vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2303721 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | BENAYAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 février 2023, 28 février 2023 et 19 avril 2023, Mme C A D B, représentée par Me Benayad, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de police du 24 janvier 2023 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer, dans le délai d'un mois, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A D B ne sont pas fondés.
Par une décision du 5 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris s'est déclaré incompétent pour connaître de la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A B le 21 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;
- et les observations de Me Benayad, représentant Mme A D B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D B, ressortissante brésilienne née le 12 octobre 1985, est entrée en France le 11 mars 2020, selon ses déclarations. Elle a sollicité, le 14 juin 2022, son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 janvier 2023, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera reconduite. Mme A D B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 5 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris s'est déclaré incompétent pour connaître de la demande d'aide juridictionnelle formée par Mme A D B. Par suite, sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ". L'article R. 425-11 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".
4. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conforme à ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à faire obstacle à son éloignement. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A D B, qui a levé le secret médical au cours de la présente instance, souffre, ainsi que sa fille aînée âgée de six ans, d'un angio-œdème bradykinique, maladie génétique rare qui se caractérise par un gonflement soudain et douloureux de la peau et des muqueuses, entraînant douleurs et inconfort quotidien et générant une situation de stress et d'anxiété. Pour estimer que Mme A D B ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet de police s'est fondé sur l'avis en date du 19 octobre 2022 du collège des médecins de l'OFII qui indique que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et voyager sans risque vers son pays.
6. Pour contester cette appréciation, Mme A D B qui est inscrite sur le registre des personnes atteintes de cette maladie rare au sein de l'Hôpital Saint-Antoine avec un suivi quotidien, fait valoir qu'elle bénéficie ainsi que sa fille aînée, d'un suivi particulier et d'une prise en charge adaptée au sein de structures spécialisées et qu'elle se rend notamment à l'hôpital une fois par semaine afin de recevoir son traitement. Elle produit, en outre, un certificat médical du 19 janvier 2022 d'un médecin à l'hôpital Saint-Antoine à Paris attestant que la maladie héréditaire dont elle souffre, qui provoque des crises répétées, met en jeu son pronostic vital à court terme et nécessite un traitement prophylactique au long cours dont elle ne peut bénéficier dans son pays d'origine. Il ressort, par ailleurs, de comptes-rendus de consultation des 16 mars et 29 juin 2022 que Mme A D B qui ne tolère pas certains traitements à base d'Orladeyo et à base de Berotralsat, est soignée, au vu de ses ordonnances des 4 et 26 octobre 2022, par un traitement à base de Fyrazir et de Takhzyro, molécules rares et coûteuses, disponibles au Brésil, s'agissant du Fyrazir, seulement depuis 2009 et qui n'étant pas subventionnée, n'est pas accessible. Cette prise en charge particulière de l'intéressée entreprise à l'hôpital Saint-Antoine impliquant un suivi très régulier au quotidien peut difficilement être interrompue. Mme A D B est en effet suivie, au sein d'un centre de référence de maladies rares en ce qui concerne la maladie dont elle souffre, à l'hôpital Saint-Antoine, dans le service de médecine interne qui mène une activité de recherche dans le domaine des maladies rares et auto-immunes en conduisant ou participant à différents protocoles de recherche fondamentale clinique.
7. Dans ces conditions, compte tenu de la prise en charge particulière dont bénéficie l'intéressée et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A D B pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié à la prise en charge de sa maladie au Brésil, elle est fondée à soutenir, eu égard aux conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'impliquerait un défaut de prise en charge de sa maladie, que le préfet de police, en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A D B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, et dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de délivrer à Mme A D B une carte de séjour temporaire dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 24 janvier 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de délivrer à Mme A D B une carte de séjour temporaire dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A D B, au préfet de police et à Me Benayad.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Riou, présidente,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Coz, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
La rapporteure,
C. KantéLa présidente,
C. Riou
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026