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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2315932

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2315932

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2315932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2023, M. B A, retenu au sein du centre de rétention administrative de Paris-Vincennes 2B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de police l'a maintenu en rétention administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pu bénéficier de l'assistance d'un interprète en langue somali lors de la notification de l'arrêté contesté ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il a été pris en violation de son droit d'être entendu, l'audition ayant précédé l'édiction d'une mesure d'éloignement et son placement en rétention n'ayant pas porté sur ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il méconnaît l'article 12 de la directive n°2013/3/UE, l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 4 du règlement n°604/2013 dès lors qu'il n'a pas été informé de la procédure de demande d'asile applicable ;

- il méconnaît l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a déposé sa demande d'asile en rétention en raison de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine et non pour faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Madé,

- les observations de Me Raveendran, avocat commis d'office, représentant M. A, lui-même assisté d'un interprète en langue somali, qui a fait valoir à l'audience que la décision de rejet de la demande d'asile prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) n'avait pas été communiquée au requérant ni davantage le compte rendu de l'entretien devant l'OPFRA et que la décision contestée méconnaissait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- et les observations de Me Vo, représentant le préfet de police.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant somalien né le 22 avril 1996, entré en France en 2017 selon ses déclarations, a fait l'objet d'un arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de police a décidé de le maintenir en rétention administrative pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, les conditions dans lesquelles l'arrêté en litige a été notifié au requérant sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pu bénéficier de l'assistance d'un interprète en langue somali à l'occasion de la notification de l'arrêté contesté doit être écarté comme inopérant.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que M. A, arrivé en France en 2017 selon ses déclarations s'y maintient irrégulièrement, qu'il n'a entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d'asile ou tendant à régulariser sa situation administrative, qu'il s'est soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français du 5 avril 2023, qu'il n'a présenté une demande d'asile qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement et que, compte tenu des circonstances de l'espèce, sa demande d'asile présentée postérieurement à son placement en rétention administrative doit être considérée comme dilatoire. Ainsi, l'arrêté en litige comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre la décision contestée.

5. En quatrième lieu, M. A invoque l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et allègue que, en l'absence d'audition portant spécifiquement sur ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, la décision de maintien en rétention a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en violation du respect du principe du contradictoire dans la procédure préalable. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, M. A ne peut utilement faire valoir que son droit d'être entendu a été méconnu alors que la décision de maintien en rétention n'a pas pour objet de l'éloigner vers son pays d'origine. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, il aurait été empêché, depuis son placement en rétention le 1er juillet 2023, ou depuis l'expression, le 5 juillet 2023, de son intention de demander l'asile, d'émettre toutes observations utiles relatives à son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu tel qu'il est énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile est informé, sans délai, de la procédure de demande d'asile, de ses droits et de ses obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ces obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. Cette information lui est communiquée dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend.". Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013, " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () ". Aux termes de l'article 12 de la directive n°2013/32/UE, " Les Etats membres veillent à ce que tous les demandeurs d'asile bénéficient des garanties suivantes : a) ils sont informés, dans une langue qu'ils comprennent ou dont il est raisonnable de supposer qu'ils la comprennent, de la procédure à suivre et de leurs droits et obligations au cours de la procédure ainsi que des conséquences que pourrait avoir le non-respect de leurs obligations ou le refus de coopérer avec les autorités. ".

7. M. A soutient qu'il ne s'est pas vu remettre d'informations relatives à la procédure de demande d'asile. Toutefois, la méconnaissance, à la supposer établie, de la procédure relative à la demande d'asile d'un étranger placé en rétention administrative est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée portant maintien en rétention. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions mentionnées ci-dessus ne peut qu'être écarté.

8. En sixième lieu, si M. A soutient que ni la décision de l'OFPRA portant rejet de sa demande d'asile ni le compte rendu de l'entretien devant l'OFPRA ne lui ont été communiqués, de telles circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision de maintien en rétention contestée.

9. En septième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. "

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a déposé de demande d'asile que le 5 juillet 2023, après avoir fait l'objet d'un placement en centre de rétention administrative en vue de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 5 avril 2023 à laquelle il s'était soustrait. En outre, lors de son audition du 29 juin 2023 par les services de police, M. A a indiqué séjourner de manière irrégulière sur le territoire français depuis 2017 et n'avoir entrepris aucune démarche pour régulariser sa situation administrative. Dans ces conditions, le préfet de police, qui ne s'est pas fondé uniquement sur la circonstance que la demande d'asile avait été présentée postérieurement au placement en rétention, a pu à bon droit, et sans commettre une erreur d'appréciation au vu de ces données objectives, estimer que cette demande avait été présentée par l'intéressé dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement, et décider en conséquence de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

11. En dernier lieu, si M. A fait état des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, ce moyen est inopérant à l'encontre d'une décision de maintien en rétention, laquelle n'a ni pour objet, ni pour effet, de contraindre l'intéressé à retourner dans son pays d'origine, mais seulement de le maintenir en rétention le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu en audience publique le 20 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. MADÉ

Le greffier,

R. DRAI

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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