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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2310872

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2310872

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2310872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 avril 2023, enregistrée le 12 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris, la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Paris la requête présentée par M. C A.

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles et un mémoire enregistré le 24 mai 2023, M. C A, représenté par Me Ndinga, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 20 avril 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité du refus d'octroi de délai de départ volontaire.

Le préfet de l'Essonne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Hémery en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hémery ;

- les observations de Me Touchot, avocat commis d'office, représentant M. A, assisté de M. B, interprète en langue arabe,

- le préfet de l'Essonne n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 13 avril 1990, a fait l'objet le 20 avril 2023 d'un arrêté par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". M. A a été assisté par un conseil commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ni de désigner un avocat à ce titre.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6 M. A fait valoir qu'il vit en France depuis 2011 et qu'il est père d'une enfant de nationalité française née le 8 juin 2018 qui vit avec sa mère. Si M. A produit une attestation de son ex-compagne indiquant qu'il entretient des liens avec sa fille et des factures d'achat de produits pour enfant, il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné le 1er août 2018 par le tribunal correctionnel d'Evry à deux mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances, et qu'il est très défavorablement connu des services de police, dès lors qu'il a fait l'objet de 17 signalements depuis 2014, à savoir, le 18 avril 2023 pour violences volontaires par ex-conjoint et harcèlement par ex-conjoint, le 27 décembre 2021 pour usage de stupéfiants, le 6 juin 2021 pour violence sans incapacité sur une victime pour l'influencer ou par représailles, le 18 mai 2021 pour port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, le 27 août 2020 pour vol à la roulotte, le 6 août 2020 pour détention non autorisée de stupéfiants, le 26 août 2018 pour usage illicite de stupéfiants, transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, le 8 juillet 2018 pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le 22 mai 2018 pour détention non autorisée de stupéfiants, le 12 décembre 2016 pour trafic et revente sans usage de stupéfiants, le 19 avril 2016 pour détention de produits stupéfiants, le 24 avril 2016 pour violences conjugales, le 18 août 2015 pour violences avec arme, le 18 juin 2015 pour violences conjugales, le 3 mai 2015 pour violences volontaires aggravées, le 24 août 2014 pour vol et détention de produits stupéfiants et le 23 août 2014 pour cambriolages de lieux d'habitation principale. Ces faits, constituent, par leur nature et leur caractère récurrent, une menace pour l'ordre public et en ce qui concerne en particulier les violences conjugales, sont de nature à affecter la cellule familiale et notamment l'enfant et mettent en exergue la difficulté pour M. A à percevoir les besoins de l'enfant et à appréhender ses responsabilités paternelles. Enfin, le requérant ne conteste pas, par ailleurs, s'être soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire, sans délai, prise par le préfet de l'Essonne le 8 juillet 2018 et notifiée à l'intéressé le même jour. Dans ces conditions le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être rejeté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. Le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

9. Le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de la décision refusant un délai de départ volontaire doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 24 mai 2023.

Le magistrat désigné,

D. HEMERYLa greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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