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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2315204

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2315204

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2315204
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantFOURNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 juin et 18 septembre 2023, Mme C, représentée par Me Fournier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros hors taxe, à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat lui verser cette somme.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait son droit d'être entendue ;

- la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de l'arrêt de la Cour nationale du droit d'asile la concernant n'est pas établie, si bien que la décision d'éloignement méconnait le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 33 de la convention de Genève.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2023, le préfet de police, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 juillet 2023, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Thulard en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thulard,

- les observations de Me Fournier, représentant Mme B,

- et les observations de Mme B, assistée d'un interprète en géorgien.

La clôture de l'instruction a été prononcée après observations des parties.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante géorgienne née le 8 juillet 1987 à Kutaisi, entrée en France le 24 septembre 2020 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Après le rejet de sa demande d'asile, elle en a sollicité le réexamen. Par une décision du 7 septembre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a estimé sa demande de réexamen irrecevable. Par une ordonnance du 7 mars 2023, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé la légalité de cette décision. L'intéressée a présenté une nouvelle demande de réexamen auprès de l'OFPRA le 3 mai 2023, demande qui a été rejetée comme irrecevable le 11 mai 2023 par l'Office. Par un arrêté du 16 juin 2023, dont Mme B demande l'annulation par la présente requête, le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale

le 26 juillet 2023.

3. Il en résulte qu'il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est la mère de trois enfants mineurs, à savoir Davit Kheladze né le 5 août 2006, Ionna Tsomaia née le 17 avril 2014 et Eva Maria B née le 4 octobre 2022. Il n'est pas contesté qu'elle participe à leur entretien et à leur éducation. A la date du 16 juin 2023, ces trois mineurs résidaient régulièrement en France sous couvert d'attestation de demande d'asile en cours de validité, l'OFPRA n'ayant pas encore rendu de décision sur les demandes d'asile qu'ils avaient déposé en leurs noms. Dans ces conditions, en obligeant Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, alors que l'exécution de cette mesure obligerait ses enfants mineurs à demeurer sur le territoire français sans leur mère ou à quitter le territoire français avec elle sans que leurs demandes d'asile n'aient pu être examinées, le préfet de police a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander au tribunal d'annuler la décision par laquelle le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence, ses décisions lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant son pays de destination.

Sur les frais de l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de

l'article L. 761 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du juillet 1991 susvisée, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Fournier d'une somme de 1 200 euros, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme B tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 16 juin 2023 par lequel le préfet de police a obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination est annulé.

Article 3 : L'Etat versera à Me Fournier la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Fournier et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

V. Thulard

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2315204/6-

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