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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2320969

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2320969

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2320969
TypeDécision
PublicationC
Formation1re section - 1re Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantMOULOUADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2023, Mme A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation de séjour en application de l'article L.512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L.911-1 du code de justice administrative, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de lui enjoindre de réexaminer la situation sur le fondement de l'article L.911-2 du code, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté est entaché d'incompétence, de défaut de motivation et d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il viole l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée ;

- un délai supérieur à 30 jours aurait dû lui être accordé ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

-La décision est entachée d'incompétence ;

-elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale, méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article L.513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Le préfet :

-Demande une substitution de motif au profit de l'article L.542-2 1° b du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés, et en particulier, que la requérante n'a jamais demandé son admission au séjour sur le fondement de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni exprimé d'intention de le faire et qu'il n'est pas tenu d'examiner d'office les droits d'un étranger à la délivrance d'un titre de séjour non sollicité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Grossholz en application de l'article

R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz ;

- et les observations de Me Moulouade pour Mme B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué, le préfet de police a fait obligation à Mme A B, née le 10 septembre 1990 à Kinshasa, ressortissante de la République démocratique du Congo, de quitter le territoire dans un délai de trente jours en application des dispositions du 4° du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme B demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.

Sur les conclusions à fins d'annulation des décisions d'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et de fixation des pays de renvoi et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requérante ni sur la demande de substitution de base légale présentée par le préfet de police :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police aurait pris en compte le fait que Mme B est mère d'un enfant né le 12 mai 2023, qui est présent sur le territoire français et avec lequel la requérante justifie, notamment par un certificat médical du 6 juillet 2023 établi par un psychiatre, être hospitalisée pendant plusieurs semaines pour soutien à la parentalité dans un contexte de dépression périnatal et de stress post-traumatique. Le préfet ne peut utilement opposer le principe selon lequel, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si le demandeur peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, à l'appui de la décision litigieuse, qui n'est pas un refus de séjour mais une mesure d'éloignement. Par suite, Mme B est fondée à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

3. L'exécution du présent jugement implique uniquement que le préfet de police délivre sans délai à Mme B, en application de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas.

Sur conclusions relatives aux frais de l'instance :

4. Mme B, qui a bénéficié d'un avocat commis d'office, ne justifie pas avoir exposé des frais dans la présente instance. Par suite, les conclusions que la requérante a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 août 2023 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est ordonné au préfet de police de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à Mme B.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Copie en sera adressé au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

La magistrate désignée,

C. GROSSHOLZ La greffière,

C. NEDJARI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2320969/1-1

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