vendredi 17 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2315481 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 6e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LOIRE, HENOCHSBERG (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er juillet 2023 et le 21 novembre 2023, M. B D, représenté par Me Loiré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 du préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris prescrivant les mesures pour mettre fin au danger ponctuel et imminent pour la santé publique constaté dans le logement situé bâtiment A, 5e étage porte droite (lot de copropriété n°10) et dans les parties communes du 3e au 5e étage de l'immeuble sis 1, boulevard de Bonne Nouvelle 75002 Paris ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'un vice de procédure faute d'établissement préalable d'un rapport conformément à l'article L. 511-8 du code de la construction et de l'habitation ;
- il n'existait aucun danger justifiant son adoption.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun de ses moyens n'est fondé.
La clôture de l'instruction est intervenue le 6 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 3 octobre 2023.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le décret n° 2023-695 du 29 juillet 2023 ;
- l'arrêté du 20 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rezard, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Pestka, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D est propriétaire d'un appartement au 5e étage, porte droite, dans le bâtiment A de l'immeuble situé au 1, boulevard de Bonne nouvelle, dans le 2e arrondissement de Paris. Par un arrêté du 5 juin 2023, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, a pris un arrêté prescrivant des mesures pour mettre fin au danger imminent pour la santé publique constaté dans son logement ainsi que dans les parties communes du 3e et du 5e étage et lui a fait injonction, dans un délai de 15 jours, d'y remédier en effectuant une liste de mesures qu'il énumère, à peine d'exécution d'office de ces mesures. M. D en demande l'annulation.
2. En premier lieu, par un arrêté du 16 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la région d'Île-de-France, préfecture de Paris, n° 75-2023-041 du 16 janvier 2023, le préfet a donné délégation à M. C A, directeur de la délégation départementale de Paris de l'agence régionale de santé Île-de-France et signataire de la décision attaquée, à effet de signer les décisions portant " injonction d'exécution immédiate en cas d'urgence, notamment de danger ponctuel imminent pour la santé publique, des mesures prescrites par les règles d'hygiène ". Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation : " En cas de danger imminent, manifeste ou constaté par le rapport mentionné à l'article L. 511-8 (), l'autorité compétente ordonne par arrêté () les mesures indispensables pour faire cesser ce danger () ". Si le requérant soutient que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure faute d'établissement du rapport mentionné à l'article L. 511-8 du même code, cette circonstance est, en tout état de cause, sans incidence dès lors que le danger présentait, pour les motifs exposés au point 5, un caractère manifeste au sens des dispositions précitées de l'article L. 511-19. Par suite, le moyen doit être écarté comme étant inopérant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique : " En cas d'urgence, notamment de danger ponctuel imminent pour la santé publique, le représentant de l'Etat dans le département peut ordonner l'exécution immédiate, tous droits réservés, des mesures prescrites par les règles d'hygiène prévues au présent chapitre. / Lorsque les mesures ordonnées ont pour objet d'assurer le respect des règles d'hygiène en matière d'habitat et faute d'exécution par la personne qui y est tenue, le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou à défaut le représentant de l'Etat dans le département y procède d'office aux frais de celle-ci () ". Aux termes de l'article L. 1311-1 du même code : " Sans préjudice de l'application de législations spéciales et des pouvoirs reconnus aux autorités locales, des décrets en Conseil d'Etat () fixent les règles générales d'hygiène et toutes autres mesures propres à préserver la santé de l'homme () " Aux termes de l'article L. 1311-2 du code : " Les décrets mentionnés à l'article L. 1311-1 peuvent être complétés par des arrêtés du représentant de l'Etat dans le département () ayant pour objet d'édicter des dispositions particulières en vue d'assurer la protection de la santé publique dans le département () ". Pour l'application de ces dispositions, les articles 23, 51, 52, 119 et 121 de l'arrêté du 20 novembre 1979 portant règlement sanitaire du département de Paris fixaient, à la date d'adoption de la décision attaquée, qui est antérieure à l'entrée en vigueur du décret du 29 juillet 2023, les prescriptions à respecter concernant les logements et les parties communes, les installations d'électricité et de gaz et la lutte contre les rongeurs et insectes.
5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est motivée par le fait qu'ont été constatées, à l'occasion de visites effectuées les 4 et 22 mai 2023, la présence, dans les parties communes, de fils électriques non protégés au 5e étage et d'encombrements d'objets divers, notamment en métal ou en plastique, aux 4e et 5e étages de l'immeuble du requérant et dans les escaliers compris entre le 3e et le 4e étage et entre le 4e et le 5e étage, ainsi que l'obstruction de la porte de son logement et de ses fenêtres. Le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, justifie la réalité de ces allégations, par la production du rapport établi le 5 juin 2023, jour d'adoption de la décision attaquée, comprenant les photographies effectuées par ses agents au cours de leurs visites. Si le requérant soutient qu'il avait remédié à cet état de fait entre la date de ces visites et celle de la décision attaquée, il ressort au contraire du compte-rendu d'inexécution des mesures prescrites par la décision attaquée, établi postérieurement à celle-ci, le 6 juillet 2023, mais de nature à renseigner sur la situation de fait à la date de son adoption, que ces encombrements persistaient. Ceux-ci étaient par ailleurs de nature à représenter un risque d'incendie, en particulier les objets en matière plastique comme les pneus de vélo, et à entraver l'accès aux secours ainsi qu'à favoriser la prolifération d'insectes ou de rongeurs. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ou d'appréciation quant à la réalité du danger ayant justifié son adoption. Ce moyen doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. D doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que celles qu'il a présentées pour le compte de son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.
Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.
Délibéré après l'audience du 20 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente,
Mme de Schotten, première conseillère,
M. Rezard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.
Le rapporteur,
A. Rezard
La présidente,
K. Weidenfeld
Le greffier,
A. Lemieux
La République mande et ordonne au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
2/6-1
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411510
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27/03/2026
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20/03/2026