mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2322562 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | SCHWILDEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 29 septembre et le 10 octobre 2023,
M. A B, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes et représenté par le cabinet Koszczanski et Berdugo, demande au tribunal :
1°) d'annuler les arrêtés en date du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen
- la décision est entachée d'une violation du droit d'être entendu ;
- la décision est entachée d'une absence de preuve de la notification de la décision du rejet de la demande d'asile et il dispose du droit au maintien ;
- la décision est entachée d'une violation de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée et d'un défaut de base légale ;
- la décision viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait ou à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation des faits de la cause ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une absence d'examen particulier de sa situation ;
- la décision est entachée d'une violation de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une disproportion de la mesure ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article
R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier ;
- les observation de Me Berdugo, représentant M. B ;
- et les observations de Me Schwilden, pour le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant arménien né le 25 février 1996, demande au tribunal d'annuler les arrêtés en date du 28 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ( ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
3. L'obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée, tirées notamment la circonstance que sa demande d'asile été rejetée par l'OFPRA le 30 juin 2021 par une décision notifiée le 8 juillet 2021, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile du
28 décembre 2021 notifiée le 7 février 2022 et ne dispose plus du droit de se maintenir en France. Le moyen de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. M. B a été auditionné par les services de police le 28 septembre 2023 et il a eu la possibilité d'y présenter tous les éléments relatifs à sa situation. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.
5. Par jugement en date du 1er juin 2023 n°2311340, le tribunal a annulé une précédente mesure d'éloignement au motif que le préfet de police n'apportait pas la preuve de la notification du rejet de la demande d'asile devant la Cour nationale du droit d'asile. Cette preuve est désormais apportée. Dès lors, en prenant un nouvel arrêté portant obligation de quitter le territoire français en apportant la preuve que cette décision a bien été notifiée à M. B le
7 février 2022 tel que cela ressort du fichier TelemOfpra versé au dossier, le préfet de police n'a entaché sa décision ni d'une violation de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée ou d'un défaut de base légale. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
6. M. B est célibataire et sans charge de famille et n'établit pas une insertion suffisante dans la société française malgré la production d'un seul bulletin de salaire du mois de janvier 2023 et un courrier de l'entreprise qui l'emploie du 21 février 2023. Dès lors, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent être rejetées.
Sur le refus d'octroi de délai de départ volontaire :
8. Il ressort des pièces du dossier d'une part que M. B dispose d'une adresse fixe et que, d'autre part, il a été mis hors de cause pour des faits de viol sur sa compagne. Le procès-verbal de police du 28 septembre 2023 mentionne qu'il " était impossible à M. B de se trouver " à l'adresse des faits à l'heure où la victime a été victime de tels faits " entre 16h30 et 17h00 () ces faits sont corroborés par les données de téléphonie mobile de
M. B " qui est donc sorti libre de sa garde à vue. Le requérant ne constitue donc pas une menace pour l'ordre public qui justifierait un renvoi immédiat. Pour ces deux motifs, la décision refusant un délai de départ volontaire pour le départ de M. B, doit être annulée.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Pour le même motif que celui retenu au point 8, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois doit être purement et simplement annulée.
Sur les frais d'instance :
10. Il y a lieu de mettre la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : les décisions du 28 septembre 2023 par lesquelles le préfet de police a refusé à
M. B un délai de départ volontaire et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois, sont annulées.
Article 2 : L'Etat versera à Me Berdugo une somme de 1200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Lu en audience publique le 10 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
P. MARTIN-GENIERLa greffière,
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606789
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler l'arrêté du préfet de police prolongeant son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que la décision contestée était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas les exigences légales, notamment celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers (articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11). Elle a également estimé que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée aux droits de M. B... au regard de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606780
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler son interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a estimé que l'arrêté préfectoral était légal, notamment car l'auteur de l'acte était compétent et que la motivation, examinant les critères de l'article L. 612-10 du CESEDA, était suffisante. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2607042
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet de police était compétent pour prendre cette décision et que la motivation de l'arrêté, qui se fonde sur le maintien irrégulier de l'intéressé au-delà de son délai de départ volontaire, était suffisante au regard des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a toutefois prononcé l'admission provisoire de M. A... au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2606511
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre une décision de l'OFII mettant fin aux conditions matérielles d'accueil d'un demandeur d'asile yéménite. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation, estimant que la décision de l'OFII, motivée par le défaut de déclaration d'une protection internationale antérieure en Grèce, était suffisamment motivée et respectait les exigences procédurales. La juridiction a appliqué les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la directive européenne 2013/33/UE.
03/04/2026