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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316117

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316117

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2023, et un mémoire enregistré le 20 juillet 2023, M. A B, retenu au centre de rétention administrative de Paris-Vincennes 2A, demande au tribunal :

1°) d'annuler la l'arrêté du 8 juillet 2023 du préfet de police prononçant la caducité du droit au séjour de M. B, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°).de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la caducité de son droit au séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ; il ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société alors que les faits reprochés n'ont fait l'objet d'aucune décision pénale le condamnant ; le préfet ne donne aucun élément afférant à la situation de charge déraisonnable pour le système social français ; il n'est pas fait état de sa situation de concubinage et de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît son droit à la libre circulation tel qu'il découle de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est dépourvue de base légale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de retour est dépourvue de base légale ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale eu égard aux dispositions des articles L. 251-1 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 20 juillet 2023, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Kanté en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juillet 2023 :

- le rapport de Mme Kanté ;

- les observations de Me Lapierre, avocat commis d'office, représentant M. B, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'il développe ;

- et les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant roumain né le 20 mai 2001, est entré pour la première fois en France en 2015, selon ses allégations. Par un arrêté du 8 juillet 2023, le préfet de police a prononcé la caducité de son droit au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il serait renvoyé et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2023.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elles ont été prises et indiquent également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles elles sont fondées. Si ces décisions ne mentionnent pas tous les éléments caractérisant la situation de M. B, elles lui permettent de comprendre les motifs de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de destination et de l'interdiction de circulation qui lui sont imposées. Le moyen tiré du défaut de motivation doit dès lors être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si M. B qui déclare être arrivé pour la première fois en France en 2015, en compagnie de ses parents et de ses frères et sœurs, et la dernière fois, il y a plus de quatre mois, soutient vivre avec sa compagne enceinte de six mois chez la mère de celle-ci Porte-de-Choisy dans le 13ème arrondissement de Paris, il ne produit aucune pièce permettant d'établir la réalité de ses allégations. Sans ressources et sans profession, défavorablement connu des services de police, rien ne fait dès lors obstacle à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale, en Roumanie où peut l'y rejoindre sa compagne de même nationalité que lui et dont la régularité au séjour en France n'est pas démontrée et où sont repartis ses parents il y a un mois selon ses déclarations. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; ". Et aux termes de l'article L. 251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ".

6. Les dispositions citées au point précédent doivent être interprétées à la lumière des objectifs de la directive 2004/38 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relatif au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres du 29 avril 2004, notamment de ses articles 27 et 28. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B arrivé pour la dernière fois en France il y a plus de quatre mois, ne justifie d'aucune ressource et pas davantage d'une assurance maladie personnelle en France ou dans son pays d'origine, que son comportement a été signalé par les services de police le 7 juillet 2023 pour vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et vol à la roulotte. Par ailleurs, il a été inscrit au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivies d'une incapacité n'excédant pas huit jours le 3 février 2018, de viol commis sur un mineur de plus de 15 ans le 1er décembre 2018 et de vol avec destruction et dégradation le 3 octobre 2020. Au vu de leur récurrence ou de leur gravité, ces faits constituent une menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. M. B qui ne justifiait ainsi plus d'aucun droit au séjour, entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le préfet de police n'a pas commis d'erreur d'appréciation et d'erreur de droit en estimant que la présence en France de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour la sécurité publique, qui justifiait l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des dispositions citées au point 5. Les moyens tirés de la violation de l'article 27 de la directive 2004/38 du 29 avril 2004 et des dispositions du 1° et du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

8. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

10. Il n'est pas contesté que M. B s'est rendu coupable de faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et vol à la roulotte et qu'il est connu au fichier automatisé des empreintes digitales notamment pour des faits de dégradation ou détérioration et de violence aggravée. Dans ces conditions, le préfet de police pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées, considérer qu'il y avait urgence à éloigner le requérant du territoire national et le priver du délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

12. En premier lieu, le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français sur le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à l'examen de la situation personnelle de M. B avant de prendre la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". En vertu de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ". Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 dispose que : " L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

15. En l'espèce, le préfet de police a assorti l'obligation de quitter le territoire français d'une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois. Cette décision est motivée, contrairement à ce que soutient le requérant, par la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française représentée par le comportement de M. B, lequel, ainsi qu'il a été dit précédemment, est établi. S'il se prévaut du droit à la libre circulation des citoyens européens, le requérant ne conteste pas que ce droit peut connaître des restrictions, notamment lorsque le comportement de l'intéressé représente une menace pour un intérêt fondamental de la société. Dès lors, les moyens tirés de la violation du droit à la libre circulation et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2023. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Lu en audience publique le 21 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. Kanté La greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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