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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2309090

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2309090

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2309090
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET BAZIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2023 et des mémoires enregistrés les 5 septembre 2023, 18 janvier 2024 et 18 juillet 2024, Mme D B, représentée par Me Andrieux demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 février 2023 par laquelle la présidente de la commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a prononcé son licenciement pour insuffisance professionnelle ;

2°) de mettre à la charge de la CNIL la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, l'enquête administrative a été menée exclusivement à charge en méconnaissance du principe du contradictoire :

- elle aurait ainsi dû se voir communiquer l'ensemble des éléments de la procédure constituant l'enquête administrative ; par ailleurs, sans en avoir été préalablement informée, elle a été privée des accès professionnels à sa messagerie dès l'information de l'ouverture de la procédure de licenciement, fin janvier 2023 ;

- l'administration dans la manière dont elle a mené l'enquête administrative a manqué de neutralité et d'impartialité ;

- la composition de la commission consultative paritaire qui s'est prononcée sur son licenciement interroge ; les représentants du personnel qui ont siégé ne peuvent être regardés comme impartiaux ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de procédure ; elle constitue une sanction déguisée et une mesure de rétorsion intervenue en réaction aux actions qu'elle a engagées et à ses revendications concernant la prise en compte de son état de santé ;

- le licenciement prononcé est infondé, entaché d'erreur de droit, d'erreur d'appréciation de détournement de pouvoir ;

- il est constitutif d'une discrimination à raison de son état de santé et de son handicap ;

- son licenciement traduit l'existence d'une situation de harcèlement moral à son égard ; à partir du moment où elle a revendiqué le droit à un temps de travail élargi du fait de son état de santé, sa situation au sein de la CNIL n'a eu de cesse de se dégrader.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juin 2023, 21 septembre 2023, 1er février 2024 et 2 septembre 2024, la commission nationale de l'informatique et des libertés, représentée par Me Bazin conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 modifié ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;

- les conclusions de M. Gandolfi, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bazin, représentant la commission nationale de l'informatique et des libertés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est auditrice des systèmes d'information (ASI) au sein du service des contrôles - ressources humaines, santé et affaires publiques de la commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Le 3 novembre 2022, sur demande de la présidente de la CNIL, une enquête administrative a été ouverte, après que son attention avait été appelée, depuis le début de l'année 2022, sur la situation de Mme B, tant par les réserves exprimées sur sa manière de servir et son savoir-être que sur ses propres doléances à l'égard de l'institution, de ses collègues et de sa hiérarchie. Le 20 janvier 2023, la présidente de la CNIL a informé Mme B qu'une procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle était ouverte à son encontre. Le 21 février 2023, la présidente de la CNIL, après saisine de la commission consultative paritaire, et sur avis favorable de celle-ci, a prononcé le licenciement pour insuffisance professionnelle de Mme B. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de la décision du 21 février 2023 par laquelle la présidente de la commission nationale de l'informatique et de libertés l'a licenciée pour insuffisance professionnelle sur le fondement de l'article 45-2 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 45-2 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 modifié relatif aux dispositions générales applicables aux agents non titulaires de l'Etat : " L'agent contractuel peut être licencié pour un motif d'insuffisance professionnelle. L'agent doit préalablement être mis à même de demander la communication de l'intégralité de toute pièce figurant dans son dossier individuel, dans un délai suffisant permettant à l'intéressé d'en prendre connaissance. Le droit à communication concerne également toute pièce sur laquelle l'administration entend fonder sa décision, même si elle ne figure pas au dossier individuel ".

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier du 20 janvier 2023 l'informant de l'ouverture de la procédure de licenciement pour insuffisance professionnelle, que Mme B a été informée de son droit à communication de son dossier et notamment des conclusions de l'enquête administrative et de ses annexes (incluant les procès-verbaux d'audition) et que lui a été ouvert la possibilité d'y accéder immédiatement par le biais d'une plateforme sécurisée. L'ensemble de ces documents ont été téléchargés par Mme B le 25 janvier 2023. Mme B n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas eu communication du rapport établi sur la base de cette enquête interne, ainsi que des procès-verbaux des auditions des personnes entendues dans ce cadre.

4. En outre, Mme B, à l'instar de ses collègues de travail, a été entendue au cours de l'enquête administrative et a eu, la possibilité d'être assistée par un conseil de son choix ainsi qu'il ressort du rapport de l'enquête et de son propre compte-rendu d'audition. Par ailleurs, elle ne pouvait obtenir la communication d'un " rapport préliminaire d'enquête ", dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait existé.

5. La circonstance qu'elle aurait été privée de ses accès professionnels à sa messagerie un mois avant la date de notification de sa décision de licenciement n'est pas établie. En tout état de cause, elle est sans rapport avec l'enquête administrative menée, et par voie de conséquence, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que les droits de la défense, eu égard aux dispositions précitées, ont été méconnus.

7. En deuxième lieu, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment des différents comptes rendus d'audition dont celui de Mme B qu'elle a approuvé, confirmant qu'elle a été écoutée longuement par les enquêtrices et a pu librement s'exprimer sur toutes les questions abordées, ni du rapport d'enquête lui-même que celle-ci, confiée à deux personnalités extérieures à la CNIL aurait été menée à charge contre la requérante et qu'elle serait entachée de partialité. Cela ne ressort pas davantage de la lettre de mission établie le 3 novembre 2022 par le secrétaire général de la CNIL.

8. D'autre part, Mme B met en cause la régularité de la composition de la commission consultative (CCP) paritaire qui s'est tenue le 17 février 2023, laquelle était composée de trois représentants du personnel, et trois représentants de l'administration, en raison du manque d'impartialité de deux de ses membres. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, que, Mme C, représentante du personnel, aurait tenu les propos peu avenants au sujet du traitement des personnes handicapées au sein de la CNIL que Mme B lui prête ou qu'elle ait pris position en sa défaveur en dehors ou lors de la commission ou encore fait preuve d'animosité à son encontre. En outre, s'il est exact que M. A, représentant du personnel (élu au comité technique CFDT), et par ailleurs, chef du service des relations avec les publics, dans le cadre de l'enquête administrative, a témoigné, en sa qualité de représentant du personnel au sein du comité technique, fonctions qu'il n'exerce pas au sein du service d'affectation de Mme B, il n'a cependant fait que relayer l'alerte qui lui a été faite par plusieurs agents du service de Mme B, sans prendre position. Et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, qu'il aurait manifesté de l'animosité à l'encontre de Mme B en dehors ou lors de la séance de la CCP et notamment du procès-verbal de la commission du 17 février 2023 recensant les prises de parole des représentants du personnel.

9. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en ses différentes branches doit être écarté.

10. En troisième lieu, le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé, s'agissant d'un agent contractuel, ou correspondant à son grade, s'agissant d'un fonctionnaire, et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions. Lorsque la manière de servir d'un agent contractuel exerçant des fonctions qui ne correspondent pas aux fonctions pour lesquelles il a été engagé le justifie, il appartient à l'administration de mettre fin à ses fonctions. Une évaluation portant sur la manière dont l'agent a exercé ses fonctions durant une période suffisante et révélant son inaptitude à un exercice normal desdites fonctions peut, alors, être de nature à justifier légalement son licenciement. En revanche, le licenciement pour insuffisance professionnelle ne saurait légalement être fondé sur des motifs disciplinaires. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur l'appréciation portée par l'autorité administrative sur les faits qui sont de nature à justifier une mesure de licenciement pour insuffisance professionnelle d'un agent public.

11. En l'espèce, pour décider du licenciement pour insuffisance professionnelle de Mme B, la présidente de la CNIL s'appuie sur les témoignages figurant dans le rapport de saisine de la commission consultative paritaire pointant son incapacité professionnelle à assurer les fonctions d'auditrice des systèmes d'information au sein du service des contrôles ressources humaines, Santé et affaires publiques, () incapacité résultant tant des difficultés relationnelles de l'intéressée avec ses collègues et sa hiérarchie que des difficultés dans la conduite des contrôles qui, selon l'administration, lui ont été signalés à plusieurs reprises pour tenter d'y remédier

12. Elle fait valoir que ces difficultés récurrentes ont un impact préjudiciable sur la qualité de son travail (lui sont ainsi reprochés son attitude passive lors des contrôles, sa lenteur dans le traitement des dossiers), mais surtout sur le fonctionnement du service des contrôles RH, Santé et Affaires publiques (notamment difficultés rencontrées dans la mise en place du travail collaboratif, plaintes et alertes des collègues sur des propos tenus ou des attitudes adoptées par l'intéressée dans le cadre du travail).

13. Il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport du 2 décembre 2022, établi dans le cadre de l'enquête administrative diligentée le 3 novembre 2022, à partir des témoignages des personnels du service au sein duquel Mme B exerçait ses fonctions d'auditrice (ses collègues de travail, sa hiérarchie et son propre témoignage), que celle-ci, recrutée en octobre 2020, en cette qualité, au sein du service des contrôles ressources humaines Santé et Affaires publiques et dont la période d'essai avait été renouvelée du fait de la situation sanitaire liée à la crise du Covid-19 qui n'avait pas permis une activité normale (notamment concernant les contrôles sur place) avant d'être validée le 31 mai 2021, a connu des difficultés pour accomplir correctement ses missions mais également des difficultés relationnelles importantes tant avec ses supérieurs hiérarchiques que, par la suite, avec ses collègues de travail. Dès mars 2021, Mme B, bien que confrontée à des difficultés dans l'exercice de ses fonctions, son attitude passive pendant les contrôles sur place lui ayant notamment été reprochée par son supérieur hiérarchique, s'est montrée réticente à accepter ses conseils pour lui permettre d'évoluer. Celui-ci, pourtant conscient de ses difficultés (notamment financières), avait délibérément fait le choix de diminuer en avril 2021 son nombre de contrôles pour lui permettre de réaliser ses objectifs et percevoir la prime de performance individuelle en conséquence. Néanmoins, en raison des difficultés récurrentes rencontrées par la requérante lors des contrôles et qui se sont poursuivies, Mme B se montrant passive et peu impliquée lors de ceux-ci et adoptant une position d'observatrice et trop effacée, ses relations avec ses collègues de travail se sont dégradées en cours d'année (Mme B refusera en juin 2021 de signer un procès-verbal le soir du contrôle malgré l'insistance de ses collègues), Mme B se montrant particulièrement susceptible et n'acceptant pas l'aide et les conseils qui lui étaient dispensés, les interprétant comme des preuves de l'acharnement dont elle serait victime. En situation de souffrance avérée, elle recevra ainsi mal la proposition de son chef de service de suivre une formation sur la gestion des émotions qui n'avait pourtant d'autre but que de lui venir en aide. En septembre 2021, dans un contexte de retour progressif à une activité normale (sortie de crise sanitaire), la circonstance que ne lui aient été attribués, compte tenu des spécificités du service des contrôles, en conformité cependant avec les préconisations de la médecine du travail, que 2 jours de télétravail par semaine, alors qu'elle en demandait trois, a été très mal ressentie par Mme B laquelle y a vu un déni de ses droits. En arrêt-maladie de janvier à mars 2022, à sa reprise d'activité, malgré des entretiens hebdomadaires avec ses supérieurs hiérarchiques, dans le but de lui venir en aide, Mme B n'a pas corrigé son attitude passive pendant les contrôles reportant sa charge de travail sur l'autre membre du binôme présent lors de celui-ci, et générant des difficultés pour ses collègues estimant ne plus pouvoir travailler avec elle, Mme B ne parvenant pas à s'adapter aux exigences du poste. En arrêt-maladie de juin à juillet 2022, à la reprise de son activité, en octobre 2022, Mme B bien que bénéficiant de 3 jours de télétravail en moyenne par semaine, sur recommandation du médecin de travail, la reconnaissance de sa qualité de travailleur handicapé le 5 juillet 2022 ayant été prise en compte, n'est pas parvenue à surmonter ses difficultés. S'étant ouvertement plaint auprès de ses collègues de travail, dans son bureau, le 17 octobre 2022, de sa situation et du comportement de son chef de service qu'elle qualifie de harcèlement moral, certains de ceux-ci, décontenancés par l'attitude de la requérante ont alerté la direction administrative et financière (DAF) de la CNIL ainsi que les représentants du personnel, sur la dégradation du climat interne dans le service, Mme B tenant de graves accusations de harcèlement moral contre son chef de service non cautionnés par ceux-ci. Et, il ressort des éléments recueillis lors de l'enquête administrative, à partir des témoignages concordants de l'ensemble des personnels interrogés, à l'exception de celui de Mme B, que la dégradation de l'atmosphère du travail au sein du service est bien consécutive à sa situation, l'ambiance de travail étant auparavant décrite par ceux-ci comme bonne et studieuse marquée par une volonté partagée d'entraide et de coopération. Ainsi qu'il a été dit, en souffrance et en proie à de grandes difficultés pour exercer ses missions, précisément lors des contrôles, Mme B est décrite par plusieurs de ses collègues comme particulièrement anxieuse et stressée, ne parvenant ni à travailler efficacement en équipe dans la mesure de ce qui est attendu d'un ASI, ni à s'adapter aux exigences procédurales du poste. Et malgré la présence et les encouragements et l'accompagnement dont elle a pu bénéficier de la part de son chef de service et de son adjoint, mais qu'elle n'a pas perçu comme tels, Mme B, bien que disposant de compétences techniques avérées, n'a pu répondre de manière satisfaisante aux exigences du métier de contrôleur et aux sujétions particulières de l'activité de contrôle au point de préjudicier à l'activité de son service. Ses difficultés à échanger et dialoguer ont provoqué la perte de confiance de sa hiérarchie, notamment depuis son enregistrement dissimulé de l'entretien hebdomadaire de son suivi d'activité avec son supérieur hiérarchique le 23 mai 2022, lequel avait attiré son attention sur une attitude trop passive lors de récents contrôles, mais aussi suscité la crainte de certains de ses collègues d'être à leur tour enregistrés et le refus clairement exprimé par certains d'entre eux (principalement les juristes) de réaliser des missions avec elle.

14. Il suit de là que les difficultés persistantes rencontrées par Mme B, son manque d'implication dans l'exécution de son travail et son attitude passive et attentiste, lesquels ne relèvent pas de manquements à caractère disciplinaire, sont suffisamment établis par les pièces du dossier. La circonstance que lors de son premier contrôle, son chef de service ait lui-même souligné dans son formulaire de notification de sa fin de période d'essai que " collaborant efficacement avec ses collègues, elle avait a su rédiger les premiers comptes rendus techniques qui lui avaient été attribués et participé à ses premiers contrôles sur place " n'est pas de nature à faire obstacle à ce que son insuffisance professionnelle, constatée sur une période suffisamment longue, malgré ses périodes d'absence (du 1er janvier 2022 au 6 mars 2022 et du 3 juin 2022 au 1er juillet 2022, puis jusqu'en octobre 2022) puisse être relevée par la suite.

15. Il résulte de ce qui précède que c'est sans entacher sa décision d'erreur de fait, d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation que la présidente de la CNIL a pu prononcer le licenciement de Mme B pour insuffisance professionnelle.

16. En troisième lieu, Mme B soutient que la réelle motivation du licenciement dont elle fait l'objet a été de réprimer ses revendications (notamment en termes de télétravail, 3 jours de télétravail par semaine) et de couper court à la contestation qu'elle avait engagée à l'égard de plusieurs mesures la concernant. Il suffirait, pour s'en convaincre de retracer la chronologie des faits montrant l'acharnement dont ont fait preuve les autorités de la CNIL à son encontre.

17. Toutefois, il ne ressort ni de la chronologie des faits, la CNIL ne faisant que répondre aux courriers adressés par la requérante ni des pièces du dossier que la décision attaquée ait été prise pour des motifs autres que ceux relatifs aux compétences professionnelles de l'intéressée dont la CNIL a estimé, à raison, ainsi qu'il résulte du point 13, qu'elles n'étaient pas suffisantes. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en engageant la procédure de licenciement pour ce motif, la CNIL ait entendu sanctionner le comportement de Mme B. Et si la CNIL avait ouvert une procédure disciplinaire à l'encontre de Mme B le 6 octobre 2022 en raison de l'enregistrement par cette dernière, des propos tenus lors de son entretien le 23 mai 2022 avec son supérieur hiérarchique (l'adjoint du chef du service des contrôles ressources humaines), au moyen de son ordiphone, ce que Mme B a reconnu, cette procédure suspendue le 20 janvier 2023 apparaît sans rapport avec la procédure de licenciement engagée au motif de son insuffisance professionnelle. Dans ces conditions, la CNIL ne peut donc être regardée comme ayant fait usage de prérogatives dont elle dispose dans un but autre que celles en vue duquel ces prérogatives lui ont été confiées. Les moyens tirés du détournement de pouvoir et de procédure doivent être écartés.

18. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait fait l'objet d'une discrimination du fait de son état de santé et de son handicap, son état de santé ayant été pris en compte dès septembre 2021, à la suite de sa demande du 15 septembre et Mme B s'étant vu accorder 2 jours de télétravail par semaine (et non 1,5 jour de télétravail par semaine comme c'est la " règle " pour l'ensemble des agents de son service) conformément aux recommandations de la médecine du travail. D'autres mesures ont été mises en œuvre, Mme B ayant été dispensée de faire des contrôles dans Paris intra-muros dès le mois de mars 2022 à son retour de congé maladie, dans le respect des préconisations de la médecine du travail. Il a été tenu compte de sa qualité de travailleur handicapé reconnue le 5 juillet 2022 et en accord avec les préconisations de la médecine du travail Mme B s'est vu attribuer 3 jours de télétravail par semaine. Le harcèlement moral dont Mme B s'estime victime de la part de sa hiérarchie (son chef de service) ne repose sur aucun élément tangible, Mme B ayant d'ailleurs refusé de répondre aux enquêteurs sur ce point et ses propos ne sont pas étayés. Ses allégations sont d'ailleurs démenties par ses collègues, lesquels reconnaissent qu'elle est en situation réelle de souffrance mais estiment que ses accusations à l'encontre du chef de service sont dénuées de tout fondement et injustes. Pas plus qu'elle ne traduit l'existence d'une discrimination à son égard en raison de son état de santé ou de son handicap, la mesure de licenciement prononcée ne traduit l'existence d'une situation de harcèlement moral à son endroit de la part de son employeur. Ce sont ses insuffisances professionnelles telles qu'elles ont été décrites précédemment qui justifient son licenciement.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 21 février 2023 par laquelle la présidente de la CNIL a prononcé le licenciement de Mme B pour insuffisance professionnelle doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de la CNIL, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par la CNIL au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commission nationale de l'informatique et des libertés sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à la commission nationale de l'informatique et des libertés.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

Mme Kanté, première conseillère,

Mme Mornington, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La rapporteure,

C. KantéLe président,

J-P Ladreyt

La greffière,

V. Lagrède

La République mande et ordonne au premier ministre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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