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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2303781

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2303781

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2303781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5e Section - 2e Chambre
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2023, Mme B A, représentée par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, " étudiant ", ou, à défaut de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat ainsi qu'une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Concernant le refus de titre de séjour :

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- elle répondait aux conditions pour se voir délivrer un titre de séjours sur le fondement de l'article L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Concernant la mesure d'éloignement :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- le signataire de la décision était incompétent ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Concernant la décision fixant le pays de renvoi :

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au

14 avril 2023.

Par une décision du 27 janvier 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Une note en délibéré a été enregistrée le 27 avril 2023 pour Mme A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rebellato, rapporteur,

- les observations de Me Casagrande, substituant Me Scalbert, et représentant

Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 21 avril 2004, de nationalité malienne, est entrée en France le

4 septembre 2021, sous couvert d'un visa " C ". Le 16 juin 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 10 janvier 2023, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, son petit frère né le 1er juin 2010 et sa petite sœur née le 19 juin 2006 étaient pris en charge, au Mali, par leur tante. Cette dernière étant décédée le 25 août 2021, la fratrie est venue en France afin de rejoindre leur mère, en situation régulière et leur demi-frère de nationalité française. Il ressort par ailleurs de ses bulletins scolaires et des attestations de ses professeurs que Mme A qui est scolarisée depuis son entrée en France, est une élève brillante avec des très bonnes notes. Elle produit également un rapport de stage élogieux de la cheffe du bureau du droit de la fonction publique de la ville de Paris. Enfin, elle soutient sans être contestée avoir perdu tout contact avec son père depuis de nombreuses années. Dans les circonstances de l'espèce, et quand bien même elle ne serait pas dépourvue d'attaches privées et familiales au Mali, la décision attaquée a porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour qui lui a été opposée ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

4. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet de police, ou le préfet territorialement compétent, délivre, à Mme A, un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " tel que prévu par les dispositions précitées. Il y a lieu, dès lors, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de police de délivrer ce titre à Mme A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et

37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Scalbert, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Scalbert de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 janvier 2023 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A un titre de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Scalbert une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Scalbert renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police et à Me Scalbert.

Délibéré après l'audience du 27 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gros, président,

M. Rebellato, premier conseiller,

M. Hélard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le rapporteur,

J. REBELLATO

Le président,

L. GROS

La greffière,

S. PORRINAS

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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