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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2312090

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2312090

mardi 27 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2312090
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantGOUJON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023, M. C D B, représenté par Me Goujon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une attestation de demandeur de titre de séjour et de rétablir le versement des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une attestation de demandeur de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros, à verser à Me Goujon, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'Etat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet ne justifie pas que le signataire de l'acte disposait d'une délégation de signature ;

- sa demande est toujours pendante devant la cour nationale du droit d'asile et la décision méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article

L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête de M. B.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le 13 juin 2023, tenue en présence de Mme Ramphort, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Merino ;

- et les observations de Me Goujon, représentant M. B qui déclare renoncer, dans le cadre de la présente instance, à ses conclusions tendant à la délivrance d'une attestation de demande de titre de séjour et au rétablissement du versement des conditions matérielles d'accueil.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 16 avril 1999, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 décembre 2022, notifiée le 6 janvier 2023. Le 19 janvier 2023, M. B a introduit une demande d'aide juridictionnelle auprès de la Cour nationale du droit d'asile pour former son recours à l'encontre de cette décision. Par un arrêté du 26 avril 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé à trente jours son délai de départ volontaire et a fixé son pays de renvoi d'office passé ce délai. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L.741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile, se présente en personne à l'autorité administrative compétente () Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". Aux termes de l'article L.743-1 du même code : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent ". Pour l'application de ces dispositions, l'article R.741-4 du même code dispose que : " Après qu'il a satisfait aux obligations prévues à l'article R. 741-3, si l'examen de la demande relève de la compétence de la France et sans préjudice des dispositions de l'article R. 741-6, l'étranger est mis en possession de l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 741-1. Cette attestation ne permet pas de circuler librement dans les autres Etats membres de l'Union européenne () ". Par ailleurs, l'article R.743-1 du même code précise que : " L'attestation de demande d'asile est renouvelée jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article L. 743-1 () ". Enfin, aux termes de l'article L.731-2 de ce code : " La Cour nationale du droit d'asile statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises en application des articles L. 711-1 à L. 711-4, L. 711-6, L. 712-1 à L. 712-3, L. 713-1 à L. 713-4, L. 723-1 à L. 723-8, L. 723-11, L. 723-15 et L. 723-16. A peine d'irrecevabilité, ces recours doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 713-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La qualité de réfugié est reconnue et le bénéfice de la protection subsidiaire est accordé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (). Ils peuvent également l'être par la Cour nationale du droit d'asile () ". Aux termes de l'article L.721-2 du même code : " L'office reconnaît la qualité de réfugié ou accorde le bénéfice de la protection subsidiaire aux personnes remplissant les conditions mentionnées au titre Ier du présent livre () ". Aux termes de l'article L. 723-8 du même code : " L'office notifie par écrit sa décision au demandeur d'asile, par tout moyen garantissant la confidentialité et sa réception personnelle par le demandeur. Toute décision de rejet est motivée en fait et en droit et précise les voies et délais de recours. Aucune décision ne peut naître du silence gardé par l'office ". Enfin, l'article R.723-19 du même code dispose que : " I.- La décision du directeur général de l'office est notifiée à l'intéressé par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. () III.- La date de notification de la décision de l'office () qui figure dans le système d'information de l'office et est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques fait foi jusqu'à preuve du contraire () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déposé une demande d'asile en France et que, par une décision du 9 décembre 2022 notifiée le 6 janvier 2023, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a introduit, dans le délai de recours contentieux d'un mois, une demande d'aide juridictionnelle auprès de la Cour nationale du droit d'asile pour introduire son recours à l'encontre de cette décision. L'ensemble de ces documents, qui ne sont pas contestés par le préfet, contredit les mentions de l'application de Telemofpra, qui ne peuvent donc plus faire foi. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à soutenir qu'il bénéficiait encore du droit de se maintenir sur le territoire à la date de l'arrêté attaqué et à demander l'annulation de ce dernier, dans toutes ses dispositions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de police réexamine la situation de M. B dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement, et le munissant dans l'attente, d'une attestation de demandeur d'asile, sans qu'il soit besoin de prononcer une astreinte.

7. M. B a été admis à l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Goujon, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Goujon de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 26 avril 2023, par lequel le préfet de police a obligé M. B à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement en le munissant dans l'attente d'une attestation de demandeur d'asile.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Goujon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Goujon, conseil de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D B, à Me Goujon et au Préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.

La magistrate désignée,

M. MERINO

La greffière,

A. RAMPHORT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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