jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2305376 |
| Type | Décision |
| Formation | 6e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2023, M. A C, représenté par Me Hug, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2022 par laquelle le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a refusé d'engager la procédure d'insalubrité visant à faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation du logement qu'il occupe et qui est situé 39 rue Poulet dans le 18ème arrondissement de Paris ;
2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris de réexaminer son dossier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros à verser à Me Hug en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision en litige est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de procédure contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles R. 1321-23 du code de la santé publique et 40-3 du règlement sanitaire départemental ;
- elle est entachée d'une erreur de fait quant à la surface réelle de l'appartement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, car les caractéristiques de son logement ne permettent pas un hébergement dans des conditions conformes au respect de la dignité humaine et nuisent à sa santé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2023.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code de la santé publique,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lambert,
- les conclusions de M. Beaujard, rapporteur public,
- et les observations de Mme B pour le défendeur.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est locataire d'un appartement situé au sixième étage du bâtiment A au 39, rue Poulet dans le 18ème arrondissement de Paris. Il a saisi le 31 mai 2022 le service technique de l'habitat (STH) de la Ville de Paris de la situation de son logement, alléguant différents manquements aux règles d'hygiène et de sécurité. Le 22 juin 2022, une inspectrice de ce service s'est rendue sur place et a remis le 25 août 2022 un rapport à la délégation départementale de Paris de l'agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France. Par une décision du 3 novembre 2022, ayant pour objet " demande de prise d'un arrêté préfectoral en application de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique ", la responsable de la cellule habitat du pôle Santé Environnement de la délégation départementale de Paris de l'ARS, agissant pour le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, a refusé d'engager la procédure d'insalubrité visant à faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation du logement occupé par M. C. Ce dernier demande au tribunal l'annulation de cette décision.
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre ". Aux termes de l'article L. 1331-23 du même code : " Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. ".
3. En premier lieu, par un arrêté n° 75-2022-06-03-00020 du 3 juin 2022 du préfet de région d'Ile-de-France, préfet de Paris, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de région a donné délégation de signature à l'auteure de la décision attaquée, Mme D, responsable de la cellule habitat au sein du pôle Santé Environnement de la délégation départementale de Paris de l'ARS, en cas d'absence ou d'empêchement simultané du directeur et de la directrice adjointe de la délégation de Paris de l'ARS et de la directrice générale de l'ARS, sans qu'il ne ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'aient pas été absents ou empêchés lorsqu'elle a signé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, en tout état de cause, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-10 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version applicable au litige : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. () ". Il résulte de ces dispositions que le respect d'une procédure contradictoire ne s'impose qu'en cas d'engagement de la procédure d'insalubrité et non en cas de refus d'engagement d'une telle procédure. Le moyen tiré du vice de procédure doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, selon le rapport du STH de la Ville de Paris du 25 août 2022, établi par une inspectrice agréée et assermentée, la surface au sol du logement occupé par le requérant s'élève à 12,66 m², dont une pièce d'eau/cuisine de 3,95 m² et une pièce de vie de 8,71 m². M. C, qui conteste les surfaces retenues par ce rapport, produit un rapport élaboré par un architecte de l'association " Droits et Habitat ", daté du 4 juillet 2022, selon lequel la surface totale de l'appartement correspond à 11,17 m² et celle de la pièce de vie à 6,25 m². Cependant, alors que les calculs de surface du rapport de l'inspectrice du STH sont corroborés par un croquis précis et détaillé, élaboré à partir de 18 dimensions relevées à différents endroits du local, et qui représente, au millimètre près, les fenêtres, angles et courbures ainsi que l'emplacement des équipements (meuble de cuisine, bac à douche), le croquis produit en annexe du rapport de l'association " Droits et Habitat " est peu précis, ne fait apparaitre que 6 dimensions et n'identifie pas clairement les parois arrondies, de sorte qu'il ne permet pas d'établir précisément les surfaces de l'appartement. Par suite, ce rapport ne permet pas, à lui seul, de contredire les constatations et calculs de l'inspectrice du STH, lesquels font foi jusqu'à preuve du contraire, qui n'est pas rapportée par le requérant. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit ainsi être écarté.
6. En quatrième lieu, selon l'article 40-3 du règlement sanitaire départemental de Paris approuvé par arrêté du 20 novembre 1979 : " L'une au moins des pièces principales du logement doit avoir une surface au sens du décret du 14 juin 1969 supérieure à neuf mètres carrés. / Les autres pièces d'habitation ne peuvent avoir une surface inférieure à sept mètres carrés. Dans le cas d'un logement comportant une seule pièce principale, ou constitué par une chambre isolée, la surface de ladite pièce doit être au moins égale à neuf mètres carrés. / Pour l'évaluation de la surface de chaque pièce, les parties formant dégagement ou cul-de-sac d'une largeur inférieure à deux mètres ne sont pas prises en compte. ". Un local ne peut être qualifié d'impropre par nature à l'habitation au sens de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique précité, au seul motif de la méconnaissance de la règle de surface minimale de la pièce principale prescrite par le règlement sanitaire départemental. Le moyen tiré de l'erreur de droit, en tant que la pièce principale du logement de M. C a une surface inférieure à neuf mètres carrés, doit ainsi être écarté.
7. En dernier lieu, il ressort du rapport du 25 août 2022 établi par l'inspectrice du STH de la Ville de Paris que le local occupé par M. C, d'une surface au sol d'environ 12,66 m², dont une pièce d'eau/cuisine de 3,95 m² et une pièce de vie de 8,71 m², bénéficie d'une hauteur sous plafond partout égale ou supérieure à 2,20 mètres, pour atteindre une hauteur maximum de 2,66 mètres, soit un volume habitable de 33,60 m3, qu'il comporte un coin cuisine et une salle d'eau avec une douche et que la pièce principale, qui bénéficie d'une fenêtre à deux battants équipée d'un double vitrage a un bon éclairement. Si l'inspectrice du STH a relevé que le coin cuisine du local ne comportait pas de système de ventilation permanente, elle a toutefois noté la présence d'une fenêtre de toit, et, si elle a pointé que le ballon d'eau chaude ne fonctionnait pas et que le local était chauffé par un radiateur électrique d'appoint, d'une part, ces défauts sont remédiables et, d'autre part, ils ne sont pas de nature à faire regarder le local en cause comme étant insalubre au sens et pour l'application de l'article L. 1331-23 du code de la santé publique. Par ailleurs, la dangerosité de l'installation électrique, mise en évidence dans le rapport du 25 août 2022, a donné lieu à des travaux de mise aux normes et de sécurisation par le bailleur, lesquels étaient déjà achevés à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris a refusé d'engager la procédure d'insalubrité visant à faire cesser la mise à disposition aux fins d'habitation du local occupé par M. C.
8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Hug et au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Marzoug, présidente,
Mme Lambert, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
F. Lambert
La présidente,
S. Marzoug
La greffière,
K. Bak-Piot
La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2305376/6-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2530541
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante ghanéenne. La juridiction a rejeté la requête, estimant que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que l'état de santé de la requérante ne remplissait pas les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour. Le tribunal a également jugé que les autres moyens, notamment ceux relatifs à la durée de séjour et à la convention européenne des droits de l'homme, n'étaient pas fondés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2419955
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Cerballiance visant à annuler l'opposition de l'ARS Île-de-France au transfert d'un site de son laboratoire de biologie médicale. Le tribunal a jugé que l'ARS était compétente pour prendre cette décision et que son refus, fondé sur le risque de dépassement du seuil de 25% de l'offre d'examens dans la zone de Paris, n'était entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation. La décision s'appuie sur les dispositions du code de la santé publique relatives à la régulation de l'implantation des laboratoires.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2432036
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de requérants demandant l'annulation du refus du ministre de la justice d'approuver leur projet de recueil légal par kafala d'une enfant marocaine. Le tribunal a jugé que la décision attaquée, prise en application de l'article 33 de la convention de La Haye du 19 octobre 1996, était régulière en droit et que le ministre avait légalement exercé son pouvoir d'appréciation pour refuser l'approbation au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. Les moyens tirés de l'incompétence et de la méconnaissance des conventions internationales ont été écartés.
13/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2525763
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme B... A... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF). La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était régulier, notamment quant à la compétence de sa signataire et à sa motivation, et qu'il ne méconnaissait pas les articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante.
13/03/2026