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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2321321

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2321321

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2321321
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantKADOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, Mme A B, représentée par Me Kadoch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 19 juillet 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil ou, à défaut, de réexaminer sa situation personnelle et familiale ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à Me Kadoch, son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît les articles 21 et 22 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ainsi que les articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de sa vulnérabilité qui n'a pas été réévaluée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et sur celle de ses enfants ;

- elle porte atteinte au principe de dignité de la personne humaine et une atteinte disproportionnée au droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;

- la requérante s'est maintenue sans attestation de demande d'asile entre le

19 octobre 2022 et le 29 mai 2023 sans apporter aucun élément sur ses conditions de vie pendant cette période.

Par une ordonnance du 28 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 juin 2024 à 12 heures.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1996, a présenté une première demande de protection internationale en France le 12 novembre 2021. Sa demande a été initialement enregistrée en procédure dite " Dublin ". Par une décision du 11 août 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (l'OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées le 16 novembre 2021 au motif qu'elle ne s'était pas rendue à l'aéroport le 28 avril 2022 pour son transfert vers l'Espagne, dans le cadre de la procédure dont elle faisait l'objet. A la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée en vue de son examen par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 mai 2023, Mme B a sollicité le rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil par une lettre du 3 juillet 2023. Par une décision du 19 juillet 2023, l'OFII a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2023. Par suite, ses conclusions tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-16 du même code, dans sa version applicable au litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a procédé à l'examen de la situation personnelle de Mme B, y compris au regard de sa vulnérabilité qui a été réévaluée lors d'un entretien effectué le 10 juillet 2023 à l'occasion duquel l'intéressée a notamment fait état de son état de grossesse et de sa situation familiale.

6. En deuxième lieu, d'une part, la requérante n'apporte aucun élément circonstancié permettant d'apprécier la situation de grande précarité dans laquelle sa famille se trouvait, selon ses déclarations, à la date de la décision attaquée alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle bénéficiait d'un hébergement dans un hôtel social, depuis plus d'un an, avec ses deux enfants âgés de cinq ans et onze mois, et son compagnon, père de ses enfants et de son troisième enfant à naître. D'autre part, si la requérante fait valoir qu'elle ne s'est pas présentée à l'aéroport le

28 avril 2022 en vue de son transfert vers l'Espagne en raison de son état de grossesse, elle n'apporte aucun élément permettant de justifier que son état de santé ne lui permettait pas de se rendre à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle à 6 heures 20. En outre, si elle évoque des difficultés de transport pour s'acheminer jusqu'à l'aéroport depuis son lieu d'hébergement, elle n'en justifie pas par des itinéraires réalisés à une date différente de celle de sa convocation. En tout état de cause, il est constant qu'elle n'avait pas porté de telles difficultés de pré-acheminement à la connaissance de l'administration lors de la remise de sa convocation à l'aéroport le 27 avril 2022, avec l'assistance d'un interprète, qu'elle avait au demeurant refusée de signer. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'OFII a commis une erreur d'appréciation au regard de sa vulnérabilité en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil.

7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 ci-dessus et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort, en tout état de cause, pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante ou sur celle de ses enfants, ni qu'elle porterait une atteinte disproportionnée au droit d'asile et une atteinte au droit de l'intéressée au respect de sa dignité. Par suite, ces différents moyens doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 19 juillet 2023. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Kadoch.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme Armoët, première conseillère,

- M. Jehl, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

La rapporteure,

E. Armoët

La présidente,

M. SalzmannLa greffière,

P. Tardy-Panit

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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