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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2323309

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2323309

mercredi 6 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2323309
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre - OQTF 6 sem.
Avocat requérantIVANOVIC FAUVEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 10 octobre et 23 novembre 2023, M. B C, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible et a prononcé le refus de renouvellement ou retrait de son attestation de demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou jusqu'à la date de notification de l'ordonnance, en application des dispositions de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'une obligation de quitter le territoire français ne peut faire suite à une décision de rejet de l'office français de protection des réfugiés et apatrides dans le cas prévu à l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 de la directive n°2008/115/CE dès lors que le préfet de police n'a pas tenu compte de son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle révèle un défaut d'examen particulier des circonstances propres à sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ayant exercé une influence sur la décision du préfet dès lors qu'il est entré en France avec son passeport et qu'il l'a présenté à l'office français de protection des réfugiés et apatrides dans le cadre de l'étude de sa demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision est dépourvue de base légale, dès lors que la décision par laquelle le préfet l'a obligé à quitter le territoire français est illégale ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît le principe de non-refoulement, tel qu'il ressort des stipulations de la convention de Genève et de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2023, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York

le 31 janvier 1967 relatifs aux réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, tenue le 23 novembre 2023 M. A a lu son rapport.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Fauveau Ivanovic, qui reprend les conclusions et moyens développés dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 7 décembre 1968 à Akhmeta, a déposé une demande de protection internationale enregistrée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 8 février 2023. Sa demande a été rejetée par une décision du 12 juin 2023. Par un arrêté du 12 septembre 2023, le préfet de police a obligé M. C à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. "

5. L'arrêté attaqué, en tant qu'il oblige M. C à quitter le territoire français, vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 4° de son article L. 611-1 dont il fait application. Cet arrêté mentionne en outre que la demande de protection internationale formulée par M. C a fait l'objet d'une décision de rejet de l'OFPRA du 12 juin 2023 et notifiée le 26 juin de la même année, cette autorité s'étant prononcée au terme d'une procédure accélérée en application du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de la nationalité géorgienne de l'intéressé, et que, dans ces conditions, M. C ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire, le renouvellement de son attestation de demande s'asile pouvant être refusé ou celle-ci pouvant être retirée. Par suite, la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français, qui comporte l'énoncé des circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

7. En revanche, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. Dans le cadre de sa demande d'asile, M. C a été mis à même de porter à la connaissance de l'administration, et des instances chargées de l'examen de sa demande d'asile, l'ensemble des informations relatives à sa situation personnelle dont il souhaitait se prévaloir. Il n'est en outre pas établi qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français, alors même qu'il ne pouvait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande d'asile, il serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et que, ainsi qu'il le fait valoir, il a été reçu par la préfecture le 10 janvier 2023. Est en elle-même sans incidence à cet égard la circonstance que M. C a contesté la décision de l'OFPRA par un recours sur lequel la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ne s'est pas encore prononcée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police s'est livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de prononcer une mesure d'éloignement à son encontre.

10. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°. " L'article L. 531-24 du même code dispose que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 (). / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a rejeté, par une décision en date du 12 juin 2023, la demande d'asile présentée par M. C en statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que la Géorgie est un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 542-1 du même code. M. C soutient toutefois que le respect des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ne permettait pas au préfet de police de considérer que son droit de se maintenir sur le territoire français avait pris fin par la décision de l'OFPRA et, par suite, de l'obliger à quitter le territoire français.

13. M. C soutient qu'il risque en cas de retour en Géorgie de subir des traitements inhumains et dégradants. Toutefois, et alors que, ainsi qu'il a été dit au point qui précède, sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA par une décision en date du 12 juin 2023, en se prévalant, dans le cadre de la présente instance, de ce qu'un rapport de l'OFPRA, de portée générale, confirme que les personnes séropositives sont exposées à des mauvais traitements en Géorgie, il n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques personnels auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 611-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil : " Lorsqu'ils mettent en œuvre la présente directive, les Etats membres tiennent dûment compte : a) de l'intérêt supérieur de l'enfant ; b) de la vie familiale, c) de l'état de santé du ressortissant concerné d'un pays tiers, et respectent le principe de refoulement ".

15. Les dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ont été transposées en droit interne, par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité et son décret d'application du 8 juillet 2011, notamment à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus. Ainsi, M. C ne peut utilement invoquer l'article 5 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008. En tout état de cause, s'agissant de sa condition de séropositivité qu'il soutient avoir contractée en 2006, le requérant se borne à produire un compte-rendu de consultation du 15 septembre 2023 établi par le service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Saint-Antoine, faisant état d'un " Stade OMS : A0 - Asymptomatique ", de ce qu'aucune manifestation n'avait été constatée et d'une " charge virale VIH1 indétectable le 13/09/2023 ". Il ne résulte pas des termes de ce compte-rendu que la pathologie dont M. C soutient être atteint ferait obstacle à la décision d'éloignement prise par le préfet de police.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. M. C soutient, d'une part, que, dès lors que sa pathologie l'a exposé à des discriminations et menaces de mort dans son pays d'origine, la décision attaquée l'a placé dans un état de détresse susceptible d'avoir un impact sur sa santé mentale et, d'autre part, que le préfet ne s'est pas assuré des conséquences qu'aurait sur sa santé la décision d'éloignement litigieuse. Toutefois, et en tout état de cause, M. C n'apporte aucun élément permettant d'établir les éventuelles conséquences qu'aurait sur sa santé l'exécution de la décision attaquée. Il n'établit ni même n'allègue, en outre, que son actuel état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, et eu égard aux seuls éléments dont il se prévaut dans le cadre de la présente instance, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet de police aurait porté une atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme cité au point qui précède, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

18. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

19. Pour refuser d'accorder à M. C un délai de départ volontaire, le préfet de police s'est fondé sur la seule circonstance qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dès lors qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. C dispose d'un passeport valide jusqu'au 1er novembre 2022, qu'il a présenté lors de l'entretien du 7 mars 2023 avec l'officier de protection de l'OFPRA. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation quant au risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.

20. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, que la décision refusant d'accorder à M. C un délai de départ volontaire doit être annulée.

En ce qui concerne le pays de destination :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 17 que le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

22. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que M. C, dont la demande de protection internationale a été rejetée par une décision de l'OFPRA en date du 12 juin 2023, n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine, ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement admissible. Ainsi, le préfet de police a suffisamment motivé la décision fixant le pays de destination.

23. En troisième lieu, aux termes de l'article 33 de la convention de Genève : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".

24. Si M. C soutient que la décision méconnaît le principe de non-refoulement résultant de ces stipulations, il n'apporte, en tout état de cause, aucun élément de nature à établir sa qualité de réfugié, que l'OFPRA a refusé de lui reconnaître par une décision du 12 juin 2023.

25. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 13 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre des décisions par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire et a fixé le pays de destination étant rejetées, le présent jugement n'implique pas qu'une autorisation provisoire de séjour soit délivré à M. C ou que le préfet de police réexamine sa situation.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. C à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement :

29. Aux termes de l'article L. 542-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b, c ou d du 1° de l'article L. 542-2, l'étranger peut demander la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement. / Cette demande est présentée dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 752-5 à L. 752-12 lorsque le droit de se maintenir sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2. () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger () peut () demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision () soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Selon l'article L. 752-11 du même code : " () le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 () fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

30. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. À l'appui de ses conclusions à fins de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

31. Si M. C demande au tribunal la suspension de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la cour nationale du droit d'asile, il résulte de ce qui a été dit aux points 12 et 13 qu'il ne peut être regardé comme présentant des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire durant le réexamen de son recours par la CNDA.

32. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à fin de suspension de la mesure d'éloignement présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

33. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées sur ce fondement, ainsi que sur celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 12 septembre 2023 du préfet de police est annulé en tant qu'il refuse à M. C l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Me Fauveau Ivanovic et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

A. A

La greffière,

C. GAONACH-NEE

La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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