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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2316180

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2316180

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2316180
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 21 juillet 2023, M. E A, retenu au CRA n°1 de Paris-Vincennes, représenté par Me Schmid demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2023 du préfet de police portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination et l'arrêté du même jour lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation, dans le délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un vice de compétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de police, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 20 juillet 2023, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 juillet 2023 :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Schmid, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir, en outre, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est erronée et disproportionnée ;

- les observations de Me Schwilden, représentant le préfet de police qui conclut au rejet de la requête ;

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant sud-africain né le 25 février 1962, est entré en France, selon ses déclarations, dans les années 1980. Par un arrêté du 8 juillet 2023, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et, par un arrêté du même jour, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. M. A demande l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à M. C D, attaché d'administration de l'Etat, placé sous l'autorité de la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autres délégataires sans qu'il ressorte des pièces du dossier que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux terme de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans ; ".

6. M. A, entré en France dans les années 80, selon ses déclarations, fait valoir qu'il compte 43 ans de présence en France dont plus de 23 ans de présence régulière, et qu'il ne pouvait, eu égard aux dispositions précitées, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. S'il est constant que M. A a résidé régulièrement en France à partir de 1994, sous couvert, notamment, d'une carte de résident valable du 3 novembre 1997 au

2 novembre 2007, renouvelée du 17 juillet 2007 au 16 juillet 2017 en sa qualité de parent d'enfant français, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est en situation irrégulière depuis le 5 février 2019, s'étant vu refuser en dernier lieu, par un arrêté du

préfet de police du 25 mars 2021, la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'à la date de la décision attaquée, il comptait plus de vingt ans de résidence régulière en France.

7. Par ailleurs, sans domicile propre, étant jusqu'alors hébergé gratuitement et ce, depuis le 1er janvier 2021, au centre d'hébergement d'urgence d'Emmaüs Solidarité au

39 rue Rodier à Paris, ainsi qu'il résulte notamment du procès-verbal d'interpellation dressé par les services de police le 7 juillet 2023 et ainsi qu'il l'a lui-même déclaré lors de son audition le 8 juillet 2023, ce que ne permet pas de remettre en cause l'attestation d'hébergement peu détaillée qu'il produit datée du 20 juillet 2023, il fournit également peu de précision sur les conditions de son insertion socio-professionnelle en France, en dehors de la référence à ses activités musicales de compositeur pour lesquels il se borne à produire deux versements de la SACEM pour les mois d'octobre 2019 et octobre 2022 de montants respectifs de 1474,46 euros et 506,71 euros et justifie d'un unique virement bancaire du

22 juin 2022 d'un montant 300 euros au titre de ses activités artistiques au concert " roots reggae festival 2022 ". Si M. A se prévaut de ses attaches familiales en France, il est cependant célibataire, ne démontrant pas la réalité de la relation qu'il entretient avec la personne qui a attesté l'héberger, et sans enfant à charge. Il ressort, en effet, des pièces du dossier que ses trois enfants français vivant en France sont majeurs, et M. A ne produit aucun élément concernant les liens qu'il entretiendrait avec ceux-ci. Les six autres enfants de M. A résident quant à eux dans son pays d'origine, où résident également sa mère et son frère. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné par la chambre des appels correctionnels de Paris, le 14 décembre 2016, à une peine de quatre années d'emprisonnement, dont deux ans avec sursis, assorti d'une mise à l'épreuve pendant

trois ans, pour des faits de violence aggravée particulièrement graves, M. A ayant, le

25 octobre 2010, sous l'empire de l'alcool, et dans le cadre d'une agression extrêmement violente, porté plusieurs coups d'arme blanche à une personne chez laquelle il avait été invité, causant des blessures assez graves et entrainant pour la victime une incapacité totale de travail d'un mois. La Cour d'appel avait expressément relevé, en page 13 de son arrêt, ainsi que l'a relevé le tribunal dans son jugement n°2108317 du 13 décembre 2021, que rien ne permettait d'écarter tout risque de réitération des faits dans un contexte similaire, et notamment d'ébriété importante, exprimant en outre, des doutes sur la sincérité des capacités d'amendement de M. A. M. A, incarcéré du 14 mars 2017 au 14 août 2018 qui s'est vu, par la suite, refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour et a fait l'objet, le 25 mars 2021, d'une mesure d'éloignement à l'exécution de laquelle il s'est soustrait, a fait l'objet d'un signalement aux services de police le 7 juillet 2023 pour menaces de mort réitérées à l'encontre du responsable du centre d'hébergement d'urgence Emmaüs et transport d'arme de catégorie D, ayant été trouvé porteur sur lui d'un couteau opinel, ce qu'il ne conteste pas. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'elle poursuit, nonobstant la circonstance que M. A conteste la réalité des faits survenus les 6 et 7 juillet 2023, s'agissant des menaces réitérées de mort et constituer une menace à l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision attaquée sur sa vie privée et familiale doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612 10 du même code, " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et

L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de police a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A d'une telle interdiction.

11. D'autre part, eu égard aux circonstances indiquées aux points 6 et 7 du présent jugement et dont il résulte que M. A qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et dont la présence constitue une menace à l'ordre public, ne peut se prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France, en dépit de sa durée de présence sur le territoire, le préfet de police, en fixant à vingt-quatre mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a méconnu ni le droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale, ni les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

12. Il résulte de tout de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du 8 juillet 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de police.

Lu en audience publique le 21 juillet 2023.

La magistrate désignée,

C. B La greffière,

A. Heeralall

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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