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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310742

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310742

lundi 22 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2023, M. D B alias A C, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 11 mai 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné, ainsi que l'arrêté du même jour portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre sous astreinte au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B alias C soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'insuffisance de motivation et n'ont pas été précédées d'un examen individuel de sa situation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est de nationalité française ;

- elle méconnait les articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 5 de la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur de droit et viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus d'octroi de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur de droit et méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de police a produit des pièces, enregistrées le 19 mai 2023.

Par un courrier du 19 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que M. D B, alias A C est de nationalité française.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hémery en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hémery ;

- les observations de Me Azaiez, avocat commis d'office représentant M. B alias C,

- et les observations de Me Camus, avocat représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux arrêtés du 11 mai 2023, le préfet de police a fait obligation à M. B, alias C de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Par un courrier du 19 mai 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que le requérant est de nationalité française. Il ressort en effet des pièces du dossier que le requérant est titulaire d'une carte nationale d'identité française au nom de M. D B, né le 4 juillet 1981 à Bonn, ainsi que d'un certificat de nationalité française établi par le consulat de France à Lomé le 31 janvier 1997. Le requérant produit également la déclaration de perte de sa carte nationale d'identité datée du 3 mai 2023, soit antérieurement à son interpellation, qui comporte une signature identique à celle figurant sur la copie de sa carte nationale d'identité. Enfin, il ressort du rapport d'identification dactyloscopique relatif au requérant, produit par le préfet en défense, que l'intéressé a été signalisé le 20 avril 2021 sous l'identité de M. D B, né le 4 juillet 1981. Le préfet de police, qui n'a pas produit d'observations après réception de la lettre du tribunal, n'a pas contesté cette nationalité, ni l'authenticité des documents produits. Il en résulte que le préfet de police ne pouvait, sans méconnaître le champ d'application de la loi, prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai et fixer le pays de destination, ni, par voie de conséquence, lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. Dès lors, les arrêtés attaqués ne peuvent qu'être annulés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. M. B, alias C qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : L'arrêté en date du 11 mai 2023 par lequel le préfet de police a obligé M. B, alias M. C à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B alias C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, alias A C et au préfet de police.

Jugement lu en audience publique le 22 mai 2023.

Le magistrat désigné,

D. HEMERYLa greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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