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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2308961

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2308961

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2308961
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantREGHIOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 avril 2023, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif d'Amiens a transmis au tribunal administratif de Paris, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. D.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Amiens le 23 mars 2023, M. B D, représenté par Me Reghioui, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 mars 2023, par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise et au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de le munir, durant ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est signée par un autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait le principe du contradictoire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions fixées par la circulaire du 28 novembre 2012 pour prétendre à la délivrance d'une admission exceptionnelle au séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ; ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant de délai de départ volontaire :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière méconnaissant le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de son comportement qui ne caractérise ni une menace à l'ordre public ni ne révèle un risque de soustraction ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet de police s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnait le principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duchon-Doris ;

- les observations de Me Reghioui représentant M. D en présence de celui-ci qui conclut aux mêmes fins que sa requête,

- la préfète de l'Oise n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant égyptien né le 9 avril 1995 est entré en France, selon ses dires, en septembre 2015. Par un arrêté du 21 mars 2023, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0206 du 6 février 2023 régulièrement publié le 6 février 2023 au recueil des actes administratifs, le préfet de police de l'Oise a donné à

M. C A, sous-préfet hors classe, secrétaire général de la Préfecture de l'Oise, délégation pour signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions de l'article L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le règlement n°2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018. Il précise, d'une part, que le requérant est un ressortissant égyptien actuellement placé en retenue pour vérification du droit au séjour et, d'autre part, que compte tenu des circonstances propres à la situation de l'intéressé, il n'est pas porté atteinte aux droits qui lui sont garantis par les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de sorte que rien ne s'oppose à ce qu'il soit éloigné. L'arrêté mentionne, par suite, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivé. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".

6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

7. En l'espèce, M. D, qui ne pouvait ignorer, depuis la première obligation de quitter le territoire prise à son encontre, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une nouvelle procédure d'éloignement, n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer, le 21 mars 2023, lors de son interpellation, avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée, et ne fait pas état, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui, s'ils avaient été connus de la préfète de l'Oise, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le droit d'être entendu n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise ne se serait pas livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

10. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de 10 ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

11. Si M. D soutient justifier de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 précité, il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant, qui a fait l'objet d'un refus de délivrance de titre sur ce fondement par le préfet de police le 28 avril 2021, n'établit pas avoir, à nouveau, formé une demande de titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. Si M. D fait valoir qu'il est entré en France en 2015, qu'il y travaille depuis 2018 en contrat à durée indéterminée, qu'y vit son frère et qu'il y apprend le français. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, qu'il est célibataire sans charge de famille et, d'autre part, qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. La seule circonstance tirée de la présence d'un frère en France ne saurait suffire à justifier de la disposition en France de liens anciens, stables et intenses. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, doivent en conséquence être écartés.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. (). ".

15. En l'espèce, il est constant que M. D n'a pas demandé de titre de séjour. Il ne produit aucun certificat médical attestant d'un état de santé comportant une pathologie susceptible de nécessiter une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ou dont le traitement ne pourrait pas être pris en charge en Egypte. M. D n'est dès lors pas fondé à soutenir que son état de santé entraîne la délivrance d'un titre de plein droit sur le fondement de l'article L. 425-9.

16. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à sollicité l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

17. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision obligeant M. D à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire n'a pas été prise sur le fondement de décisions illégales. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

18. Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (). ".

19. Pour refuser d'accorder à M. D un délai de départ volontaire, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance qu'il existait un risque qu'il se soustrait à la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dès lors que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, qu'il n'est pas demandeur d'asile et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement qui lui avait été notifiée en 2021, sans qu'aucune circonstance particulière ne justifie son maintien irrégulier sur le territoire. Il entre ainsi dans le cas où, en application des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète pouvait légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire, la préfète n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

20. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise ne se serait pas livrée à un examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de fixer le pays de renvoi.

21. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision obligeant

M. D à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi n'a pas été prise sur le fondement de décisions illégales. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

22. En troisième lieu, si M. D soutien qu'il ne peut être éloigné vers l'Egypte car il n'y a plus d'attache familiale, il ne démontre pas qu'il y est dépourvu de toute attache d'autant plus qu'il y a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit en conséquence être écarté.

Sur la décision prononçant interdiction de retour sur le territoire français :

23. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise ne se serait pas livrée à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. D avant de prononcer son interdiction de retourner sur le territoire français.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

25. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires justifiaient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. D. Comme il a déjà été énoncé au point 13 du présent jugement, le requérant n'est présent en France que depuis l'année 2015, est célibataire, sans enfant à charge et ne fait valoir aucun lien ancien, stable et intenses en France ni être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a résidé jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 28 avril 2021 qu'il n'a pas respectée. Par suite, compte tenu de ces circonstances, la préfète de l'Oise s'est livrée à un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle et n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Elle n'a donc pas méconnu les dispositions précitées en prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

26. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

Le président,

J-C. DUCHON-DORIS Le greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2308961/8

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