vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2316627 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET LETANG AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2023, M. E D, M. C D et Mme F, G B, représentés par Me Le Fouler, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel la maire de Paris a rejeté leur demande de permis de construire déposée le 22 février 2022, ensemble la décision de rejet implicite du recours gracieux reçu le 14 mars 2023 ;
2°) de mettre à la charge de la ville de Paris une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- le motif tiré de l'application de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors que le projet est bien inséré dans son environnement ;
- le motif tiré de l'application des articles UG.11.1 et UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée à la ville de Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Un courrier a été adressé le 11 mars 2024 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par les derniers alinéas des articles R. 613-1 et R. 613-2 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 25 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au même jour.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Berland,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de M. C D.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 février 2022, M. E D, M. C D et Mme F G B ont déposé une demande de permis de construire pour la construction d'un bâtiment de 13 logements en R+5 sur cour après démolition des locaux annexes (remises), la création d'un jardin de pleine terre en cœur d'ilot, le ravalement de la façade sur rue et de la façade sur cour du bâtiment existant sur rue, la rénovation de la toiture du bâtiment existant, et l'ouverture de baies au R+6 de la façade sur cour du bâtiment existant sur un terrain situé 86, rue Bobillot, dans le 13ème arrondissement de Paris. Par un arrêté du 19 janvier 2023, la maire de Paris a refusé d'accorder le permis de construire sollicité. MM. D et Mme B demandent l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux présenté le 14 mars 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le motif tiré de l'application de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme :
2. Aux termes de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. / () ".
3. Pour refuser le permis de construire demandé, la maire de Paris s'est fondée sur le fait que : " L'implantation du bâtiment projeté en limite séparative Sud-Ouest génère un mur pignon mitoyen en décalage de 8m par rapport à la façade voisine au 88, rue Bobillot, et ainsi ne contribue pas à assurer une bonne insertion du projet dans son environnement en réduisant l'ouverture paysagère urbaine de ce cœur d'îlot composé principalement de cours, de jardins et de petits bâtiments bas (article UG.7.1 du règlement du PLU de Paris). " Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'immeuble projeté s'insère en fond de cour dans un cœur d'îlot qui ne présente aucun caractère paysager remarquable, dès lors qu'il est occupé par des cours et jardins morcelés, des bâtiments bas et des bâtiments plus élevés, tels que l'immeuble du 48, rue de la Colonie, qui fait face au projet. En outre, le mur pignon du projet créé sur sa limite séparative sud-ouest présente des gradins en retrait, limitant son impact visuel, ainsi que plusieurs fenêtres, et le projet s'appuie sur trois murs pignons aveugles, situés sur l'emprise de la parcelle du projet, qu'il masque. Par suite, alors, au demeurant, que le projet n'est pas visible depuis la voie publique, la ville de Paris ne justifie pas que ce projet porterait atteinte à l'insertion de la construction dans le bâti environnant. Les requérants sont ainsi fondés à soutenir que le projet pour lequel ils sollicitent une autorisation ne méconnaît pas les dispositions de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme et que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation.
En ce qui concerne le motif tiré de l'application des articles UG.11.1 et UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme :
4. Aux termes de l'article UG.11.1 : " Aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords, protection des immeubles et éléments de paysage " du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. / L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () Les matériaux apparents et les dispositifs permettant d'assurer leur végétalisation en façade et en toiture doivent être choisis de telle sorte que leur mise en œuvre permette de leur conserver, de façon permanente, un aspect satisfaisant et respectueux du caractère des lieux. ". Aux termes de l'article UG.11.1.3 du même règlement, relatif aux constructions nouvelles : " Les constructions nouvelles doivent s'intégrer au tissu existant, en prenant en compte les particularités morphologiques et typologiques des quartiers (rythmes verticaux, largeurs des parcelles en façade sur voies, reliefs) ainsi que celles des façades existantes (rythmes, échelles, ornementations, matériaux, couleurs) et des couvertures (toitures, terrasses, retraits). / L'objectif recherché ci-dessus ne doit pas pour autant aboutir à un mimétisme architectural pouvant être qualifié esthétiquement de pastiche. Ainsi l'architecture contemporaine peut prendre place dans l'histoire de l'architecture parisienne. / () ".
5. Ces dispositions fixent, de façon développée et nuancée, les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions, aux aménagements de leurs abords, à la protection des immeubles et des éléments de paysage, applicables à la zone UG qui comprend l'essentiel du territoire construit de la ville de Paris. Si les dispositions du début du point UG 11.1.3 sur les constructions nouvelles énoncent que ces constructions doivent s'intégrer au tissu urbain existant, en prenant en compte les particularités des quartiers, celles des façades existantes et des couvertures, ces dispositions ne peuvent être isolées des autres dispositions de l'article UG.11, en particulier de celles du point
UG.11.1, qui précisent que peuvent être autorisées des constructions nouvelles permettant d'exprimer une création architecturale et qui n'imposent pas que soit refusée une autorisation de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, et celles du même point UG.11.1.3 qui précisent que l'objectif d'intégration dans le tissu urbain existant ne doit pas conduire à un mimétisme architectural ou faire obstacle à des projets d'architecture contemporaine. Dans cet esprit, les dispositions du point UG.11.1.3 permettent expressément de ne pas reprendre, pour des constructions nouvelles contemporaines, les registres des bâtiments sur rue, entendus comme le soubassement, la façade et le couronnement, tels qu'ils sont habituellement observés pour les bâtiments parisiens.
6. La maire de Paris a refusé la délivrance du permis de construire sollicité au motif que : " par son aspect et par sa composition (La volumétrie en gradins de la façade Nord Ouest ne prend pas en compte la typologie architecturale environnante présentant majoritairement des façades verticales de bas en haut ; la trop grande variété de dimensions et de partitions de fenêtres du projet ne trouve pas de cohérence avec les autres façades d'habitations environnantes dont la variété limitée de dimensions de baies s'organise en travées ou en bandeaux verticaux en fonction de l'époque de construction ; l'aspect varié des matériaux de parement proposés (bois, enduits en deux couleurs) cumulé aux matériaux de l'immeuble existant sur rue (ardoise, enduit ciment gris, briques) est en contradiction avec la simplicité des parements des immeubles alentour globalement limités à un matériau en façade ; par ailleurs, en considérant la forte présence de toitures à deux pans, majoritairement en zinc, sur les bâtiments contigus et environnants, les toitures terrasses envisagées ne contribuent pas à assurer une bonne insertion du projet dans son environnement), le projet est de nature à porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants (articles UG.11.1 et UG.11.1.3 du règlement du PLU de Paris) ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le cœur d'îlot dans lequel s'insère le projet ne présente pas d'homogénéité architecturale, les immeubles donnant sur le projet, datant d'époques différentes, ayant un aspect varié, et présentant des ouvertures, couleurs de parement et toitures diverses. En particulier, l'immeuble du 48, rue de la Colonie, sur lequel donne le projet côté jardin, présente une façade en gradins sur rue ainsi qu'une toiture terrasse. En outre, l'immeuble ancien auquel vient s'accoler le projet côté cour, sur la même parcelle, présente une façade sur rue tricolore (pierres, briques et ardoises) et une façade sur cour bicolore (ardoises et enduit ciment) encadrée par des murs pignons en brique. Dans ces conditions, alors, au demeurant, que le projet n'est pas visible depuis l'espace public, et que l'îlot est caractérisé par une architecture hétérogène dans laquelle s'intègre le projet par ses volumes et aspect, les requérants sont fondés à soutenir que la maire de Paris a méconnu les dispositions citées ci-dessus des articles UG.11.1 et UG.11.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme en refusant de leur délivrer le permis de construire sollicité.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du 19 janvier 2023 doit être annulé, ensemble la décision portant rejet du recours gracieux.
9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à justifier l'annulation des décisions attaquées.
Sur les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros à verser à MM. D et à Mme B au titre des frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 janvier 2023 portant refus de permis de construire est annulé ainsi que la décision portant rejet du recours gracieux de MM. D et Mme B.
Article 2 : La ville de Paris versera à MM. D et à Mme B la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à M. C D, à Mme F G B et à la ville de Paris.
Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
F. BERLAND
La présidente,
M.-O. LE ROUXLa greffière,
F. RAJAOBELISON
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026