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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2313471

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2313471

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2313471
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2023, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure, le principe du contradictoire ayant été méconnu ;

- il est entaché d'un vice de procédure, son droit à l'information ayant été méconnu ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui a produit des pièces, enregistrées le 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative

Le président du Tribunal a désigné M. Lautard-Mattioli en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lautard-Mattioli,

- les observations de Me Chouki, avocat commis d'office, représentant M. A, qui fait notamment valoir à l'audience l'absence de motifs objectifs au maintien en rétention, au regard de la demande d'asile formée par l'intéressé ainsi que les craintes de celui-ci en cas de retour dans son pays d'origine, où il serait menacé par les réseaux de passeurs lui ayant permis de rejoindre la France ;

- les observations de Me Vo, avocate du préfet de police, qui conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés, dès lors notamment qu'il existe un faisceau d'indice permettant de conclure au caractère dilatoire de la demande d'asile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tanzanien, né le 17 mai 1999, retenu au centre de rétention administrative depuis le 3 juin 2023, demande l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles il a été pris et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles il est fondé. Si cette décision ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de M. A, elle lui permet de comprendre les motifs du maintien en rétention qui lui est imposé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant a sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il a été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté attaqué. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

4. En troisième lieu, le moyen tiré de l'absence de remise de l'ensemble des informations sur la demande d'asile, qui se rattache à la procédure d'asile, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision de maintien en rétention administrative. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le préfet de police a fourni ces informations à l'intéressé en français, langue qu'il a déclaré comprendre.

5. En quatirème lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. " et aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

7. Il est constant que M. A est entrée en France en 2012 et qu'il n'a pas déposé de demande d'asile en France depuis cette date. En outre, avant d'être informé de la possibilité de déposer une telle demande, il n'a nullement fait état auprès des fonctionnaires de police ayant procédé à son audition ou des services du préfet de police de quelconques craintes en cas de retour dans son pays d'origine. S'il soutient qu'il aurait reçu conseil de la part des personnes qui l'accompagnait au titre de l'aide sociale à l'enfance de ne pas déposer une demande d'asile à sa majorité et de présenter une demande de titre de séjour, il ne produit aucun élément permettant de contredire les termes de l'arrêté attaqué selon lesquels il n'a pas non déposé une telle demande. Enfin, s'il soutient à l'audience craindre pour sa vie en raison de représailles des passeurs qu'il aurait dénoncés aux autorités compétentes, il n'assortit cette allégation d'aucun pièce permettant d'en établir la véracité. En tout état de cause, il ne justifie ni même n'allègue faire l'objet de risques de mauvais traitement ou de persécutions de la part des autorités tanzaniennes. Eu égard à ces éléments, le préfet de police a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que sa demande d'asile de M. A, introduite le 7 juin 2023, soit après son placement en rétention le 2 juin de la même année, était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2023. Par suite, sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 23 juin 2023.

Le magistrat désigné,

B. Lautard-Mattioli Le greffier,

R. Drai

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2313471/8

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