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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2318352

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2318352

vendredi 11 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2318352
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET COUDERC, ZOUINE (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 3 août 2023 et le 10 août 2023, M. A D, représenté par la SCP Coudrec-Zouine, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'arrêté d'expulsion du 27 novembre 2022 ainsi que l'arrêté fixant le pays de renvoi du 1er juillet 2023, pris par le ministre de l'intérieur et des outre-mer ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer une carte de résident de dix ans dans un délai de deux mois, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour renouvelable l'autorisant à travailler ;

4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour renouvelable l'autorisant à travailler ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à payer à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'exécution de l'arrêté d'expulsion est imminente et qu'il est placé en rétention ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté d'expulsion :

- son auteur n'était pas compétent pour le signer ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'une absence d'examen particulier ;

- l'arrêté d'expulsion est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il peut bénéficier des protections de l'article L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait l'article L. 631-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnait les règles du sursis probatoire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté fixant le pays de destination :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure

- l'arrêté méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense enregistrés le 9 août 2023 et 10 août 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'urgence n'est pas caractérisée dès lors que d'une part, la préservation de l'ordre et de la sécurité publics commande de poursuivre l'exécution de la mesure d'expulsion et d'autre part, le requérant n'a introduit un référé-suspension sept mois après la notification de la décision contestée ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 1er juillet 2023 sous le numéro 2315530 par laquelle M. D, représenté par la SCP Coudrec-Zouine demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Lemieux, greffier d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu :

- les observations de Me Simon, représentant M. D, qui reprend les écritures ; interrogée sur une demande d'aide juridictionnelle en cours, aucune précision n'a pu être apportée.

- et les observations de Mme B, représentant le ministre de l'intérieur et des outre-mer, qui reprend ses écritures, elle précise que le départ du requérant pour l'Algérie prévu la veille n'a pas pu être effectué.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. En l'absence de justification du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle dans cette procédure, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision d'expulsion dont il fait l'objet, M. D fait valoir qu'eu égard à son objet et à ses effets, une décision prononçant l'expulsion d'un étranger du territoire français porte par elle-même atteinte de manière grave et immédiate à la situation de la personne qu'elle vise. Il soutient également qu'il a été interpellé par les services de police le 3 août 2023 pour être placé en rétention administrative alors qu'il sortait du centre hospitalier dans lequel il était pris en charge depuis plusieurs mois pour ses troubles psychiatriques et que le risque d'éloignement est imminent.

6. La décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer est notamment fondée sur le parcours de délinquance du requérant depuis 2005 qui s'est illustré par la réitération d'atteintes graves à l'intégrité morale et physique des personnes, en particulier à l'égard de femmes et de membres de forces de l'ordre, ainsi que par des atteintes aux biens. Il s'est fondé en particulier sur les condamnations prononcées par le juge pénal, à dix reprises entre 2005 et 2022, en répression de faits de vol, usage de stupéfiants avec récidive, infraction à la réglementation en matière de sécurité routière, vol avec violence, violence avec ou sans arme, violence aggravée avec récidive, menace de mort avec récidive, et violence en état d'ivresse avec récidive. Ses condamnations varient entre 1 mois à un an et six mois d'emprisonnement. En dernier lieu, M. D a été condamné le 17 mai 2022 à dix-huit mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Lyon pour violence aggravée de deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et menace de mort réitérée après avoir frappé et menacé de mort une femme car elle portait une jupe. M. D est atteint de troubles mentaux et devient particulièrement violent lorsqu'il interrompt son traitement. De même, ses addictions à l'alcool et aux stupéfiants accentuent son comportement violent et impulsif. Ces éléments sont confirmés par une expertise psychiatrique indiquant qu'il existe un risque important de commission de faits de violence, notamment lorsqu'il interrompt son traitement ou qu'il abuse de substance. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'intérêt public s'attache, dans les circonstances de l'espèce, à la poursuite de la mesure d'expulsion. Dès lors, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que la requête de M. D à fin de suspension doit être rejetée pour défaut d'urgence. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonctions, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Paris, le 11 août 2023,

La juge des référés,

C. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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