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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2327459

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2327459

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2327459
TypeDécision
PublicationC
FormationSection 8 - Chambre 1
Avocat requérantPIGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 29 novembre 2023 et 15 avril 2024, Mme C D B, représentée par Me Pigot, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2023 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à venir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros à verser à Me Pigot, son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, et à défaut à la requérante.

Elle soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers dès lors que le préfet de police ne pouvait pas se fonder légalement sur le fait qu'elle aurait dépassé la durée de travail maximale autorisée en qualité de titulaire d'un titre de séjour " étudiant " pour refuser son renouvellement ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article précité compte tenu du caractère réel et sérieux de ses études ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire et celle fixant le pays de renvoi :

- elles sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qu'elles assortissent.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 25 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hermann Jager,

- et les observations de Me Leterme, substituant Me Pigot, conseil de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise, née le 3 décembre 1998, est entrée en France le 18 septembre 201,7 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour, portant la mention " étudiant ", valable du 7 septembre 2017 au 3 septembre 2018. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 22 novembre 2022 sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 30 octobre 2023 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". En l'absence d'urgence, il n'y pas lieu d'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire Mme B. Les conclusions présentées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles le préfet de police s'est fondé pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par Mme B. Si cet arrêté ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, il lui permet de comprendre les motifs du refus de renouvellement du titre lui opposé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. De plus, en vertu de l'article L. 432-9 du même code, la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 peut être retirée à l'étudiant étranger qui ne respecte pas la limite de 60 % de la durée de travail annuelle prévue au même article. Ces dispositions permettent au préfet, dans l'hypothèse où cette limite de 60 % n'est pas respectée par l'étudiant étranger, tant de retirer son titre de séjour que d'en refuser le renouvellement.

5. D'autre part, l'article R. 5221-26 du code du travail précise que : " l'étranger titulaire du titre de séjour () portant la mention étudiant est autorisé à exercer une activité salariée, à titre accessoire, dans la limite d'une durée annuelle de travail égale à 964 heures ".

6. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme B, le préfet de police s'est fondé, d'une part, sur le motif tiré de ce qu'elle ne justifiait d'aucune progression depuis l'obtention de sa licence de droit à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne en 2020. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours des années universitaires 2020-2021 et 2021-2022, la requérante s'est inscrite en 1ère année de master " justice, procès et procédure " à l'université

Paris 1 Panthéon Sorbonne, sans valider le diplôme. Elle s'est ensuite réorientée pour s'inscrire en 1ère année de master " droit public " à l'université Paris-Saclay pour l'année 2022-2023 sans toutefois préciser si elle a validé cette formation. Par suite, Mme B ne démontre pas avoir obtenu un nouveau diplôme depuis 2020. Si la requérante fait valoir que la réorientation de ses études est en lien avec le droit des enfants et se traduit par l'exercice d'activités annexes en direction des enfants, cette circonstance ne caractérise pas, en tout état de cause, une progression dans les études poursuivies. D'autre part, eu égard à la circonstance que Mme B a travaillé 1 034, 50 heures de vacation entre les mois de février à décembre 2022, en qualité d'employée de la ville de Paris, en méconnaissance des dispositions combinées de l'article

L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-26 du code du travail qui limitent la durée de temps de travail autorisée pour les étudiants étrangers à 964 heures, le préfet de police pouvait aussi tenir compte de cet élément, qui se conjugue à l'absence de progression dans les études, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, pour refuser de renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de police aurait inexactement appliqué les dispositions précitées, ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation tant au regard du caractère réel et sérieux de ses études que de la prise en compte du dépassement du temps de travail autorisé. Le moyen invoqué doit dès lors être écarté.

7. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être utilement soulevé à l'encontre d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour " étudiant ". En tout état de cause, la requérante n'a pas présenté de demande de titre de séjour sur ces fondements.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en 2017 pour y suivre des études supérieures. Elle ne peut dès lors se prévaloir de l'ancienneté de son séjour sur le territoire national, alors qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans au Sénégal. Si la requérante, qui est célibataire et sans charge de famille, se prévaut de l'exercice d'une activité en tant qu'accompagnatrice d'élèves en petite section lors d'activités périscolaires dans le cadre d'un contrat de service civique depuis le 2 octobre 2023 jusqu'au 1er juillet 2024 et d'une attestation rédigée par une employée de la ville de Paris qui témoigne de son intégration sur le territoire national, notamment en raison des qualités personnelle et professionnelles de Mme B, cette circonstance n'est pas, compte tenu de ses conditions de séjour en France et en l'absence de démonstration de ce qu'elle serait isolée dans son pays d'origine, de nature à caractériser une atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vues desquels la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut, en tout état de cause, être accueilli.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi :

10. En l'espèce, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, et de ce que la requérante ne présente aucun autre moyen à ce titre, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de refus de titre de séjour doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation représentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D B, à Me Pigot et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Hermann Jager, présidente-rapporteure ;

- M. Hémery, premier conseiller ;

- M. A, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

V. Hermann Jager

L'assesseur le plus ancien,

D. Hémery La greffière,

A. Depousier

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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