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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310584

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310584

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310584
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKADOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, respectivement enregistrées les 11 et 12 mai 2023, M. C D et Mme E A, agissant tant en leur nom qu'en tant que représentant légal de leur enfant mineur, E F D, représentés par Me Kadoch, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de les admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, de les prendre effectivement en charge dans un hébergement d'urgence conforme aux articles L. 345-2-2 et L. 345-2-3 du code de l'action sociale et des familles et d'assurer leur accompagnement social, sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de l'ordonnance à intervenir;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à Me Kadoch, leur conseil, au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

Sur la condition de l'urgence :

- depuis le début de leur prise en charge, le 12 juillet 2022, soit dans la période de 10 mois précédant la présente requête, ils n'ont pu être hébergés par le 115 que 18 nuits, nonobstant leurs fréquents appels au 115 ; suivant leur hébergement du 8 au 10 mai, ils vivent de nouveau à la rue avec leur enfant de 8 mois ; leur enfant s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ; ils se trouvent dans une situation de détresse sociale au sens des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- la carence de l'administration à leur proposer un logement porte une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent notamment le droit à l'hébergement d'urgence, l'intérêt supérieur de l'enfant et le principe de dignité de la personne humaine, au droit de ne pas être soumis à un traitement inhumain et dégradant et au droit à une vie privée et familiale normale

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 12 mai 2023, le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, représenté par Me Falala, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la famille requérante, après avoir été hébergée au sein d'un gymnase par l'Etat à compter du 15 mars, a refusé une orientation en long séjour au sein du dispositif SAS de Strasbourg, le 12 avril dernier ; la sortie volontaire du dispositif d'hébergement d'urgence fait obstacle à ce qu'une carence caractérisée soit reprochée à l'Etat.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'action sociale et des familles,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme René-Louis-Arthur, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Kadoch, représentant M. D et Mme A ;

- les observations de Me Gorse, substituant Me Falala, représentant le préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. D et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. Aux termes de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 de ce code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation ".

4. Il appartient aux autorités de l'Etat, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du message électronique du 12 mai 2023 de la direction régionale et interdépartementale de l'hébergement produit en défense, que M. C D et Mme E A, de nationalité malienne, ainsi que leur fille âgée de 8 mois et qui a le statut de réfugiée, ont obtenu un hébergement par l'Etat dans le gymnase Cévennes, à Paris, le 15 mars 2023, et se sont vus proposés, le 12 avril suivant, une orientation en long séjour au sein du dispositif SAS de Strasbourg, à laquelle ils n'ont pas donné suite. Si ceux-ci font également valoir qu'ils ont obtenu un hébergement, suivant leurs appels au 115, du 15 au 17 avril 2023, puis du 8 au 10 mai 2023, cette dernière circonstance ne saurait constituer la preuve d'une carence caractérisée de l'Etat dans l'exercice de ses missions d'hébergement d'urgence. Dans ces conditions, nonobstant les imperfections quant aux conditions dans lesquelles ils ont pu, temporairement, et en urgence, être hébergés, et s'il est manifeste qu'ils se trouvent dans une situation précaire et très regrettable au regard de l'hébergement, les requérants ne sont pas fondés, à se prévaloir d'une carence caractérisée des services de l'Etat dans l'accomplissement de la mission d'hébergement d'urgence mise à leur charge par les dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles pour soutenir qu'une atteinte grave et manifestement illégale a été portée à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

Sur les conclusions présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : la requête de M. D et Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D et Mme E A, à Me Kadoch et au ministre de la santé et de la prévention.

Copies-en sera adressée au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris.

Fait à Paris, le 12 mai 2023.

Le juge des référés,

D. B

N°2310584/9

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