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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2312067

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2312067

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2312067
TypeDécision
Formation2e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023, M. B A, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure, Mme C A, représenté par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 9 mai 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Paris a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Paris de rétablir rétroactivement ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Paris une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation révélant le défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-15 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que sa fille ne pouvait pas se présenter à l'hébergement proposé du fait de son état de santé ;

- elle méconnaît l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant en ce qu'elle la place dans un état d'extrême vulnérabilité.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une décision du 12 juin 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Arnaud, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'enfant C A, ressortissante ivoirienne née le 18 mars 2023, a fait l'objet le 9 mai 2023 d'une décision du directeur territorial de l'OFII portant refus d'attribution du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, en application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a contesté cette décision, par l'intermédiaire de son avocat, par un recours administratif du 25 mai 2023. Le silence gardé par l'OFII sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet qui s'est substituée à la décision du 9 mai 2023. M. A, agissant en qualité de représentant légal de sa fille mineure, doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet du recours administratif formé le 25 mai 2023.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Par une décision du 12 juin 2023, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur sa demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, une décision implicite étant réputée prise par l'autorité qui en est saisie, la décision contestée est réputée avoir été prise par le directeur de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". En outre, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. M. A n'établit ni n'allègue avoir sollicité auprès de l'OFII la communication des motifs de la décision implicite dont il demande l'annulation. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; () ". Aux termes de l'article L. 552-8 du même code : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. / Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ".

7. Il ressort des pièces du dossier que la mère de la jeune C A a refusé, pour sa fille, l'hébergement qui lui a été proposé par l'OFII à Miramas, l'orientation proposée par l'OFII et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le 9 mai 2023. Si le requérant fait valoir que sa fille présente depuis sa naissance d'importants problèmes de santé pour lesquels elle est suivie dans plusieurs hôpitaux d'Ile-de-France, ce dont il justifie en produisant des comptes-rendus d'hospitalisation, il ne produit aucune pièce de nature à établir que son suivi ne pourrait pas être assuré dans un hôpital situé à proximité du site d'hébergement proposé par l'OFII et accessible en transports en commun depuis cet hébergement. Dans ces conditions, l'intéressée doit être regardée comme ayant refusé l'offre d'hébergement proposée par l'OFII pour un motif non légitime et se trouvait, dès lors, dans l'un des cas dans lesquels l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut refuser les conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile en application des dispositions précitées.

8. En dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Le requérant n'établit pas, en se bornant à se prévaloir de l'âge de la jeune C A et en soutenant que la décision attaquée placerait sa famille dans une situation d'extrême vulnérabilité, que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Scalbert et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fouassier, président,

Mme de Mecquenem, première conseillère,

Mme Arnaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La rapporteure,

B. ARNAUD

Le président,

C. FOUASSIERLa greffière,

C. EL HOUSSINE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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