mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2324109 |
| Type | Décision |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | IVANOVIC FAUVEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 19 octobre et 28 novembre 2023, M. B, représenté par Me Ivanovic Fauveau, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation administrative ;
4°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à la date de lecture de l'audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou jusqu'à la date de la notification de l'ordonnance ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit à être entendu, garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, a été méconnu ;
- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 611-1 4° du même code dès lors qu'il a déposé une demande de réexamen ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 621-1 et 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-italien relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des faits pertinents concernant la nature de sa demande de réexamen ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- elle porte atteinte au principe de non-refoulement dès lors qu'elle n'exclut pas l'éloignement vers le Soudan alors qu'il est reconnu réfugié en Italie ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Italie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le préfet de police, conclut au rejet de la requête et sollicite une substitution de motifs au profit de l'article L. 542-2-1° b du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Perrin, magistrate désignée ;
- les observations de Me Ivanovic Fauveau, représentant M. B, présent et assisté de M. C, interprète en arabe soudanais ;
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant soudanais, né le 1er janvier 1983, est arrivé en France en août 2021 selon ses déclarations où il a sollicité l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 19 avril 2022, puis a rejeté une demande de réexamen le 17 juillet 2023. Par un arrêté du 26 septembre 2023, le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté attaqué.
Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours avec fixation du pays de destination, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que le droit au maintien de M. B sur le territoire français avait expiré à la date de notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, soit le 20 juillet 2023, et dès lors que sa demande d'aide juridictionnelle formée devant la Cour nationale du droit d'asile n'a pas d'effet suspensif. Toutefois, dans sa décision d'irrecevabilité datée du 17 juillet 2023, l'OFPRA rappelle que M. B bénéficie d'une protection internationale octroyée par un autre Etat membre de l'Union européenne et toujours effective. L'intéressé indique, sans être contredit en défense, qu'il bénéficie de l'asile en Italie. L'arrêté prescrit pourtant au requérant, sans nullement mentionner les liens de l'intéressé avec l'Italie, une obligation de quitter le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité ou d'un pays où il est légalement admissible. Dans ces conditions, le préfet de police qui n'a pas pris en compte la circonstance que M. B disposait d'un titre de séjour italien en cours de validité ni examiné la possibilité d'une remise du requérant aux autorités italiennes, a entaché son arrêté d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet de police procède au réexamen de la situation de M. B et qu'il lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à ce réexamen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement sans assortir à ce stade cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ivanovic Fauveau, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ivanovic Fauveau d'une somme de 1 000 euros.
D E C I D E
Article 1 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est accordé à M. B.
Article 2 : L'arrêté du 26 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination est annulé.
Article 3 : Il est fait injonction au préfet de police de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Fauveau Ivanovic renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Fauveau Ivanovic, avocate de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
La magistrate désignée,
A. Perrin
La greffière,
D. Permalnaick
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2324109/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
17/07/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2431462
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2429414
24/12/2024
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406989
24/12/2024