immigration clandestine destinée à des Kurdes de Turquie et fonctionnant avec l'aide de sympathisants du PKK résidant en France. Ces actes, destinés à apporter au PKK un soutien notamment financier, sont de nature à faciliter des actes de terrorisme. Or, M. B ne produit aucun élément précis et circonstancié de nature à remettre en cause la matérialité de ces faits. Dans ces conditions, nonobstant son absence de condamnation pénale, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée du 15 décembre 2022 de gel de ses avoirs serait entachée d'erreur de fait, d'erreur d'appréciation ou méconnaîtrait l'article L. 562-2 du code monétaire et financier.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. / Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les États de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. "
10. Si la décision en cause a pour effet de priver M. B de son droit à disposer librement de ses biens, il lui est loisible de demander aux ministres chargés de l'économie et de l'intérieur, sur le fondement de l'article L. 562-11 du code monétaire et financier, de débloquer et de mettre à sa disposition une partie des fonds gelés, pour répondre aux besoins matériels particuliers intéressant sa vie personnelle ou familiale. Dans ces conditions, la décision litigieuse, eu égard à ses finalités, ne méconnaît pas les stipulations précitées et ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit de propriété.
11. En quatrième et dernier lieu, alors qu'ainsi qu'il a été dit ci-dessus il lui est loisible de demander le déblocage des fonds nécessaires aux besoins particuliers de sa vie personnelle et familiale, M. B ne produit aucun élément à l'appui de son moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux porterait atteinte à la dignité de sa personne.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante à la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire de M. B est rejetée.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mazas, au ministre de l'intérieur et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Seulin, présidente,
M. Gaël Raimbault, premier conseiller,
Mme Paule Desmoulière, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le rapporteur,
G. CLa présidente,
A. SeulinLa greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320047
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Janus visant à annuler un arrêté de sursis à statuer opposé par la maire de Paris à une déclaration préalable pour un changement de destination de locaux en hébergement touristique. La juridiction a jugé que le sursis à statuer, fondé sur l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme, était légal car le projet était susceptible de compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme (PLU) en cours d'élaboration. Les moyens soulevés, notamment l'incompétence, le vice de procédure et l'erreur de droit, ont été écartés.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2320316
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par une association d'un recours pour excès de pouvoir visant à annuler un arrêté municipal de mise en demeure avec astreinte, concernant des travaux réalisés sans autorisation d'urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête de l'association, considérant que la motivation de l'arrêté attaqué était suffisante et que la procédure suivie, notamment l'établissement d'un procès-verbal d'infraction, était régulière. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, en particulier celles relatives aux mises en demeure et aux astreintes.
19/02/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2520263
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé, notamment au regard de son état de santé et de son intégration. Les textes appliqués incluent le code des relations entre le public et l'administration et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
19/02/2026