mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2326337 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Section 8 - Chambre 2 |
| Avocat requérant | NUNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2023, M. D C, représenté par Me Nunes, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- L'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- L'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur de droit car son arrêté ne comporte aucune mention explicite d'un refus de titre de séjour ;
- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a méconnu les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 et des articles 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 5 de la directive communautaire n° 2008/115/CE.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens présentés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Béal,
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 2 novembre 2023, le préfet de l'Essonne a obligé M. C à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 118 du même jour de la préfecture de l'Essonne, M. A B, adjoint au chef du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, de la situation personnelle et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de l'Essonne n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir et notamment s'il y avait lieu à procéder à une régularisation de sa situation administrative ainsi qu'une mention explicite d'un refus de titre de séjour. Il résulte de ce qui précède que, d'une part, le moyen tiré d'une insuffisance de la motivation n'est pas fondé et doit être écarté et que, d'autre part, les moyens tirés d'une erreur de droit et d'illégalité par voie d'exception (sic) doivent également être écartés.
4. En troisième lieu, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet qui ne s'est pas cru en situation de compétence liée s'est livré à un examen circonstancié de la situation de M. C et n'avait pas, contrairement à ce que soutient le requérant à se prononcer sur son droit à obtenir un titre de séjour.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. C ressortissant ivoirien né en 1989 soutient qu'il est entré en France en 2020 et vit hébergé par le SAMU social avec sa concubine et leur fille mineure qui ne peut retourner en Côte d'Ivoire car elle serait demandeur d'asile. Il soutient aussi qu'il élève aussi son fils âgé de 3 ans. Toutefois, d'une part, M. C n'apporte aucun élément concret à l'appui des allégations relatives à sa fille demandeur d'asile ne permettant pas ainsi au juge de l'excès de pouvoir d'en vérifier le bien-fondé. D'autre part, il n'est pas allégué et encore moins établi que la compagne du requérant serait en situation régulière ni qu'elle serait dans l'impossibilité de retourner en Côte d'Ivoire, pays dont elle est aussi originaire afin que la cellule familiale puisse se recomposer. Enfin, le requérant est défavorablement connu des services de police pour conduite d'un véhicule sans permis de conduire, usage de faux permis et défaut d'assurance et ne justifie pas avoir entamé des démarches en vue de faire régulariser sa situation administrative. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de l'Essonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les stipulations des articles 3 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 et des articles 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 5 de la directive communautaire n° 2008/115/CE ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle et familiale.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2023 du préfet de l'Essonne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
DECIDE
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024
Le magistrat désigné,
A. Béal
La greffière,
R. Boudina
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2509646
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A d’une demande d’exécution d’un précédent jugement du 12 décembre 2023, qui enjoignait au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Le tribunal constate que le préfet a pris un arrêté le 13 mars 2025 refusant le titre de séjour et obligeant M. A à quitter le territoire, ce qui constitue un réexamen de sa situation. En conséquence, le jugement initial est regardé comme entièrement exécuté, et la demande d’exécution de M. A est rejetée. Cette solution est fondée sur l’article L. 911-4 du code de justice administrative.
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