lundi 17 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2329364 |
| Type | Décision |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | KAOULA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 décembre 2023, M. D C, représenté par
Me Kaoula, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 avril 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a décidé son expulsion du territoire français et fixé le pays de renvoi de la reconduite ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui restituer sa carte de résident algérien dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique sous réserve que le conseil du requérant renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision n'a pas été signée par une personne ayant reçu régulièrement délégation pour ce faire ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le
26 janvier 1990.
Par une ordonnance du 14 novembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au
16 décembre 2024.
Une mise en demeure a été adressée au ministre de l'intérieur le 4 décembre 2024.
Un mémoire en défense, présenté par le ministre de l'intérieur a été enregistré le
29 janvier 2025.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 décembre 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le
26 janvier 1990 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hermann Jager et les conclusions de M. Gandolfi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien, né le 6 juin 1975, entré en France en 2003, a été titulaire d'un certificat de résident algérien, valable 10 ans, qui lui a été délivré le 10 octobre 2006. Pour faire suite à sa condamnation, le 18 avril 2014, à dix-huit mois de prison avec sursis, assorti d'une mise à l'épreuve pendant trois ans pour une agression sexuelle sur mineur perpétrée le
30 août 2013, sur la fille de son épouse, ce titre lui a été retiré le 1er juin 2017. Il a néanmoins bénéficié à partir de cette date de certificats de résident algérien d'un an renouvelables chaque année. Le 10 octobre 2022, la commission d'expulsion des étrangers s'est réunie pour l'auditionner sur une éventuelle expulsion de territoire français et a rendu un avis favorable à son expulsion. Le 25 janvier 2023, M. C a été condamné par la cour d'appel de Limoges à trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire, pour des violences physiques et morales, perpétrées sur son épouse et leur fils mineur et il a été incarcéré. Par deux arrêtés en date du
28 avril 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé son expulsion de territoire français, lui a retiré son titre de séjour et a fixé le pays destination de sa reconduite. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés qui lui ont été notifiés alors qu'il est incarcéré.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant expulsion du territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté d'expulsion attaqué a été pris sur le fondement de l'article
L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relevait donc du ministre de l'intérieur. Conformément à l'article 11 de l'arrêté du 12 août 2013 portant organisation interne du secrétariat général du ministère de l'intérieur, sa préparation relevait de la direction des libertés publiques et des affaires juridiques. Mme B A, nommée directrice des libertés publiques et des affaires juridiques à l'administration centrale du ministère de l'intérieur, à compter du 28 juin 2021, par un décret du Président de la République du 26 mai 2021 régulièrement publié au journal officiel n° 0121 du 27 mai 2021 était, en sa qualité de directrice d'administration centrale, compétente pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, notamment les articles L. 631-2, L. 632-1, L. 632-1, L722-4 et R. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce les considérations de fait sur lesquelles il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué et des pièces du dossier que le préfet de police a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C avant de prendre la décision litigieuse, la circonstance que l'arrêté ne mentionne pas certains faits n'étant pas, en l'espèce, de nature à établir un défaut d'examen.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an ; 2° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () Par dérogation au présent article, l'étranger mentionné aux 1° à 4° peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application de l'article L. 631-1 s'il a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans. () ". Aux termes de l'article L. 632-1 du même code : " L'expulsion ne peut être édictée que dans les conditions suivantes :1° L'étranger est préalablement avisé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat ; 2° L'étranger est convoqué pour être entendu par une commission qui se réunit à la demande de l'autorité administrative et qui est composée :a) du président du tribunal judiciaire du chef-lieu du département, ou d'un juge délégué par lui, président ;b) d'un magistrat désigné par l'assemblée générale du tribunal judiciaire du chef-lieu du département ; c) d'un conseiller de tribunal administratif. Le présent article ne s'applique pas en cas d'urgence absolue ". Aux termes de l'article R. 632-2 du même code, dans la version en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " L'autorité administrative compétente pour prononcer l'expulsion d'un étranger en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 ainsi qu'en cas d'urgence absolue est le ministre de l'intérieur ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des condamnations prononcées contre l'intéressé, que M. C, après avoir été condamné une première fois le 18 avril 2014, à
dix-huit mois de prison avec sursis, assortis d'une mise à l'épreuve pendant trois ans, pour une agression sexuelle sur mineur, perpétrée, le 30 août 2013, sur la fille de son épouse, a été à nouveau condamné, le 25 janvier 2023, par la cour d'appel de Limoges, à trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire, pour violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours sur son épouse, en présence de leur fils, né en 2016, et violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours sur son enfant mineur. L'arrêt de la cour d'appel précise que l'intéressé a, de manière constante et répétée, exercé des violences physiques et morales sur son épouse, handicapée, qu'il a battue, insultée, qu'il a menacé de la tuer, de lui enlever leur enfant, lui a imposé des rapports sexuels non consentis, l'a contrainte à porter le voile islamique, l'a coupée de tout lien avec le monde extérieur, lui a confisqué ses documents d'identité et s'est montré violent avec leur enfant à de nombreuses reprises. Il a, aussi, obligé l'une des filles de son épouse à se marier avec un de ses neveux en Algérie et s'est rendu, alors que la procédure était engagée, en violation de son contrôle judiciaire, au domicile de son épouse, dont il est séparé. Il résulte également des termes de l'arrêt de la cour d'appel précité que l'intéressé a refusé d'adhérer aux décisions judiciaires le concernant et que ce comportement place les victimes en situation de danger eu égard à l'esprit de vengeance dont est animé l'intéressé, qui s'est vu retirer l'autorité parentale sur son enfant. Il ressort également des pièces du dossier que lors de sa comparution devant la commission d'expulsion, le
21 octobre 2022, M. C, qui a opté pour une posture de déni et de victimisation, a refusé de reconnaitre les faits. Au regard de l'ensemble des faits de violence reprochés au requérant, de leur répétition et de leur gravité des faits, le risque de représailles de l'intéressé sur son épouse et leur enfant n'est pas ainsi exclu. Dès lors, nonobstant la circonstance que le ministre n'a pas produit de mémoire en défense pendant l'instruction, malgré une mise en demeure qui lui a été adressée le
4 décembre 2024, la matérialité des faits étant établis, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l'intérieur aurait commis d'erreur d'appréciation en considérant que l'expulsion revêtait un caractère de nécessité impérieuse au sens de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il ressort des pièces du dossier que M. C est séparé de son épouse, qu'il a maltraitée gravement, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, qu'il n'a plus l'autorité parentale sur son fils mineur après les violences perpétrés de manière répétée sur l'enfant, que sans activité, il ne justifie pas contribuer à son entretien et à son éducation, qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie. Qu'à cet égard, le requérant qui se borne à énoncer des généralités, n'apporte aucun élément justificatif permettant de constater qu'il aurait noué un lien affectif avec son fils. Dès lors, le ministre n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en prenant l'arrêté d'expulsion attaqué. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté de même que doit être écarté le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du
28 avril 2023 portant expulsion du territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté fixant le pays de destination :
10. Le requérant ne développe aucun moyen à l'encontre de l'arrêté fixant l'Algérie comme pays de destination. Il ne permet pas au juge d'apprécier le bien-fondé de ses conclusions.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation des arrêtés du ministre de l'intérieur du 28 avril 2023 et tendant à la restitution de sa carte de résident doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au ministre de l'intérieur, au préfet de la Haute-Vienne, au préfet de police et à Me Kaoula.
Délibéré après l'audience du 3 février 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Hermann Jager, présidente rapporteure,
- M. Claux, premier conseiller,
- M. Melka, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 février 2025.
La présidente rapporteure
V. Hermann Jager
L'assesseur le plus ancien,
J-B. Claux
La greffière,
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026