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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2314148

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2314148

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2314148
TypeDécision
PublicationD
Formation5e Section - 3e Chambre
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mai 2023 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou d'enjoindre à la même autorité de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas démontré que le signataire de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet de police s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il n'est pas démontré que le collège de médecins s'est prononcé effectivement sur la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- il n'est pas établi que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins ;

- il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins comporte les noms et les signatures des trois médecins composant le collège ;

- cette décision méconnaît l'article L. 432-13 ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la pathologie dont elle est atteinte nécessite un traitement médicamenteux indisponible en Guinée ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- il n'est pas démontré que le signataire de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- cette décision méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il n'est pas démontré que le signataire de l'arrêté attaqué disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2023, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 27 juin 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Sueur, greffière d'audience :

- le rapport de M. Gandolfi,

- et les observations de Me Casagrande, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 13 octobre 1970, est entrée en France, selon ses déclarations, en 2012. Titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle qui lui a été délivrée le 22 janvier 2020 et valable jusqu'au 21 janvier 2022, et d'une carte de séjour temporaire délivrée le 5 avril 2022 et valable jusqu'au 4 janvier 2023, elle a sollicité auprès des services de la préfecture de police le renouvellement de ce titre. Par un arrêté du 12 mai 2023 le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 dispose que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement () ".

3. En vertu de ces dispositions, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 auquel renvoi l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération de l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

4. En l'espèce, les pièces des dossiers permettent au juge administratif d'apprécier l'état de santé de Mme A sans que soit lever le secret relatif aux informations médicales la concernant, levée qui, au demeurant, n'a pas été explicitement sollicitée par la requérante.

5. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A, le préfet de police s'est notamment fondé sur l'avis du 27 avril 2023 du collège de médecins de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pourrait bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine et que son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'un syndrome de Gougerot-Sjögren primaire avec atteintes articulaires et neurologiques périphériques, maladie auto-immune nécessitant la prise de méthotrexate et d'hydroxychloroquine et pour laquelle elle bénéficie d'un suivi médical au service de rhumatologie de l'hôpital Saint-Antoine depuis le mois d'octobre 2017 et qui a justifié que lui soient délivrés une carte de séjour pluriannuelle le 22 janvier 2020 et un titre de séjour temporaire le 5 avril 2022. D'une part, et alors que le préfet de police a estimé que, à la date de l'arrêté attaqué, l'état de santé de Mme A nécessitait toujours une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier et il n'est nullement démontré que, depuis le 5 avril 2022, le système de santé Guinéen aurait pu évoluer de manière à permettre à la requérante d'y bénéficier de soins appropriés à sa pathologie. D'autre part, et en tout état de cause, Mme A produit un certificat médical daté du 24 mai 2023 établi par un praticien hospitalier de l'hôpital Saint-Antoine postérieurement à la date de l'arrêté attaqué mais révélant nécessairement un état antérieur que, eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé de la Guinée, elle ne peut y bénéficier d'un traitement approprié. Enfin, s'il est constant que le méthotrexate est disponible en Guinée, l'hydroxychloroquine, référencée par la liste nationale guinéenne des médicaments essentiels comme un médicament pour des maladies qui nécessitent des moyens de diagnostic et de surveillance spécifiques et / ou des soins spécialisés et /ou une formation spécialisée et présentant un coût élevé, ne figure pas dans la liste des médicaments commercialisés par la pharmacie centrale de Guinée, ni sous son nom commercial " plaquenil " ni sous une autre dénomination. Il suit de là qu'en refusant de renouveler le titre de séjour dont bénéficiait Mme A, le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête de Mme A, que l'arrêté du préfet de police du 12 mai 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. L'annulation de l'arrêté attaqué, eu égard aux motifs du présent jugement, implique nécessairement la délivrance à Mme A d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, en conséquence, d'enjoindre au préfet de police ou au préfet territorialement compétent de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Scalbert une somme de 1 000 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de police du 12 mai 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Scalbert, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de police et à Me Scalbert.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Ladreyt, président,

M. Gandolfi, premier conseiller,

Mme Leravat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 septembre 2023.

Le rapporteur,

G. Gandolfi

Le président,

J-P. Ladreyt

La greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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